jeudi 5 mars 2026

Responsable indien déclare que le Canada a besoin de 60 millions d'habitants en plus et l'Inde peut aider

Dinesh K. Patnaik, Haut-Commissaire indien au Canada, a eu  une entrevue exclusive sur l'émission Power & Politics de CBC, animée par David Cochrane le 13 janvier 2026. Un Haut-commissaire est l'ambassadeur d'un pays du Commonwealth auprès d'un autre pays du Commonwealth.

M. Patnaik suggère que le Canada (qu'il décrit comme ayant environ 40 millions d'habitants) devrait viser au moins 100 millions pour mieux exploiter ses ressources, et que l'Inde pourrait fournir le talent et la main-d'œuvre nécessaires. 

Vous êtes le deuxième plus grand pays au monde, avec une population de 40 millions d'habitants, 40 millions. Il vous faudrait au moins 100 millions d'habitants. Vous avez besoin de main-d'œuvre pour exploiter vos ressources.

Dinesh K. Patnaik, Haut-Commissaire indien au Canada

 Cette entrevue a eu lieu en lien avec la mission commerciale du premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, en Inde (qui se terminait autour de cette période), et dans l'optique d'améliorer les relations bilatérales après les tensions de 2023-2025. L'entretien discute du dégel diplomatique, des accords commerciaux potentiels (visant 50 milliards $ US), et des complémentarités économiques.

Entrevue au complet (l'extrait controversé commence vers 3 minutes 14 secondes) :

Le fanatisme du Tribunal des droits de la personne de la Colombie-Britannique doit être dénoncé

Amy Hamm (ci-contre) est une infirmière canadienne (registered nurse) de la Colombie-Britannique, connue pour son implication dans un dossier très médiatisé lié aux questions de genre, d'identité transgenre et de liberté d'expression.

Elle a été accusée par le British Columbia College of Nurses and Midwives (BCCNM) d'avoir tenu des propos discriminatoires et dérogatoires envers les personnes transgenres sur diverses plateformes en ligne (réseaux sociaux, podcasts, écrits publiés) entre environ juillet 2018 et mars 2021 notamment
  • L'affirmation que le sexe biologique est binaire et immuable,
  • La défense des espaces réservés aux femmes biologiques (toilettes, prisons, refuges pour victimes de violence, etc.), qui ne devraient pas être accessibles aux personnes nées hommes qui se disent femmes.
En mars 2025, un comité disciplinaire du BCCNM l'a déclarée coupable de faute professionnelle. En août 2025, la sanction a été prononcée : suspension de son permis d'infirmière pour 1 mois, et obligation de payer environ 94 000 $ en frais et débours du collège (dans un délai de 2 ans). Amy Hamm a été licenciée de son emploi (notamment chez Vancouver Coastal Health) sans indemnité de départ suite à cette décision. Elle nie être transphobe et affirme défendre les droits basés sur le sexe biologique des femmes et des filles.Elle a fait appel de la décision disciplinaire devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique (avec l'aide du Justice Centre for Constitutional Freedoms), et cet appel est en cours (la sanction est suspendue en attendant le résultat). Elle a aussi déposé des plaintes pour discrimination (fondées sur ses croyances politiques) auprès du BC Human Rights Tribunal contre son ancien employeur et le collège.
Il est clair, après que l'ancien administrateur scolaire de Chilliwack, Barry Neufeld, ait été condamné par le Tribunal des droits de la personne de la Colombie-Britannique (BCHRT) à verser 750 000 dollars aux enseignants LGBTQ du district, que je n'ai aucune chance de gagner mes propres plaintes pour discrimination fondée sur les convictions politiques devant le même tribunal.  

Les deux plaintes que j'ai déposées auprès du BCHRT en 2025 n'ont toujours pas été examinées ni acceptées. Avec l'avocate Lisa Bildy et le Justice Centre for Constitutional Freedoms, nous espérons obtenir une décision qui découragerait la discrimination fondée sur des convictions politiques critiques à l'égard du genre. (Comme Neufeld, j'ai été condamné à payer des frais exorbitants pour avoir énoncé des faits biologiques.)  

Je mènerai mon combat (contre le B.C. College of Nurses and Midwives et la Vancouver Coastal Health Authority) dans cet antre de fanatiques woke, quoi qu'il en coûte. Ils ont besoin de toute la visibilité possible. 

Ce mois-ci, le BCHRT a décrété que Neufeld avait violé les articles 7 et 13 du Code des droits de la personne de la Colombie-Britannique avec ses commentaires critiques sur l'idéologie du genre et le SOGI123 (ressources scolaires sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre destinées aux enseignants de la Colombie-Britannique).  

À l'origine de la prétendue hérésie de Neufeld se trouve son insistance sur le fait que le sexe biologique est réel et immuable. Le BCHRT a proclamé que quiconque ose le dire à haute voix, comme Neufeld et moi-même l'avons fait, tient des propos discriminatoires et haineux qui peuvent « effacer » l'existence des personnes identifiées comme transgenres. (Peu importe l'affirmation contradictoire du BCHRT, écrite dans sa dernière décision, selon laquelle Neufeld était simultanément coupable d'effacer l'existence des transgenres et d'utiliser « l'existence même » des personnes transgenres comme une menace pour les enfants, les familles et l'ordre social. Comment les deux peuvent-ils être vrais ?) 

Il semble que le BCHRT n'ait pas pu résister à la tentation d'insérer des piques mesquines à l'encontre de Neufeld dans sa décision chaque fois que cela était possible. Certaines parties de la décision se lisent comme une confession de la vendetta personnelle du tribunal à son encontre. Tout d'abord, ils ont attribué des pronoms — et donc une « identité de genre » — aux témoins de Neufeld, qui étaient là pour contester le non-sens métaphysique et invérifiable qui constitue l'« identité de genre » en soi. Lorsque le tribunal a rédigé la liste des témoins appelés à comparaître, il a ajouté « il/lui » ou « elle/elle » entre parenthèses après chaque nom — une démarche totalement inutile qui témoigne de sa fidélité à la doctrine du genre.

La défaite de Neufeld était courue d'avance. 

Les membres du BCHRT notent, au début de la décision, que Neufeld s'est déjà excusé publiquement d'avoir offensé des personnes avec ses opinions et qu'il a déclaré vouloir tenir un débat public respectueux. « Malheureusement, l'engagement de M. Neufeld en faveur d'une discussion respectueuse et d'une dissidence constructive n'a pas duré », ont-ils écrit avec sarcasme.  

Plus loin, le tribunal suggère que M. Neufeld pourrait se considérer comme un martyr. Il a fait valoir que même s'il « a peut-être été inefficace et politiquement isolé en tant qu'administrateur », il restait responsable du travail et de l'environnement d'apprentissage de son district.   

Ils ont également jugé pertinent de mentionner que Neufeld avait « sans succès » poursuivi en justice l'un des témoins du plaignant, Glen Hansman, pour diffamation. Aucune analyse juridique n'est fournie concernant cette affaire, et le BCHRT ne s'est pas appuyé sur l'affaire de diffamation pour rendre cette dernière décision. Elle a sans aucun doute été invoquée uniquement à titre d'insulte. 

La décision indique également que Neufeld « invoquait fréquemment son statut et ses qualifications autoproclamées ». Mais s'agissait-il vraiment de références ? Si Neufeld avait « falsifié » ses références professionnelles, nous n'en aurions certainement jamais entendu parler. Les membres du tribunal se sont donné beaucoup de mal pour dénigrer Neufeld, point final. (Pour mémoire, Neufeld est titulaire d'un diplôme en psychologie de l'adolescence et a passé de nombreuses années dans le système pénitentiaire, à la fois comme agent de probation et comme agent de facilitation de la justice réparatrice).

