mardi 16 juin 2026

France : Excel­lence Rura­li­tés (hors contrat) contre vents et marées face au décro­chage sco­laire


Der­nier-né du réseau Excel­lence Rura­li­tés, fondé par Hervé Catala et Jean-Bap­tiste Nouail­hac, le col­lège hors contrat [non subventionné en France] Vau­ban accueille depuis sep­tembre der­nier 10 élèves de 6e et 5e dans la com­mune d’Étang-sur-Arroux, en Saône-et-Loire [centre de la France], où vivent 1 800 habi­tants. Sa pro­messe : « Des petits effec­tifs, un accom­pa­gne­ment per­son­na­lisé et une péda­go­gie adap­tée », sur un ter­ri­toire où l’offre édu­ca­tive est réduite, notam­ment pour des enfants à besoins par­ti­cu­liers. « Chez nous, la quasi-tota­lité des enfants ont des troubles de l’appren­tis­sage, explique Marie de Seroux, direc­trice de l’éta­blis­se­ment. Notre objec­tif est d’accueillir et d’offrir une sco­la­rité à des enfants qui n’ont de place nulle part, pas l’inverse. Nous n’avons pas pour objec­tif de vider les classes de l’école publique. »


Le secret de réus­site de l’éta­blis­se­ment est de remettre au goût du jour des méthodes tra­di­tion­nelles. Ici, tous les enfants sont en uni­forme. Quatre polos blancs, deux pulls bor­deaux et une jupe ou un pan­ta­lon gris sont four­nis par l’école contre 120 euros. Les parents doivent se pro­cu­rer eux-mêmes les chaus­sures, sombres et sans marque. Le lundi matin, le rituel de la levée des cou­leurs au son de La Mar­seillaise ouvre la semaine. Les cours com­mencent à 8 heures et ter­minent à 16 h 30, après une heure d’étude diri­gée. « L’orga­ni­sa­tion est plus simple pour les parents et les enfants, puisque l’emploi du temps est tou­jours le même. Nous pou­vons ainsi accom­pa­gner à pied, matin et soir, tous les élèves qui viennent en train à la gare d’Étang », explique Dorian Maillot, pro­fes­seur de mathé­ma­tiques.

Enfin, règle d’or pour l’équipe péda­go­gique de l’éta­blis­se­ment : les ensei­gnants sont éga­le­ment des «édu­ca­teurs». Dans la cour de récréa­tion, les pré­ado­les­cents jouent encore à chat ou à la gamelle. Les élèves se mélangent volon­tiers, mais ils sont rare­ment seuls. «Je chausse mes bas­kets, et j’y vais!», lance Dorian Maillot, avant de rejoindre deux d’entre eux pour une par­tie de foot­ball. « Au début, ils me bat­taient, mais fina­le­ment, j’ai repris le des­sus », sou­rit l’ensei­gnant. À midi, élèves et pro­fes­seurs par­tagent la même table. Des moments de com­pli­cité impor­tants pour les enfants. « Il y a un esprit super fami­lial ici. On joue tous ensemble, sans se juger les uns et les autres, à l’inverse d’un col­lège nor­mal où tout le monde reste dans son coin à se racon­ter des potins », se réjouit Anas­ta­sia, élève de 5e.

Chaque ven­dredi après-midi, les col­lé­giens sortent le nez de leurs cahiers pour pro­fi­ter d’un ate­lier ludique animé par un ensei­gnant. Cou­ture, cui­sine, réno­va­tion de meubles, jar­di­nage… « Aujourd’hui, c’est cla­fou­tis ! », lance Louis, élève de 6e, en dénoyau­tant les cerises appor­tées par Anas­ta­sia. De l’autre côté du jar­din, Loan visse rigou­reu­se­ment les planches arra­chées d’une palette pour consti­tuer un bac de com­pos­tage. « C’est mon moment pré­féré de la semaine. J’adore les tra­vaux manuels et pas­ser du temps dehors», confie-t-il.

La méthode a déjà fait ses preuves ailleurs en France. Le pre­mier col­lège d’excel­lence Rura­li­tés, bap­tisé Cours Clo­vis, a vu le jour en 2017 à La Fère, dans l’Aisne [dans le Nord du pays]. Ins­tallé dans un ancien maga­sin Lidl, il accueille aujourd’hui des élèves du CP à la 3e. Le lieu d’implan­ta­tion a été mûre­ment réflé­chi : cette com­mune de 3000 habi­tants comp­tait alors 37% de décro­chage sco­laire. En 2022, le Cours Alié­nor d’Aqui­taine a vu le jour dans l’ancienne école com­mu­nale d’esse (500 habi­tants), en Cha­rente.

