Un passage nous a intrigué :
(à partir de la 10e minute 35 secondes) :
On voit aujourd’hui qu'ils [les politiciens] se sont trompés. On le voit aussi avec des propositions de Marine Le Pen, je parle de la France, pardon. Ou Jean-Luc Mélenchon ou d'autres qui sont absolument, qui sont incapables de les mettre en œuvre. Jean-Luc Mélenchon a proposé qu'on quitte l'Union Européenne, que la France quitte l'Union européenne, pour rejoindre l'Alba. C'est-à-dire l'organisation tripartite lancée par le Vénézuela, le Nicaragua et Cuba. Vous imaginez le niveau de délire pour proposer quelque chose comme ça. C'est un peu aussi ce que dit Mathieu Bock-Coté quand il croit Marine Le Pen, je parle d'un Québécois puisque je vous parle. Vous voyez il y a beaucoup de gens qui ont parfois des idées qui me paraissent quand même, pour être gentil, décalées ou saugrenues. Moi, c'est vrai j'apporte de la nuance.Frédéric Martel, tout en nuances, met donc sur le même pied le « délire » de Mélenchon et Mathieu Bock-Côté qui croirait Marine Le Pen (il n'explique pas précisément ce que MBC croirait en la matière)... L'animateur du radiodiffuseur gouvernemental ne demande pas de précisions sur cette comparaison, il n'intervient plus qu'à la toute fin de l'explication de M. Martel (à 12 minutes) pour le remercier et conclure l'émission.
Martel, par ailleurs, critique globalement la droite nationale/souverainiste comme une menace interne comparable (dans sa logique) à l’extrême gauche, mais il ne rentre guère dans le détail technique du programme RN pour expliquer pourquoi telle ou telle mesure serait « délirante ». Il reste au niveau des grands principes : rejet du libéralisme politique, de l’UE telle qu’elle est, du pluralisme, selon lui.
Frédéric Martel confond ennemis et adversaires. Lorsqu’à la fin de son livre il ajoute à la longue liste des ennemis de l’Occident une série de figures dites conservatrices — Elon Musk, Peter Thiel, Renaud Camus, Éric Zemmour, voire Giorgia Meloni —, il amalgame ceux qui souhaitent détruire l’Occident et ceux qui contestent le tournant progressiste pris par les pays occidentaux. Or l’existence d’un débat pluraliste entre adversaires constitue précisément l’essence de nos démocraties. Lorsqu’il écrit : « S’ouvrir ou se fermer : telle est l’une des grandes lignes de fracture de notre époque », Martel réduit le débat à une opposition binaire à peine plus nuancée que celle des anti-Occidentaux entre dominants et dominés.
Deuxièmement, il confond Occident et progressisme. En affirmant qu’il existerait une convergence entre les ennemis tiers-mondistes de l’Occident et la « droite dure », il suggère en réalité que la seule position politique légitime serait celle du centrisme progressiste et européiste. Son propos semble chercher à produire un effet de ralliement autour du progressisme : en mettant en avant des figures ou des régimes autoritaires caricaturaux comme ennemis de l’Occident, il tend à présenter comme allant de soi tout un ensemble de positions associées à l’« extrême centre » — progressisme sociétal, gouvernement des juges, militantisme LGBTQ, européisme — sans toujours les nommer explicitement. Il mobilise plutôt des notions plus consensuelles et plus vagues, comme l’État de droit, la démocratie ou le libéralisme, dans l’espoir de rallier un public beaucoup plus large, y compris des lecteurs parfois assez conservateurs sur les questions culturelles.
Puisque nos ennemis s’attaqueraient aux droits individuels, à l’État de droit et à l’Union européenne, il faudrait les sacraliser sans réserve. En revanche, il ne dit presque rien de l’immigration, alors même que la « droite dure » entend la limiter au nom de la préservation de cette civilisation occidentale, estimant que l’immigration massive importe aussi sur notre sol des adversaires, voire des ennemis, de l’Occident.
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| Frédéric Martel se dit dans cet entretien en couple « depuis une dizaine d'années avec un migrant ». Puis se reprend tout de suite « une personne migrante ». |
Frédéric Martel, homosexuel revendiqué, est l'auteur d'un succès de librairie, Sodoma, un livre d'« enquête » décrit comme une diatribe autoréférentielle par le journal de gauche catholique La Croix. Pour ce journal, « Le propos de ce livre, fort volumineux, tient en peu de mots. Après avoir très longuement enquêté à Rome et dans une trentaine de pays, après avoir mené d’innombrables entretiens, Frédéric Martel affirme que l’homosexualité est omniprésente au Vatican et au-delà, parmi les cardinaux, les évêques et les prêtres. Gay revendiqué, cet écrivain, sociologue et journaliste, dénonce donc l’hypocrisie que constituent à la fois les doubles vies de membres du clergé ainsi que les positions doctrinales de l’Église catholique sur la question de l’homosexualité, l’usage du préservatif et les droits civils des homosexuels en matière familiale. [...] Il faut aussi évoquer ce que Sodoma a d’outrancier et même de détestable. D’abord, son exagération narrative. L’auteur fait de la messe d’ordination épiscopale de Mgr Georg Gänswein, secrétaire du pape Benoît XVI, une description fellinienne, jugeant qu’elle est « une des plus extravagantes de tous les temps ». Il n’a pas dû voir beaucoup de messes dans la basilique Saint-Pierre car celle-là était alors relativement banale. Ensuite, sa propension à tout analyser à travers le prisme de l’homosexualité, même lorsqu’il s’agit de politique ou d’argent. Sodoma est en ce sens un livre gay autoréférentiel, mot que l’auteur utilise souvent pour qualifier l’Église.
Beaucoup plus grave, Frédéric Martel ne fait pas de distinction claire entre ceux qui ont une pratique homosexuelle et ceux qui, d’orientation homosexuelle, font tout pour rester fidèles à leur engagement de célibat. Le raisonnement sous-jacent semble être le suivant : les premiers sont des menteurs cyniques ; les autres se mentent à eux-mêmes et en conçoivent une aversion pour l’homosexualité. De toute façon, pour Frédéric Martel, l’abstinence est inenvisageable car « contre-nature ».
Cette conception des choses conduit, hélas, Frédéric Martel à beaucoup d’insinuations. Il ne désigne comme homosexuels pratiquants que des personnes décédées – parfois très récemment. Pour les vivants, le livre procède par allusions et questions. »