Il existe d'autres exemples, notamment la description d'une interview médiatique dans laquelle le BCHRT qualifie la prestation de Neufeld de « verbeuse et décousue ». (Pourquoi en arriver là ?) Son souci pour les enfants n'est pas réel, ont-ils écrit, mais « prétendu ».  

Les membres s'étendent sur le fait que, selon eux, Neufeld est imperméable à la logique : « Les opinions de M. Neufeld semblent fondées sur des hypothèses et des croyances profondément ancrées plutôt que sur un manque d'accès à l'information. » (Je recommande à tous les membres du BCHRT de suivre, et d'échouer — comme ils le feraient sans aucun doute — un cours de biologie de base ou de méthode scientifique — et ce n'est qu'alors qu'ils pourront critiquer ceux qui sont incapables de penser de manière critique.)  

Il est manifestement absurde que ce mépris passif-agressif à l'égard de Neufeld se soit retrouvé dans la décision du tribunal. Le BCHRT voit de la haine et du mépris partout autour de lui, même là où il n'y en a pas, mais il ne voit pas que cela jaillit de sa propre chambre étoilée [tribunal royal anglais qui pouvait condamner des actes qui ne tombaient pas sous le coup de la loi]. Il est grisé par ce qu'il croit être son pouvoir légitime d'imposer son propre dogme woke.  

Nous ne pouvons attendre aucune décision raisonnable ou juste de la part du BCHRT. Nous devons faire deux choses : les dénoncer, puis abolir complètement ce tribunal grotesque. 

Rappelons que ces « Tribunaux » des droits de la personne sont des organismes quasi-judiciaires fortement critiqués pour leur fonctionnement.

Qu’est-ce qu’un organisme quasi judiciaire ?

Ce n’est pas une cour de justice au sens strict, mais il agit comme une cour sur certains plans :

Il peut :

  • entendre des plaintes,
  • tenir des audiences,
  • recevoir des preuves,
  • rendre des décisions obligatoires,
  • imposer des réparations (dommages, ordonnances, sanctions administratives).

Mais il n’a pas :

  • le statut constitutionnel des tribunaux,
  • les mêmes garanties procédurales,
  • les mêmes règles de preuve,
  • les mêmes standards de responsabilité,
  • ni les mêmes protections pour les défendeurs.

Il s’agit donc d’un organisme administratif doté de pouvoirs judiciaires partiels. D’où le terme : quasi — « comme si », mais pas tout à fait.

Les critiques comme celles de Mark Steyn s’appuient sur des caractéristiques structurelles objectivement problématiques :

A) Norme de preuve beaucoup plus basse

Elles appliquent la norme civile prépondérance des probabilités et non la norme pénale. Cela rend plus facile la condamnation d’un défendeur.

B) Règles de preuve « souples »

Les commissions peuvent :

  • accepter des preuves indirectes,
  • restreindre le contre-interrogatoire,
  • voire contourner des règles qui seraient inadmissibles en cour.

C) Déséquilibre procédural

Très souvent :

  • le plaignant n’assume aucun risque financier,
  • alors que le défendeur paie sa défense,
  • même si la plainte est rejetée à la fin.

Certains parlent d’un « procès sans coût pour un côté, mais ruineux pour l’autre ». Mark Steyn dit que le procès (le processus) est la punition, la perte de temps et d’argent encouru pour se défendre devant ce qu’il nomme des parodies de tribunaux.

D) Mandat orienté

Le mandat légal des commissions est de détecter, corriger, sanctionner la discrimination. Pas d’être « neutres » : elles sont structurellement orientées vers la protection du plaignant qui n’engage le plus souvent aucuns frais à se plaindre. Cela crée un biais institutionnel réel.

E) Étendue des pouvoirs, mais absence de garanties judiciaires complètes

Ces organismes quasi judiciaires peuvent rendre des décisions très lourdes de conséquences — réputationnelles, financières, professionnelles — sans offrir les garanties équivalentes à une cour de justice.


Voir aussi

Ancien admnistrateur scolaire retraité condamné à 750 000 $ pour avoir critiqué l'éducation LGBT de façon « haineuse »

Cour suprême — « toutes les déclarations véridiques » ne doivent pas « être à l’abri de toute restriction » (arrêt Whatcott)

Tribunaux suprémacistes (arrêt Whatcott, suite)

 Canada – Condamnée à verser 94 000 $ pour avoir affirmé qu’il existe deux sexes

Arrêt Whatcott : la Bible pas « haineuse », mais le juge Rothstein a-t-il tout lu ?

« Extirper l’hérésie et le blasphème » (progressistes) ?

Canada — 123 églises incendiées ou vandalisées depuis l'annonce de la découverte de tombes à l'ancien internat de Kamloops (aucune tombe n'a été trouvée après cette annonce largement relayée par les médias subventionnés).

 Faut-il continuer à réprimer les propos qui peuvent exposer à la haine ou au mépris, des « pré-crimes » ?

mercredi 4 mars 2026

Ancien admnistrateur scolaire retraité condamné à 750 000 $ pour avoir critiqué l'éducation LGBT de façon « haineuse »

Barry Neufeld
Le 18 février 2026, le Tribunal des droits de l’homme de la Colombie-Britannique a condamné Barry Neufeld, ancien administrateur scolaire de Chilliwack, qui avait critiqué un membre pro-LGBT à verser 750 000 dollars à l’Association des enseignants de Chilliwack, à la suite d’une plainte déposée par la Fédération des enseignants de la Colombie-Britannique.

Le Tribunal a conclu que vingt-quatre publications de M. Neufeld, diffusées sur plusieurs années, constituaient de la discrimination et relevaient du « discours haineux » au sens du Code des droits de la personne de la province. Les sommes devront être réparties entre les membres concernés dans un délai de six mois.

Un tribunal administratif, et non une cour de justice ordinaire

Il convient de préciser la nature de l’instance qui a rendu cette décision. Le Tribunal des droits de l’homme de la Colombie-Britannique n’est pas une cour de justice au sens classique, mais un tribunal administratif spécialisé, institué par la législation provinciale.

Au Canada, ces tribunaux dits « quasi judiciaires » exercent des fonctions juridictionnelles, mais selon des règles de procédure distinctes de celles des cours supérieures. Ils disposent généralement d’une plus grande souplesse dans l’admission et l’appréciation de la preuve, et ne sont pas tenus d’appliquer strictement les règles techniques de preuve en vigueur devant les tribunaux civils ou criminels. Leur mandat est spécialisé et circonscrit à l’application d’un régime législatif particulier, en l’occurrence le Code des droits de la personne.

Leurs décisions peuvent toutefois faire l’objet d’un contrôle judiciaire devant une juridiction supérieure, en Colombie-Britannique devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique, laquelle examine notamment si la décision est raisonnable et respecte les principes d’équité procédurale.

Les faits à l’origine du litige

Barry Neufeld avait publiquement exprimé des positions critiques à l’égard de certaines conceptions de l’identité de genre, affirmant notamment qu’il n’existerait que deux genres fondés sur le sexe biologique. Il avait également critiqué l’élection d’une administratrice scolaire, Carin Bondar, en mentionnant des contenus à caractère sexuel qu’elle avait diffusés en ligne dans un cadre qu’elle présentait comme scientifique.

Ces déclarations ont donné lieu à plusieurs procédures. En matière de diffamation, les tribunaux civils avaient déjà statué en faveur de Mme Bondar et condamné M. Neufeld à verser 45 000 dollars de dommages-intérêts.

La décision récente du Tribunal des droits de l’homme se situe sur un autre terrain juridique : celui de la discrimination et de l’atteinte à la dignité des personnes protégées par le Code provincial.