Le Cours Vau­ban, lui, a trouvé sa place dans un champ, où cinq Algeco [modules préfabriqués] ont été amé­na­gés som­mai­re­ment. « On essaie de déco­rer comme on peut, on colle des cartes de France ou des pro­duc­tions des élèves pour habiller les murs », sou­rit Aline Bou­he­ret, ensei­gnante de français. Les chaises et les tables sont issues de la récu­pé­ra­tion quand la vais­selle et l’équi­pe­ment de la kit­che­nette – les élèves apportent cha­cun leur repas à l’école – ont été chi­nés ou don­nés par les parents. Deux autres Algeco seront ins­tal­lés cet été, pour accueillir les futures classes de 4e et 3e qui ouvri­ront à la ren­trée 2026 pour l’une et en sep­tembre 2027 pour l’autre.

Si l’éta­blis­se­ment privé hors contrat ne reçoit, par défi­ni­tion, aucune aide de l’état, les frais de sco­la­rité, cal­cu­lés en fonc­tion du quo­tient fami­lial, ne sont que de 30 à 90 euros par mois. En moyenne, ces tarifs sont plus proches de ceux d’un col­lège privé sous contrat, quand une sco­la­rité hors contrat coûte entre 400 et 800 euros par mois. « Cela nous a confor­tés dans notre choix d’y ins­crire notre fils », indique François Lal­le­mand, ingé­nieur en BTP et père d’étienne, élève de 5e, diag­nos­ti­qué TDAH (trouble défi­cit de l’atten­tion avec ou sans hyper­ac­ti­vité). Excel­lence Rura­li­tés fonc­tionne grâce au mécé­nat et aux dons de par­ti­cu­liers (L’Oréal, Fonds du bien com­mun – détenu par le mil­liar­daire conser­va­teur Pierre-Édouard Sté­rin –, Hel­lio…), qui repré­sentent «90% de nos finances», explique Jean-bap­tiste Nouail­hac.

Mal­gré son action « à voca­tion sociale », comme l’indique son direc­teur géné­ral, le réseau est sous le feu des cri­tiques depuis plu­sieurs mois. D’abord en rai­son de la par­ti­ci­pa­tion finan­cière de Pierre-Édouard Sté­rin, véri­table épou­van­tail de la gauche média­tique. Le 15 avril der­nier, Media­part titrait un article «Excel­lence Rura­li­tés, l’ensei­gne­ment tra­di­tio­na­liste qui fleu­rit là où l’école publique est en souf­france », dans lequel il assu­rait que le pro­jet édu­ca­tif «lar­ge­ment financé par le mil­liar­daire d’extrême droite Pierre-Édouard Sté­rin, veut mener la bataille idéo­lo­gique dans des régions où l’édu­ca­tion natio­nale est à la peine ». Un mois plus tard, Libé­ra­tion égra­ti­gnait à son tour Excel­lence Rura­li­tés dans une tri­bune inti­tu­lée « Ne lais­sons pas les écoles rurales à l’extrême droite de Pierre-Édouard Sté­rin». Par ailleurs, des carences péda­go­giques et des man­que­ments en matière d’hygiène, de sécu­rité et de suivi des élèves ont été rele­vés dans des rap­ports d’ins­pec­tion de l’édu­ca­tion natio­nale, notam­ment au sein du Cours Alié­nor d’aqui­taine. Le rec­to­rat de Bor­deaux a saisi le pré­fet pour envi­sa­ger une éven­tuelle fer­me­ture admi­nis­tra­tive. Direc­teur de l’éta­blis­se­ment, Phi­lippe Sauer assure avoir pris les mesures néces­saires : « Venez voir à quoi res­semblent nos écoles, vous ver­rez que nos élèves s’y sentent bien. Nous avons répondu à tous les man­que­ments sou­le­vés lors des ins­pec­tions de 2023, 2025 et du mois de mai der­nier. »

Le Cours Vau­ban, der­nier-né du réseau, n’est pas épar­gné par la cri­tique. «Cer­taines per­sonnes sont per­sua­dées que nous nous sommes ins­tal­lés là pour poli­ti­ser les enfants et que nous leur dis­pen­sons une édu­ca­tion ultra-catho­lique, ce qui est faux. Nous sommes une école laïque », avance Marie de Seroux. Pour Pierre-françois Chanu, direc­teur péda­go­gique au sein du réseau, les méthodes employées «n’ont rien d’idéo­lo­giques» ni « d’antan ». « Nous uti­li­sons la méthode syl­la­bique pour apprendre à lire, comme c’était le cas autre­fois. À l’inverse, en mathé­ma­tiques, nous pré­fé­rons la méthode Shan­ghai, qui date des années 2000», détaille-t-il.