Le Tribunal a conclu que :
  • 24 de ses publications violaient l'article 7(1)(a) du Human Rights Code (publications discriminatoires) et/ou l'article 13 (discrimination en emploi), en créant un environnement de travail "empoisonné" pour les enseignants LGBTQ+ du district. Il les accusait notamment d'associer les personnes trans et queer à des formes graves d'abus sur enfants, de les dépeindre comme une menace pour les familles et l'ordre social, et d'invoquer des stéréotypes négatifs et "insidieux".
  • 6 publications spécifiques constituaient du hate speech au sens de l'article 7(1)(b) du Code, car elles étaient susceptibles d'exposer les personnes trans, gaies et lesbiennes à la haine ou au mépris en raison de leur identité de genre ou orientation sexuelle.

Exemple d'un des six propos haineux

Publication du 23 octobre 2017 (Facebook, Ex 17, tab 1)
 « Permettre aux enfants de changer de sexe n'est rien d'autre que de la maltraitance infantile... SOGI 1 2 3 est une arme de propagande qui enseigne aux enfants la théorie absurde selon laquelle le genre n'est pas déterminé biologiquement, mais est une construction sociale... Ma motivation première est de protéger la MAJORITÉ des enfants. » 
Explication du Tribunal : Cette publication expose les personnes trans à la haine en les dépeignant comme une menace via des accusations d'"abus d'enfants" et de "propagande". Elle délégitime leurs identités en les qualifiant d'"absurde théorie", invocant un stéréotype de "menace puissante" pour les valeurs familiales et les enfants, ce qui inspire de l'inimitié et encourage la discrimination.

Une sanction d’une disproportion exceptionnelle

C’est le montant de 750 000 dollars qui retient particulièrement l’attention. Une telle somme est inhabituelle dans le contexte des litiges liés à l’expression publique d’opinions, même lorsqu’elles sont jugées offensantes ou discriminatoires.

Le Tribunal a estimé que les montants attribués étaient « raisonnables, voire modestes » au regard des préjudices retenus. Néanmoins, pour un particulier, une sanction financière de cette ampleur peut être perçue comme extrêmement lourde.

La question posée n’est pas celle de l’adhésion ou non aux opinions exprimées par M. Neufeld. Elle concerne la proportionnalité de la réponse institutionnelle. Lorsque l’expression d’une position sur un sujet de politique publique conduit à une condamnation pécuniaire aussi élevée, la frontière entre protection contre la discrimination et restriction de la liberté d’expression devient un enjeu central.

Un débat institutionnel plus large

L’affaire soulève également une réflexion sur le rôle des tribunaux administratifs dans le règlement de débats sociétaux sensibles. Leur mandat vise à offrir un mécanisme spécialisé, plus accessible et moins formaliste que les tribunaux ordinaires. Toutefois, lorsque les sanctions prononcées atteignent des montants aussi considérables, certains s’interrogent sur l’adéquation entre la nature administrative de l’instance et la gravité des conséquences financières imposées.

Il a été indiqué que M. Neufeld envisagerait un recours devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique. Ce contrôle judiciaire pourrait permettre d’examiner la solidité du raisonnement juridique retenu et, le cas échéant, la proportionnalité des dommages accordés.

Au-delà du cas individuel, cette décision s’inscrit dans un débat plus vaste sur l’équilibre entre la lutte contre la discrimination et la protection de la liberté d’expression dans une société démocratique. La manière dont les juridictions supérieures traiteront cette affaire contribuera à préciser cet équilibre.

Dérive autoritaire du système des droits de la personne au Canada, selon Mark Steyn

Barry Neufeld a fait appel de cette décision, et son argumentation repose en grande partie sur un précédent que le Tribunal peine à écarter : l'affaire Elmasry c. Maclean's.

Cette affaire portait sur un article de Mark Steyn publié dans Maclean's, dans lequel l'auteur soutenait que les populations musulmanes croissaient au point de remplacer les populations européennes et autochtones, menaçant ainsi les lois et la culture occidentales. L'article affirmait que l'islam « nourrit de sérieuses ambitions mondiales » et que les musulmans étaient davantage liés par « le djihad » que par leur citoyenneté nationale. Le Tribunal lui-même a reconnu que le texte était « blessant et de mauvais goût », qu'il cherchait à instiller la peur, s'appuyait sur des stéréotypes courants et contenait des inexactitudes historiques et religieuses. Autant d'éléments qui, en d'autres circonstances, pourraient aisément être qualifiés au Canada progressiste de marqueurs de haine. Pourtant, le Tribunal avait conclu que l'article ne constituait pas un discours haineux, estimant qu'il s'agissait d'une expression d'opinion sur des questions politiques légitimes et que, en tout état de cause, « la peur n'est pas synonyme de haine et de mépris ».


Commentaire du chroniqueur du National Post Tristin Hopper

C'est précisément sur ce raisonnement que s'appuie Neufeld. Si un texte aussi chargé de stéréotypes et d'amalgames n'a pas été jugé haineux à l'égard des musulmans, au nom de quelle cohérence ses propres publications — qui critiquent une politique éducative et une idéologie — le seraient-elles ? La question est directe, et l'argument, selon Steyn, particulièrement solide.

Le Tribunal tente de désamorcer le parallèle en rappelant qu'Elmasry a été tranché avant l'arrêt Whatcott de la Cour suprême du Canada (2013), lequel a formalisé et durci les critères permettant d'identifier un discours haineux. Si ce précédent avait existé à l'époque, suggère le Tribunal, la décision aurait peut-être été différente. Mais pour Steyn, cet argument ne fait qu'aggraver le problème : il révèle un système qui se durcit progressivement, et dont le resserrement frappe de manière disproportionnée les positions conservatrices sur les questions de genre et de sexualité, tandis que d'autres discours controversés ont bénéficié par le passé d'une plus grande indulgence. C'est cette asymétrie que Steyn juge inacceptable.

Au-delà du cas Neufeld, c'est l'ensemble du système des tribunaux (quasi-judiciaires) des droits de la personne que Steyn remet en cause. Il rappelle ses propres démêlés avec ces instances — les plaintes déposées contre lui et Maclean's avaient finalement été rejetées en 2008 — et la longue bataille qui avait conduit à l'abrogation de l'article 13 de la loi fédérale sur les droits de la personne en 2013, disposition qui permettait ces poursuites pour discours haineux. Il décrit des tribunaux fonctionnant avec des taux de condamnation frôlant les 100 %, des procédures parfois tenues secrètes, et une logique bureaucratique qui cherche à réguler non des actes, mais des émotions.

La sanction infligée à Neufeld lui paraît délibérément dissuasive, et ses effets sont déjà visibles : un autre élu scolaire du district, Laurie Throness, a préféré démissionner par crainte d'un sort identique. Pour Steyn, critiquer le programme SOGI 123 ou remettre en question l'idéologie du genre n'est pas de la haine — même si cela blesse certains. Et la révision judiciaire engagée par Neufeld devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique représente, à ses yeux, une occasion décisive de le faire reconnaître.

Le comédien  John Cleese (connu pour Monty Python) évitera la Colombie-Britannique afin de ne pas être victime pour non-respect de la théorie du genre


Voir aussi
 
 
  
 
 
Les Monty Pythons avaient prophétiquement prévu en 1979 ce qui agiterait notre époque (les « droits » LGBTQQIP2SAA+, ici le droit des hommes qui se disent femmes à avoir des enfants et à nier la réalité biologique).

Étude : les hausses de salaire des femmes réduisent la fertilité future, tandis que celles des hommes l'augmentent

Résumé : Une étude de décembre 2025 de la Fed de Chicago utilisant des données danoises : les hausses de salaire des femmes réduisent la fertilité future (jusqu'à -3,8 % pour un +5 % de salaire à 25 ans), tandis que celles des hommes l'augmentent (jusqu'à +1,2 %).

Les auteurs expliquent cette asymétrie par l'effet substitution dominant chez les femmes (compétition entre travail et enfants, garde d'enfants plus souvent à leur charge) et l'effet revenu chez les hommes, basé sur des réformes fiscales de 2009-2010 et un modèle de cycle de vie.

Ces résultats soulignent un impact potentiel inattendu des politiques d'égalité salariale sur la baisse de la natalité en Europe du Nord, où la fertilité est déjà faible (1,5 enfant par femme au Danemark en 2025).

Détails

Une étude publiée en décembre 2025 par la Federal Reserve Bank of Chicago analyse les liens entre évolution des salaires et décisions de fécondité à partir de données administratives danoises. Les auteurs exploitent des réformes fiscales mises en œuvre au Danemark entre 2009 et 2010 afin d’identifier l’effet causal de variations de salaires nets sur le nombre d’enfants au cours du cycle de vie.

Une relation différenciée selon le sexe

Les résultats mettent en évidence une asymétrie marquée :

  • Chez les femmes, une hausse du salaire net à un âge précoce – notamment autour de 25 ans – est associée à une baisse de la fécondité ultérieure. Selon les simulations du modèle estimé, une augmentation permanente de 5 % du salaire net féminin à 25 ans correspond à une diminution pouvant atteindre –3,8 % du nombre d’enfants attendu au cours de la vie.

  • Chez les hommes, une hausse comparable du salaire net est associée à une augmentation de la fécondité. Dans les mêmes conditions, une hausse de 5 % du salaire net masculin à 25 ans correspond à une progression pouvant atteindre +1,2 % du nombre d’enfants.

Ces estimations proviennent d’un modèle structurel de cycle de vie calibré sur les données danoises, combinant trajectoires salariales, décisions d’offre de travail et choix de fécondité.

Les mécanismes économiques avancés

Les auteurs interprètent cette asymétrie à partir de deux mécanismes classiques de la théorie économique :

  1. Effet de substitution dominant chez les femmes
    Une hausse du salaire augmente la valeur du temps consacré au travail rémunéré. Lorsque les responsabilités liées à la garde des enfants sont principalement assumées par les femmes, une augmentation du salaire féminin accroît le coût d’opportunité du temps consacré à la parentalité. Cela tend à réduire le nombre d’enfants choisi.

  2. Effet de revenu dominant chez les hommes
    Une hausse du salaire masculin accroît le revenu total du ménage. Cette augmentation des ressources disponibles peut favoriser la décision d’avoir davantage d’enfants, l’amélioration du revenu jouant un rôle positif dans les choix de fécondité.

L’étude montre également que les décisions de fécondité influencent à leur tour l’offre de travail sur l’ensemble du cycle de vie, contribuant à façonner les trajectoires professionnelles différenciées selon le sexe.

Un contexte démographique de faible fécondité

Ces résultats s’inscrivent dans un contexte où la fécondité demeure inférieure au seuil de renouvellement des générations dans plusieurs pays d’Europe du Nord. Au Danemark, le taux de fécondité total s’établit autour de 1,5 enfant par femme en 2025, soit un niveau nettement inférieur au seuil d’environ 2,1 nécessaire au maintien de la population sans apport migratoire.

lundi 2 mars 2026

Controverse autour d'une étude sur les violences politiques en France : méthodologie contestée et deux poids deux mesures

Dans le sillage de la mort tragique de Quentin Deranque, un militant catholique et étudiant en mathématiques âgé de 23 ans, survenue le 14 février 2026 à Lyon à la suite d'un lynchage impliquant des militants d'extrême gauche proche de LFI et de la Jeune Garde, une étude datant de 2021 a été largement diffusée par les médias de grand chemin.

Dirigée par la sociologue Isabelle Sommier, en collaboration avec Xavier Crettiez et François Audigier, et publiée sous le titre Les violences politiques en France. De 1986 à nos jours (Presses de Sciences Po), cette recherche financée par l'Agence nationale de la recherche (ANR) recense environ 9 200 incidents de violence politique sur la période. Parmi les 418 homicides identifiés, 53 sont qualifiés dans ce rapport de "meurtres à caractère idéologique", dont 90 % (environ 48) sont attribués à l'extrême droite, contre seulement 5 à l'extrême gauche. L'étude note également une hausse récente des violences : un doublement des agressions et une multiplication par cinq des affrontements au cours des dix dernières années. Depuis 2022, Sommier évoque six à douze morts supplémentaires imputés à l'extrême droite dans des mises à jour non publiées.Ce chiffre choc des "90 %" a été largement relayé pour relativiser le meurtre de Deranque comme un événement rare de la part de la gauche, contrastant avec une supposée domination de la violence létale par l'extrême droite. 

En 2023 (et potentiellement d'autres années), Isabelle Sommier a participé aux universités d'été de La France insoumise. Elle y est intervenue en tant qu'experte sur la violence politique, aux côtés de figures comme Raphaël Arnault (député LFI et cofondateur de la Jeune Garde antifasciste) et de militants de la Jeune Garde. 
Cependant, des critiques méthodologiques ont émergé, pointant une asymétrie dans le traitement des cas. Ces débats ont culminé lors d'une confrontation télévisée le 23 février 2026 sur France 5, où le journaliste Paul Sugy, du Figaro, a qualifié la méthodologie de "bidon" et "asymétrique". 
 
La complaisance des médias : une reprise sans filtre des chiffres contestés

Dans les jours suivant la mort de Quentin Deranque, de nombreux médias ont cité l'étude de Sommier comme une référence incontestable, souvent pour déplacer le narratif d'une violence d'extrême gauche montante vers une violence politique plus grave à droite. Cette reprise aveugle illustre une forme de complaisance, où les chiffres sont présentés comme des faits irréfutables sans s'interroger sur les critères d'inclusion ou les potentiels biais.  On trouve en fin de billet un un aperçu des principales reprises complaisantes de cette  « étude » dans les médias.

Mais abordons les principales critiques de cette « étude » telles que publiées par Paul Sugy.

Les attentats djihadistes représentent la majorité des meurtres politiques en France

Pour comprendre le débat, il faut d’abord revenir à la catégorisation retenue par l’étude. Celle-ci distingue plusieurs niveaux d’analyse : les «meurtres idéologiques» constituent une sous-catégorie des «meurtres politiques», eux-mêmes inclus dans l’ensemble plus large des faits de «violences politiques». Autrement dit, les meurtres idéologiques ne représentent qu’une fraction des meurtres à dimension politique, lesquels ne constituent eux-mêmes qu’une partie des violences politiques recensées.

Cette précision étant faite, notons déjà qu’Isabelle Sommier et ses coauteurs n’attribuent pas 90 % des violences politiques à l’extrême droite, mais seulement 90 % des meurtres idéologiques. L’ensemble des violences comprend quant à lui bien d’autres faits, comme les dégradations (dont 51,8 % sont commises par la gauche, selon les auteurs). Or sur le total des actes de violence recensés, les auteurs n’en attribuent que 59,7 % à la droite. Ils relèvent par ailleurs que la violence politique a très nettement changé de bord au cours de la période étudiée, pour se déplacer de la droite vers la gauche : plus des trois quarts des faits de violence étudiés entre 1986 et 1990 étaient imputés à la droite, tandis que les deux tiers des faits étudiés entre 2013 et 2017 étaient le fait de la gauche. 

Par ailleurs, les auteurs rappellent aussi que la plupart des meurtres politiques sont bien entendu le fait des djihadistes : 69 % des morts politiques au total sur la période, dont 216 rien qu’en 2015-2016, soit déjà quatre fois plus que le nombre de meurtres idéologiques.

Déduire de ces travaux que la droite ou l’extrême droite serait responsable de 90 % des violences politiques en France est donc fallacieux : ce chiffre n’est avancé que pour ce qui concerne les meurtres idéologiques.

Il faut donc comprendre que le chiffre avancé de 90 % des meurtres idéologiques commis par la droite est le résultat d’un double choix méthodologique contestable. D’une part, les auteurs expliquent d’abord en introduction qu’ils ont adopté une définition très extensive de la «violence politique», entendue au sens d’actes dont «l’objet, le choix des cibles ou des victimes, la mise en œuvre ou les effets acquièrent une signification politique», plutôt que de s’en tenir à des faits de violence dont la cible est politique, ou dont l’intention est de provoquer un changement politique, ce qui aurait limité le champ. Ensuite, une fois adoptée cette définition très englobante, les auteurs excluent ensuite des violences idéologiques les attentats islamistes pour les ranger dans la catégorie des violences religieuses - ce qui élude le caractère idéologique de la violence djihadiste. 