Excel­lence Rura­li­tés peut comp­ter sur le sou­tien de ses ensei­gnants et des parents d’élèves. « Notre équipe reste sou­dée. Nous savons pour­quoi nous avons choisi cette école », confie Paul Pré­di­gnac, ensei­gnant en his­toi­re-­géo­gra­phie à Esse depuis la ren­trée der­nière. Même son de cloche chez Can­dice Debock, mère de trois élèves sco­la­ri­sés au Cours Clo­vis depuis cinq ans. « Cet éta­blis­se­ment a été une chance pour nous d’offrir une meilleure édu­ca­tion à nos enfants multi-dys. Depuis qu’ils suivent leur sco­la­rité, ils sont méta­mor­pho­sés », sou­ligne-t-elle. Et cela paie : l’été der­nier, Excel­lence Rura­li­tés se féli­ci­tait des résul­tats au bre­vet de ses élèves, avec une moyenne de 14,1 sur 20 au Cours Clo­vis et de 12,4 au Cours Alié­nor d’Aqui­taine. 

Source : Le Figaro

lundi 15 juin 2026

La déglobalisation de la culture ?

Neuf des dix titres les plus écoutés au Danemark en 2025 étaient interprétés par des Danois, chantant des paroles en danois. Le tube numéro un était « Hele Vejen » (« Tout le long du chemin »), des Danois Omar et Mumle.

Dans un monde de vedettes internationales, il peut paraître surprenant que les 6 millions de Danois, dont beaucoup parlent couramment l’anglais, écoutent principalement de la musique locale. Et jusqu’à très récemment, ce n’était pas le cas. En 2019, seules cinq chansons du classement des 20 meilleures ventes au Danemark étaient en danois. L’année dernière, ce chiffre était passé à 18. Une tendance similaire s’observe dans d’autres pays — et dans d’autres formes de divertissement. De l’Asie aux Amériques, les classements musicaux sont de plus en plus dominés par des sons locaux. Les sociétés hollywoodiennes de diffusion de programmes télévisés en ligne commandent davantage de productions locales sur les marchés étrangers, ce qui entraîne une baisse de la consommation de séries américaines. Les réseaux sociaux relient le monde entier, mais pour l’instant, les gens les utilisent principalement pour consommer du contenu local. Et à mesure que les jeux vidéo se développent, ils s’adaptent eux aussi de plus en plus aux cultures locales.

Pour ceux qui pensaient que la mondialisation conduirait à une monoculture mondiale stérile, dans laquelle tout le monde écouterait, regarderait et jouerait aux mêmes choses, ce renouveau local est quelque peu surprenant. Une poignée de vedettes et d’événements, tels que la Coupe du monde de football qui attire des milliards de téléspectateurs, peuvent encore captiver un public mondial. Mais ils deviennent l’exception. Alors que les plateformes mondiales de diffusion en continu pénètrent de nouveaux marchés, la culture locale s’avère remarquablement résistante. L’emprise de l’Amérique sur la culture populaire mondiale s’affaiblit. Et dans certains cas, les nouvelles technologies font même reculer de manière inattendue la mondialisation du divertissement.

Spotify, qui a fêté ses 20 ans cette année, met pratiquement toute la musique à la disposition de quiconque dispose d’une connexion Internet. Comme les utilisateurs peuvent écouter tout ce qu’ils veulent sans frais supplémentaires, les plus grandes stars n’ont cessé de gagner en popularité. La distribution numérique mondiale a propulsé la renommée de chanteuses comme Taylor Swift, qui ont vu leurs revenus de droits d’auteur augmenter plus rapidement que ceux des artistes situés plus bas dans la hiérarchie du monde du spectacle.

Selon votre bon plaisir

dimanche 14 juin 2026

La Suisse s'apprête à voter sur un plafonnement de la population (m à j, rejeté à 54,8 %)

L'UDC a échoué à convaincre les Suisses dimanche. Ces derniers ont refusé son initiative «Pas de Suisse à 10 millions » à 54,8 %, selon les résultats définitifs. Le succès de 2014 avec l'initiative contre l'immigration de masse ne s'est donc pas reproduit.