La plupart des attentats d’Action directe ne sont pas pris en compte

D’autre part, la construction de la base de données étudiée présente elle aussi des biais. 

La chronologie retenue est déjà surprenante : «l’année 1986 a été retenue comme point de départ car elle est marquée par l’apogée des violences d’Action directe», écrivent les auteurs. Ce groupe terroriste communiste emblématique des «années de plomb» né en 1979 a revendiqué plus de 80 assassinats ou attentats en France, et 4 des 5 meurtres commis par la gauche dans l’étude d’Isabelle Sommier lui sont imputés. Sauf que précisément, l’immense majorité des homicides commis par des commandos d’Action directe ont eu lieu... avant 1986 ! Entre 1979 et 1985, Action directe a tué au moins 12 personnes. Si ces meurtres avaient été intégrés dans la base de données de leur étude, les chercheurs auraient calculé une proportion bien moindre de meurtres idéologiques imputables à l’extrême droite. 

D’autre part il apparaît vite que les auteurs ont écarté de leur base de données plusieurs homicides qui semblent pourtant entrer très clairement dans le champ des meurtres idéologiques tel que celui-ci a été défini. Comme l’ouvrage ne mentionne pas en annexe la liste complète des meurtres recensés, il faut procéder par déduction. Ainsi puisque les auteurs ne mentionnent que 4 meurtres commis par Action directe, il faut supposer qu’il s’agit essentiellement de ceux commis en 1986 (assassinat du patron de Renault Georges Besse, assassinat terroriste d’un policier, victime collatérale dans une explosion dirigée contre Alain Peyrefitte...). 

Par élimination, cette liste n’inclut donc pas les quatre personnes (trois policiers et un chauffeur de taxi) tuées dans une fusillade le 4 octobre 1994 par  Florence Rey et Audry Maupin , deux militants syndicaux et anarchistes biberonnés à la lecture d’idéologues de la violence révolutionnaire d’extrême gauche (comme Bakounine) et que la presse de l’époque a souvent considéré comme des héritiers du mouvement Action directe. 

Il apparaît également que la tuerie commise en 2002 à l’hôtel de ville de Nanterre par Richard Durn n’a pas été prise en compte. Cet ancien responsable associatif dans l’humanitaire et militant altermondialiste, qui avait été membre du Parti socialiste puis des Verts et avait exercé des responsabilités au sein de la Ligue des droits de l’homme, a tué 8 élus municipaux et en a blessé 19 autres avant de se suicider lors de sa garde à vue. Dans une lettre testament envoyée avant de passer à l’acte, il évoquait notamment son admiration pour Pol Pot ou Staline. 

Des meurtres racistes commis par des individus isolés sont imputés à la droite

Dès lors que ces deux tueries marquantes et très médiatisées, qui sont incontestablement le fait de militants de gauche ou d’extrême gauche, ont été écartées de la base statistique retenue par les auteurs de l’étude, peut-on considérer simplement qu’il s’agit d’un choix méthodologique visant à ne conserver que des faits dont la dimension politique ou idéologique est absolument certaine ? Rien n’est moins sûr. Car  dans une mise à jour récente de ses travaux proposée à Franceinfo , Isabelle Sommier a dressé une liste de 6 meurtres qu’elle impute à l’extrême droite, parmi ceux commis en France depuis 2022. Or aucun d’entre eux ne satisfait complètement à une telle exigence.

Il s’agit dans le détail de la mort de Federico Martin Aramburu, de trois militants kurdes, d’Éric Casado-Lopez et d’Hichem Miraoui. Examinons chacun de ces meurtres. 

Le rugbyman Federico Martin Aramburu a été tué en mars 2022 par un militant d’extrême droite et ancien membre du GUD,  Loïk Le Priol , après s’être interposé lors d’une bagarre survenue à 6h du matin dans un bar parisien alors que les protagonistes étaient fortement alcoolisés. Les juges d’instruction n’ont pour l’heure qualifié cet homicide ni comme un acte politique, ni même comme un acte raciste. 

En mai de la même année, un Français d’origine marocaine et espagnole, Éric Casado-Lopez, a été tué d’une balle dans la tête dans une rue de Paris alors qu’il était confronté à d’autres individus au cours d’une rixe : un autre conducteur est sorti de sa voiture, s’est d’abord interposé puis l’a assassiné froidement. Le meurtrier, Martial Lanoir, est un chanteur raté qui versait dans le complotisme (notamment depuis la pandémie de Covid-19) et l’antisémitisme. Sa victime a toutefois été choisie au hasard et rien ne laisse penser que son crime revêtait une signification politique précise.

Les deux autres crimes recensés sont en revanche des crimes racistes.  Hichem Miraoui , un coiffeur tunisien vivant dans le Var, a été assassiné en mai 2025 par son voisin Christophe Belgembe, un individu ayant partagé sur Internet des contenus racistes et hostiles aux immigrés, ainsi que des appels à voter pour le Rassemblement national (sans être membre pour autant de ce parti, ni militant au sein d’autres groupes politiques).

Enfin rue d’Enghien à Paris en 2022, un ancien militaire et repris de justice, non connu pour une quelconque affiliation à un mouvement politique, a assassiné trois militants kurdes : ce crime raciste semble motivé par la volonté de se venger de la trop grande mansuétude reprochée aux Kurdes par le meurtrier,  William Malet , dans le contexte des combats contre Daech. Seuls à ce jour des responsables politiques de gauche ou d’extrême gauche ont décrit cette fusillade comme un attentat imputé à l’extrême droite, le gouvernement ou le président de la République n’ayant pas employé ces termes.

Aucun de ces crimes en revanche n’a été commis par un groupe politique constitué, et encore moins au nom d’un idéal politique clairement affiché, au contraire des attentats commis par Action directe par le passé... ou du meurtre de Quentin Deranque,  lynché  par des membres de La Jeune Garde, un collectif antifasciste, et réunis le soir du 12 février dans les rues de Lyon au nom de leur appartenance politique commune.

Une chercheuse très politisée

Cette asymétrie dans l’imputation de meurtres à des criminels identifiés comme appartenant à l’extrême droite ou à l’extrême gauche fragilise le résultat final des auteurs, et donc le chiffre de 90 % de meurtres politiques relevant de la violence d’extrême droite. Si par exemple chaque crime raciste dirigé contre des étrangers relève de la violence d’extrême droite, au motif que les partis d’extrême droite banaliseraient des discours hostiles aux étrangers, pourquoi ne pas imputer en miroir de ces crimes les meurtres relevant du racisme anti-Blancs à l’extrême gauche, et donc possiblement  la mort de Thomas Perotto à Crépol  ? Une telle construction méthodologique serait sûrement critiquable - mais en ce cas, il faut admettre également que l’imputation de crimes racistes à l’extrême droite au seul prétexte que le meurtrier a tenu des propos xénophobes est également contestable.

Il faut relever enfin que la neutralité de la sociologue Isabelle Sommier par rapport à son propre objet de recherche est sujette à caution, compte tenu notamment de sa participation en 2023 à une table ronde avec le député (LFI) Antoine Léaument aux AMFIS, l’université d’été de la France insoumise, pour une discussion animée par la sociologue Marlène Benquet, elle-même membre de l’Institut La Boétie affilié à la France insoumise et coprésidé par Jean-Luc Mélenchon.

Dans une autre étude statistique  fondée sur les données d’Europol  et portant sur les arrestations liées au terrorisme dans l’Union européenne entre 2010 et 2021, le Conseil de l’Europe recensait 258 arrestations liées au «terrorisme de droite» contre 564 liées au «terrorisme de gauche et anarchiste» - et 4416 liées au terrorisme djihadiste ou d’inspiration religieuse.

Voici un aperçu des principales reprises dans les médias en février 2026 :

Le Monde (19 février) : Dans une interview de Sommier, le journal rapporte que "les violences politiques connaissent une augmentation significative avec un doublement des agressions depuis dix ans", et cite les 90 % de meurtres idéologiques attribués à l'extrême droite sur 53 cas, sans mentionner de limites méthodologiques ou de critiques.  L'article se concentre sur la hausse globale, en distinguant les répertoires d'action (létal pour la droite, symbolique pour la gauche), mais omet tout débat sur la classification des actes.

Nouvel Obs (17 février) : Sommier y affirme une "augmentation très nette de la violence politique", avec 52 morts pour l'ultra-droite contre 5 pour l'ultra-gauche entre 1986 et 2017. L'article contextualise la mort de Deranque comme potentiellement le premier homicide imputable à la gauche depuis les années 1980, sans aborder les contestations sur les critères d'attribution. 

Alternatives Économiques (20 février) : L'entretien avec Sommier qualifie la mort de Deranque d'"issue tragique prévisible" dans un contexte de tensions à Lyon, et reprend les 90 % sans critique, en insistant sur la distinction des modes d'action entre ultra-droite (ciblant des personnes) et ultra-gauche (ciblant des biens). 

Le Progrès (21 février) : Sommier y évoque "huit décès attribués à la droite radicale depuis 2022, un à l'ultragauche", en référence à Deranque. L'article présente l'étude comme une base empirique solide, sans questionner les méthodes de recensement. 

Radio France (23 février) : Dans un podcast, Crettiez, co-auteur, cite 58 morts pour l'ultra-droite contre 6 pour l'ultra-gauche (1986-2017), en soulignant la rareté des homicides létaux à gauche. Aucune mention de critiques. 

BonPote (17 février) : Le site reprend les 90 % pour contrer un "deux poids, deux mesures" favorisant l'extrême droite, sans examiner la validité des chiffres. 

D'autres médias comme Mediapart (20 février), Marianne (20 février), Le Parisien (17 février), Politis (16 février), L'Opinion (24 février), Franceinfo (18 février), La Croix (21 février), L'Express (18 février) et même des sources étrangères (The Times, The Guardian) ont évoqué l'étude dans le contexte de Deranque, souvent pour souligner une "recrudescence de la violence" ou une "fracture politique", mais rarement avec une analyse critique. Cette diffusion massive, sans contrepoint, a amplifié les chiffres au détriment d'une vérification approfondie, contribuant à un narratif polarisé où l'étude sert de bouclier contre les accusations de violence à gauche.

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dimanche 1 mars 2026

Les Français veulent toujours des enfants

Le nombre des décès a dépassé celui des naissances en 2025, provoquant un électrochoc tardif qui ne s’est pas encore traduit par des mesures concrètes. Pourtant, les Français veulent encore des enfants.

Avec quatre enfants très rapprochés, Marie s’attendait forcément à quelques remarques désobligeantes. Comme ce jour-là dans les travées du marché de Nîmes, lorsqu’un commerçant lui a lancé : « Il faudra dire à votre mari d’acheter une télé ! » C’était pour plaisanter, bien sûr. Une autre fois, dans la queue aux Halles, une femme a supposé qu’elle devait être « bien riche » pour avoir tous ces enfants. Mais elle insiste : « Dans l’immense majorité des cas, on suscite de la bienveillance, voire de l’admiration. » Au quotidien, Marie met « beaucoup d’exigence » dans l’éducation de ses enfants pour ne pas ressembler à ces mères de familles nombreuses un peu dépassées. Elle veille à ce qu’ils soient propres, bien habillés et ne tolère aucune colère en public. Elle sait qu’ils attireront davantage les regards qu’une famille plus ordinaire.


Car il semblerait que les enfants aient mauvaise presse. Bruyants et envahissants, voire anti-écologiques, ils sont surtout de moins en moins nombreux à naître en France. L’année 2025 a enregistré un triste exploit puisque, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le nombre de décès a dépassé celui des naissances : 651 000 contre 645 000, soit un solde négatif de 6 000. La France rejoint plus vite que prévu ses voisins européens dans l’hiver démographique qui s’abat sur le Vieux Continent.

samedi 28 février 2026

28 février 1712 — naissance du Marquis de Montcalm

Le 28 février 1712 naquit Louis Joseph de Montcalm-Gozon, marquis de Saint-Véran (dit de Montcalm) à Candiac dans le Gard (Midi de la France). Il se maria le 2 octobre 1734 avec Angélique Talon du Boullay. Ils eurent dix enfants, dont cinq atteignirent l'âge adulte.

C'est en 1732, à l'âge de 20 ans, que Montcalm débute sa carrière militaire. Il sert tout d'abord en Rhénanie, et ensuite pendant la guerre de succession d'Autriche, où il récolte sa première blessure au siège de Prague. Il devient colonel du régiment d'Auxerrois et Chevalier de Saint-Louis, distinction accordée pour ses actes de bravoure... On lui propose de prendre le commandement des troupes qui combattent en Nouvelle-France.

Il est envoyé à Québec en 1756 comme commandant des troupes françaises en Amérique du Nord pendant la guerre de Sept Ans.


Montcalm acclamé par ses troupes après sa victoire décisive de Fort Carillon
Au printemps 1756, il est nommé maréchal de camp pour les opérations en Nouvelle-France. Ses premières campagnes contre les Britanniques sont des succès majeurs. Il augmente les défenses de Fort Carillon sur le lac Champlain. Il capture et détruit Fort Oswego sur le lac Ontario en 1756. Sa victoire à Fort William Henry en 1757 est gâchée par ses alliés amérindiens. Il remporte une victoire inespérée à Fort Carillon en 1758. À l’automne de cette même année, on lui accorde une promotion au grade de lieutenant général : rien de moins que le deuxième degré dans la hiérarchie militaire française. Il soutient le siège de la ville de Québec pendant près de trois mois avant d'être mortellement blessé lors de la bataille des plaines d'Abraham, perdue devant les forces britanniques commandées par James Wolfe. À l'agonie, il aurait eu une petite discussion avec son chirurgien :
« Combien de temps me reste-t-il à vivre ?
— Quelques heures à peine.
— Tant mieux, je ne verrai pas les Anglais à Québec. »

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mardi 24 février 2026

Québec et Californie : des étudiants internationaux très différents tant par leur proportion que leur nature

Le Québec accueillait en 2024 environ 120 000 étudiants internationaux (fin 2025, ce chiffre serait tombé à 105 000), tandis que la Californie en comptait 237 763 selon les données SEVIS 2024. Rapporté à la population — 9 millions pour le Québec, 39 millions pour la Californie — cela représente environ 1,33 % de la population au Québec contre 0,61 % en Californie, ce qui montre que la proportion d’étudiants étrangers était plus du double au Québec.

Ventilation par type d’institutions

Ce qui distingue notablement le Québec, c’est la répartition des étudiants internationaux entre les institutions. Contrairement à la Californie, où la majorité se concentre dans les universités et les community colleges, le Québec voit une part significative s’inscrire dans les cégeps, les collèges privés et les programmes de formation professionnelle, souvent de courte durée. Ces programmes visent un accès rapide au marché du travail et ouvrent fréquemment la voie à un permis de travail temporaire ou à la résidence permanente, plutôt qu’à une formation académique de pointe.

Remarque : Aux États-Unis, le terme private colleges englobe souvent toutes les institutions privées postsecondaires, incluant des universités privées. Au Québec, un collège privé fait référence à des établissements postsecondaires non subventionnés par l’État, distincts des universités. Exemples de collèges privés en Californie : University of Southern California (dizaines de milliers d’étudiants tous niveaux confondus),  University of the Pacific — université privée historique présente à Stockton, San Francisco et Sacramento,  Pepperdine University, Claremont McKenna College,  Santa Clara University, Loyola Marymount University, Concordia University Irvine, Azusa Pacific University, etc.