Peuple et cantons ont rejeté le texte qui visait à plafonner la population en Suisse à dix millions d'ici 2050.

Le non est unanime dans les cantons romands, francophones donc. Neuchâtel refuse à 67,2 %. Viennent ensuite Genève (65,4 %) et le canton de Vaud (64,4 %). Jura dit non à 59,9 %, Fribourg à 54,8 % et le Valais à 52,7 %.

En Suisse alémanique, plusieurs cantons, surtout de Suisse centrale, ont soutenu le texte. Schwyz et Appenzell Rhodes-Intérieures donnent un grand oui à 63,1% et 65,9%. Uri, Glaris et Nidwald acceptent aussi clairement l'initiative, à 59,9% et 58,6% et 58,3%. Saint-Gall à 53,7 %.

Le oui d'Argovie, de Schaffhouse et de Soleure est plus timide. Il dépasse à peine 50%. Le Tessin, italianophone, dit également oui de justesse, à 50,6 %.

Les vieux ont massivement voté Non.

Les seniors suisses (65 ans et plus) ont voté à 60 % pour le non contre 49 % chez les 35-49 ans.

Selon certains, cette différence s'expliqueraient par la dépendance accrue des personnes âgées aux secteurs comme les soins et les services, qui reposent fortement sur la main-d'œuvre immigrée.

Clivage ville-campagne

Zurich dit en revanche non à 60 %. Berne aussi, à 55,4 %. Zoug, qui accueille des grandes fortunes internationales, a refusé à 52,4 %, tout comme les Grisons, à 51,4 %. Ils sont suivis par Lucerne qui a rejeté le texte à 50,9 %. Les deux Bâle ont aussi clairement dit non, Bâle-Ville à 73,4 %.

On observe un réel clivage entre villes et campagnes. Les villes ont majoritairement refusé l'initiative, même dans les cantons où le oui a été le plus fort. La ville de Saint-Gall par exemple a refusé le texte à 68 %.






Billet du 13 décembre


L’im­mi­gra­tion a trans­for­mé Zoug au niveau du bâti et de la culture; pour de nombreux rési­dents de longue date, cette croi­ssance a également eu des « effets négatifs » 

ZOUG, Suisse — Ce pays alpin s'est longtemps appuyé sur sa géographie pour tenir le monde à distance. Mais alors que ses vallées se remplissent, certains ici font pression pour remplacer les barrières naturelles par quelque chose d’encore plus inflexible : un plafond démographique.

Mécontents de la hausse du coût de la vie et déçus par des promesses économiques et sociales non tenues, les Suisses sont à l’avant-garde des pays industrialisés qui remettent en question les avantages de l’immigration, même celle des travailleurs hautement qualifiés que beaucoup s’efforcent d’attirer. Dimanche, ils voteront lors d’un référendum visant à fixer un plafond strict à la population du pays.

Depuis 2000, le nombre de résidents nés à l’étranger est passé d’environ un sur cinq à un sur trois — le deuxième niveau le plus élevé parmi les pays riches, juste après le petit Luxembourg, et comparé à un sur six aux États-Unis. Cela représente un énorme changement démographique pour un petit pays montagneux.

À Zoug, le ministre des Finances Heinz Tännler a passé des années à dérouler le tapis rouge pour attirer les étrangers hautement qualifiés. Ceux-ci occupent désormais des emplois, des logements et alimentent les caisses publiques. Ils ont également créé une demande pour toujours plus de main-d’œuvre afin de répondre aux besoins d’une population plus nombreuse, dans un cercle vicieux qui néglige souvent les besoins des citoyens locaux, explique M. Tännler. « Cela ne peut pas durer. »

La proposition « Non à une Suisse à 10 millions d’habitants ! » de l’Union démocratique du centre (UDC), un parti de droite, vise à limiter la population résidante permanente , qui comprend à la fois les ressortissants étrangers et les citoyens suisses, à moins de 10 millions d’ici 2050, contre 9,1 millions actuellement.

Le scrutin, ouvert aux citoyens âgés de 18 ans et plus, devrait être serré. Si elle est adoptée, l’initiative obligerait le gouvernement fédéral à restreindre le regroupement familial pour les immigrés résidents et les nouvelles demandes d’asile dès que la population atteindra 9,5 millions d’habitants. Si ce seuil de 10 millions est atteint, Berne serait constitutionnellement tenue de dénoncer son accord sur la libre circulation avec l’Union européenne, mettant ainsi en péril l’accès à un marché qui absorbe plus de la moitié des exportations suisses.