Des conséquences concrètes

Cette configuration particulière a plusieurs implications :
  • Accès rapide au marché du travail : les programmes courts permettent à de nombreux étudiants étrangers d’obtenir un emploi plus rapidement, ce qui facilite l’obtention d’un permis de travail temporaire ou la transition vers la résidence permanente.
  • Formation ciblée sur des emplois de niveau moyen : ces programmes ne forment pas nécessairement des experts ou des chercheurs de pointe, mais répondent à des besoins immédiats du marché, souvent dans des secteurs déjà en tension, comme l’informatique, la santé ou la mécanique spécialisée.
  • Pression sur les infrastructures : la forte concentration d’étudiants internationaux dans les cégeps et les collèges privés exerce une pression sur le logement étudiant, le transport, les services publics et même sur l’encadrement pédagogique.
  • Dépendance aux flux migratoires temporaires : cette stratégie renforce la dépendance du Québec à une immigration temporaire pour combler les besoins du marché du travail, plutôt que de former localement une relève à long terme.
Une croissance rapide promue politiquement

Le nombre d’étudiants étrangers au Québec est passé de 45 000–50 000 en 2014–2015 à plus de 110 000–120 000 en 2023–2024. Cette expansion rapide n’est pas un phénomène spontané : elle a été largement encouragée par des politiques gouvernementales successives, avant que le gouvernement Legault ne tente de plafonner les admissions dans certains programmes en 2024 pour limiter la pression sur les services publics et le marché du logement.

En Californie, la répartition est très différente : les étudiants internationaux se concentrent dans des universités où la formation est universitaire et plus longue, plutôt que centrée sur des programmes courts orientés vers le marché du travail.

Radio-Canada, le PLQ et QS : annonces catastrophistes sur l'effet des restrictions en immigration sur l'école

Dans un paysage médiatique où les titres accrocheurs occupent souvent le devant de la scène, il arrive que Radio-Canada adopte un angle de traitement qui met surtout en relief les critiques envers les politiques d’immigration du gouvernement québécois. Récemment, la société d’État a publié un article intitulé « Fin du PEQ : une situation “catastrophique” en éducation, dit l’opposition », relayant largement les réactions de certains partis à la disparition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Présentée comme l’annonce d’un grave problème pour le réseau scolaire, cette situation mérite toutefois d’être examinée avec un peu de recul : s’agit-il d’une analyse équilibrée ou d’une amplification d’un discours politique particulier ? Un regard attentif sur les faits et le contexte permet de mieux distinguer ce qui relève du constat et ce qui tient davantage de l’interprétation.


Le cœur de l’annonce : une « catastrophe » annoncée


Selon l’article de Radio-Canada, publié récemment, près de 1 000 employés du réseau scolaire québécois — dont plus de 200 enseignants et plus de 700 membres du personnel de soutien issus de l’immigration — pourraient voir leurs permis de travail expirer en 2026. Cette situation découlerait de la fin du PEQ, remplacé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).

Les critiques les plus appuyées proviennent notamment de la gauche radicale Québec solidaire et du Parti libéral du Québec, parti immigrationiste appuyé par à peine 10 à 20 % des francophones. Ruba Ghazal, co-porte-parole de QS, a ainsi déclaré : « C’est catastrophique ! On est en train de nuire au Québec, à nos enfants dans nos écoles. On nuit à nos entrepreneurs, à notre économie, à nos services publics, c’est ridicule ! » De son côté, Madwa-Nika Cadet, du PLQ, a demandé au gouvernement d’accorder rapidement une clause de droits acquis, jugeant la situation « absolument inacceptable ».

L’article du diffuseur gouvernemental fédéral met l’accent sur l’incertitude qui touche ces travailleurs temporaires arrivés notamment par le Programme des travailleurs étrangers temporaires. Le risque évoqué est celui de départs forcés qui viendraient accentuer la pénurie de main-d’œuvre en éducation. On y cite des exemples, notamment d'enseignants immigrés en Montérégie ou à Montréal confrontés à des délais administratifs importants. Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, est également critiqué pour ne pas avoir étendu au personnel scolaire les garanties accordées au secteur de la santé, où 6 300 employés ont bénéficié d’une clause dite « grand-père ».

Un contexte nettement plus nuancé : la réalité des politiques d’immigration

Ces chiffres — compilés par Radio-Canada à partir de données provenant de 10 centres de services scolaires sur 72 — peuvent sembler préoccupants à première vue, mais ils doivent être replacés dans un cadre plus large. Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec a annoncé en novembre 2025 une réduction des seuils d’immigration permanente à 45 000 personnes par an jusqu’en 2029, soit 15 000 de moins qu’auparavant, dans l’objectif déclaré d’alléger la pression sur les services publics.

Cette décision s’appuie notamment sur certains constats : en 2025, le ministre Roberge indiquait que 62 000 enfants de résidents temporaires fréquentaient le système scolaire québécois, ce qui avait nécessité l’embauche d’environ 4 500 enseignants supplémentaires. Les flux migratoires temporaires, encouragés par certaines politiques fédérales mises en place après 2016, n’ont pas résolu les pénuries de main-d’œuvre ; dans plusieurs cas, ils ont aussi accru la demande en logement, en soins de santé et en services éducatifs.

L’abolition du PEQ vise ainsi à privilégier une immigration plus ciblée par l’entremise du PSTQ, avec 29 000 invitations prévues en 2026. Le secteur de l’éducation fait d’ailleurs partie des priorités annoncées par le gouvernement le 30 janvier 2026, notamment pour les enseignants du primaire et du secondaire. Parmi les 221 déclarations d’intérêt admissibles soumises par des enseignants, 84 invitations avaient déjà été envoyées depuis juillet 2025.

Dès lors, la question se pose : faut-il parler d’une « catastrophe » ? Certains acteurs politiques le soutiennent, mais d’autres observateurs invitent à nuancer ce diagnostic. En août 2025, le ministre Bernard Drainville évoquait déjà plus de 4 000 postes d’enseignants vacants à la rentrée, un chiffre néanmoins en baisse par rapport aux années précédentes grâce à des efforts de recrutement local. La perte potentielle d’environ 1 000 employés issus de l’immigration dans un réseau qui compte plus de 92 000 postes (données de 2025) représente un défi réel, mais pas un effondrement du système. Des spécialistes, dont l’avocat en immigration Yves Martineau, parlent plutôt d’une situation incertaine, tout en rappelant l’existence de voies alternatives par le PSTQ.

Une couverture médiatique à examiner avec prudence

Au-delà du débat politique, certains estiment que la manière dont la question est présentée dans les médias peut accentuer une perception d’urgence ou de crise. Dans ce cas précis, Radio-Canada a surtout mis en avant les réactions les plus alarmistes provenant de partis généralement favorables à des niveaux d’immigration plus élevés, sans toujours accorder le même poids aux éléments de contexte ou aux ajustements en cours dans les politiques publiques.

Autrement dit, le débat porte moins sur l’existence de difficultés réelles potentielles — qui ne sont pas contestées — que sur la façon de les interpréter et de les présenter. La transition entre programmes d’immigration comporte inévitablement des zones d’incertitude, mais elle s’inscrit aussi dans une volonté politique de rééquilibrer un système qui a fortement reposé sur les statuts temporaires au cours des dernières années.

En définitive, la situation décrite par Radio-Canada ne correspond pas à une catastrophe imminente, mais plutôt à une phase d’ajustement dans la gestion de l’immigration au Québec. Le défi pour le gouvernement sera d’assurer une transition efficace afin de retenir les travailleurs essentiels, tandis que le débat public gagnerait sans doute à s’appuyer sur des analyses plus complètes et moins polarisées dans les médias de grand chemin.

Québec — Qui osera encore dénoncer la DPJ ?

Après avoir dénoncé le fonctionnement de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), Geneviève Guérin a dû rester recluse chez elle pendant deux semaines, avant d’apprendre qu’elle était congédiée.

« Lorsque l’on a su que j’avais parlé à un journaliste, on m’a téléphoné à domicile. C’était vers 19 heures. On m’a ordonné de ne pas sortir et de ne parler à personne tant que le conseil d’administration — le C.A. — n’aurait pas décidé de mon sort. Cela a duré plus de quatorze jours. »

Durant cette période, elle est restée dans l’attente. Puis la décision est tombée : elle était licenciée et devait venir récupérer ses effets personnels.

« Cela a été l’une des épreuves les plus difficiles de ma vie. Ce n’est que depuis quelques mois que j’ai retrouvé une parole fluide ; auparavant, je me mettais à bégayer dès qu’une personne inconnue me posait une question. »

Travailleuse sociale depuis plus de vingt ans, Geneviève Guérin dirigeait le Centre PIE, un organisme communautaire financé en partie par des fonds publics. Cet organisme accompagne des familles suivies par la DPJ de la région Mauricie–Centre-du-Québec. Au Québec, la DPJ est un service public chargé d’intervenir lorsque la sécurité ou le développement d’un enfant est compromis — par exemple en cas de négligence, de maltraitance ou de graves conflits familiaux.

Au fil du temps, Mme Guérin dit avoir vu passer des dossiers qui l’ont profondément troublée : des évaluations caviardées ou modifiées, des informations altérées, des documents falsifiés. Selon elle, certains enfants étaient orientés vers l’adoption de manière expéditive, « en tournant les coins très ronds », expression québécoise qui signifie agir trop rapidement ou en négligeant des étapes importantes.

Elle affirme également avoir signalé plusieurs situations à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), un organisme public indépendant chargé de veiller au respect des droits fondamentaux, notamment ceux des enfants. D’après elle, ces signalements n’ont pas été suivis d’effets.

Refusant d’accepter que certains dossiers d’adoption soient précipités ou que des informations y soient modifiées, elle a finalement décidé de parler publiquement. « Il y a eu des démarches avant d’en arriver à dire à Sébastien : “vas-y, publie.” » Le journaliste auquel elle fait référence est Sébastien Houle, du quotidien régional Le Nouvelliste.

La révélation a fait l’effet d’une bombe.

Le ministre responsable à l’époque, Lionel Carmant, a qualifié la situation d’« inacceptable ». La CDPDJ a alors décidé d’examiner 140 dossiers d’adoption traités entre le 1er janvier 2021 et le 1er janvier 2023.

Dans son rapport rendu en avril 2025, la Commission écrit avoir des raisons de croire qu’un problème systémique existait au sein de la DPJ de la Mauricie–Centre-du-Québec et que cette situation avait entraîné de nombreuses atteintes aux droits des enfants.

Les constats sont sévères :

* dans 80 % des dossiers, aucun outil clinique n’avait été utilisé ;
* dans 66 % des cas, la décision reposait uniquement sur le fait qu’un parent avait lui-même eu affaire à la DPJ durant son enfance ;
* dans 49 % des dossiers, les faits invoqués pour justifier la décision n’avaient pas été vérifiés.

La Commission a aussi relevé des informations omises, manipulées ou même inventées.

À la suite de ces révélations, le ministre Carmant avait annoncé que la DPJ serait placée « sous tutelle ». Au Québec, cela signifie normalement qu’une autorité supérieure prend temporairement le contrôle d’un organisme pour le redresser. Or, on a appris par la suite qu’il ne s’agissait en réalité que d’un accompagnement de trois mois. Au terme de cette période, la personne chargée de cet accompagnement, Sonia Mailloux, a été nommée directrice.

Quoi qu’il en soit, l’affaire a provoqué un choc important dans le réseau.

Mais Geneviève Guérin a-t-elle été remerciée d’avoir mis en lumière un problème systémique dans le traitement des dossiers d’adoption ? D’avoir contribué à une prise de conscience collective ? Évidemment non. Non seulement la lanceuse d’alerte n’a jamais retrouvé son poste, mais il lui a fallu trois ans pour décrocher un nouvel emploi, et encore dans une autre région.

Pourtant, elle avait été encouragée par plusieurs responsables politiques, dont le premier ministre du Québec François Legault, à porter plainte auprès du Protecteur du citoyen. Au Québec, cette institution joue un rôle comparable à celui d’un médiateur ou d’un ombudsman : elle enquête sur les plaintes visant l’administration publique.

Cette démarche s’appuyait sur une nouvelle loi destinée à protéger les lanceurs d’alerte — appelés au Québec « divulgateurs » ou parfois « sonneurs d’alerte » — entrée en vigueur en novembre 2024. Or, les faits dénoncés par Mme Guérin étaient antérieurs à cette loi.

« Je lui ai dit : “Monsieur Carmant, les représailles que j’ai subies datent d’avant votre loi.” Il m’a répondu : “Non, votre plainte est recevable, nous avons modifié la loi à cause de vous.” »

La décision du Protecteur du citoyen, rendue en juin, a toutefois été tout autre. L’enquêtrice a rappelé qu’une divulgation est considérée conforme à la loi lorsqu’elle est faite aux autorités compétentes — comme le Protecteur du citoyen, la Commission municipale du Québec ou le Commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale — ou à l’intérieur même de l’organisme concerné. Cela permet, en principe, que les faits soient examinés et que des mesures correctrices soient prises.

Mais parler directement aux médias ne donne pas accès aux protections prévues contre les représailles. Par conséquent, l’examen de la plainte a été clos.

Autrement dit : dénoncer publiquement la DPJ ne permet pas de bénéficier des protections juridiques destinées aux lanceurs d’alerte.

Le paradoxe est frappant : selon plusieurs observateurs, si Geneviève Guérin n’avait pas témoigné publiquement, l’enquête d’envergure de la CDPDJ n’aurait sans doute jamais été lancée.

Quant à la directrice nationale de la DPJ, Lesley Hill, elle a plutôt pris la défense des intervenants du réseau de la DPJ. Le 7 mai, alors que Mme Guérin assistait aux travaux de l’Assemblée nationale — le parlement du Québec — et que des élus la remerciaient d’avoir attiré l’attention sur les droits bafoués de plusieurs enfants, Mme Hill diffusait une vidéo destinée au personnel de la DPJ.

Elle y évoquait la difficulté d’entendre des accusations telles que « parjure », « falsification » ou « omission volontaire », laissant entendre que les intervenants n’agissaient pas délibérément de la sorte.

Pourtant, ce sont précisément des pratiques de ce type que la Commission a relevées dans plusieurs dossiers.

Dans son message, la directrice invitait plutôt à se concentrer sur les « petits miracles » accomplis par le réseau, tout en affirmant sa solidarité avec les intervenants.

La question demeure : dans ces conditions, qui osera encore soulever le couvercle ?


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Abus par la DPJ et par le personnel de l’hôpital pour enfants Sainte-Justine

Droits parentaux amoindris — Des parents en furie contre la DPJ

Menacée par l’école de faire appel à la DPJ, la mère renvoie sa fille à l’école où elle vit le martyre, la fille se suicide

La DPJ intervient, dans l’intérêt supérieur de l’enfant, vraiment ?

Cour suprême : Enfant envoyé par un juge en garderie pour le « socialiser » après que seuls les experts de la DPJ ont pu témoigner

Ne pas trop parler des dysfonctionnements de la DPJ afin de garder la foi dans le système

La DPJ recule après plus 3 ans d’interrogatoires, de tests et de procès : une famille recouvre sa liberté

Euthanasie — le Québec et son culte du consensus froissés

Comment Québec a privé les parents et les élèves d’un choix de cours de morale ou de religion à l’unanimité, encore une fois...