Même s’il échoue, ce référendum reflète un changement d’opinion plus large parmi les pays riches, qui bouleverse le consensus de longue date selon lequel l’ouverture des frontières est la clé de la croissance économique.

Laissés pour compte


Pendant des années, les politiciens occidentaux ont présenté l’immigration comme une panacée – ou du moins un mal nécessaire – pour remédier aux maux des sociétés vieillissantes. Elle permettrait de pallier les pénuries de main-d’œuvre, le sous-financement des systèmes de retraite et la faible croissance de la productivité, affirmaient-ils.

Mais l’afflux historique d’étrangers dans l’Occident, en particulier depuis la pandémie de Covid-19, ne semble pas avoir résolu ces problèmes économiques. Dans certains cas, il les a peut-être même aggravés.

Le sentiment anti-immigration qui couvait depuis des années à travers l’Europe est en train de déborder, aggravé par la flambée des coûts du logement et de la vie, des systèmes de protection sociale surchargés et des perspectives économiques moroses. Des émeutes et des manifestations ont récemment éclaté au Royaume-Uni à la suite d’agressions à l’arme blanche attribuées à des immigrés. Cette colère profite aux politiciens populistes de droite et bouleverse les partis traditionnels.

Des gouvernements comme celui du Canada « ont mis en avant l’idée que l’immigration permettrait de résoudre les problèmes, mais cela n’a tout simplement rien donné », a déclaré Mikal Skuterud, professeur d’économie à l’Université de Waterloo au Canada.

L’immigration peut donner un coup de pouce à l’économie si les migrants sont plus qualifiés que la population générale, a déclaré M. Skuterud. Mais si leurs compétences correspondent globalement à celles de la population, cela n’aura probablement que peu d’impact sur la productivité ou les pénuries de main-d’œuvre.

La production économique par heure travaillée, qui sert à mesurer la productivité, stagne globalement depuis 2017 dans les pays ayant accueilli les flux d’immigration les plus importants, notamment l’Australie, le Canada, l'Allemagne et le Royaume-Uni, selon les données de l'Organisation de coopération et de développement économiques. Les systèmes de protection sociale restent sous pression et les pénuries de main-d'œuvre persistent largement.

Même les endroits qui semblent tirer profit de ces flux migratoires, comme Zoug — près de 60 % des im­mi­grants en Suisse sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, et la grande major­ité vient de l’UE — ont des doutes.

« La plupart des gens sont laissés pour compte », a déclaré Dolfi Müller, 71 ans, natif de Zoug et ancien maire.

M. Müller prévoit de voter contre un plafonnement de la population. Mais il estime que les décideurs politiques devraient viser une croissance démographique et économique plus modérée, car les inconvénients d’une forte immigration l’emportent désormais sur les avantages.

« Beaucoup de gens ne parlent pas anglais et se sentent exclus » a-t-il déclaré à propos des habitants. « La génération plus âgée dit : “Avant, nous étions entre nous, une petite ville au bord du lac.” »

Sous la pression des électeurs, les gouvernements qui avaient autrefois ouvert leurs portes les claquent désormais. Les préoccupations budgétaires, les chocs culturels et une certaine forme de racisme jouent un rôle. Mais la principale inquiétude des électeurs réside dans le manque de contrôle sur l’identité des personnes qui arrivent et sur le rythme de leur arrivée, quelle que soit leur origine.

Le Canada a réduit de manière drastique ses quotas d’étudiants étrangers et ses permis de travail temporaires après qu’une grave crise du logement a fait basculer l’opinion publique, qui comptait depuis longtemps parmi les plus favorables à l’immigration au monde. Le Royaume-Uni a augmenté les frais de visa et les seuils de salaire pour les travailleurs qualifiés, réduisant l’immigration légale nette d’environ 80 % en moins de trois ans. En Allemagne, le gouvernement fédéral a réintroduit les contrôles aux frontières et accéléré les expulsions. Les États-Unis ont renforcé leurs procédures de vérification et intensifié les mesures de contrôle et les expulsions. Les taux de refus des visas pour travailleurs hautement qualifiés ont presque doublé ces derniers mois.

Si l’im­mi­gra­tion peut faire gagner [un peu] du temps aux poli­tici­ens pour s’attaquer aux dé­fis du vieillissement de la popu­la­tion, elle ne résout pas le problème de manière définitive, car les nouveaux arrivants vieillissent eux aussi, a déclaré Alan Man­ning, pro­fes­seur d’éco­nomie à la London School of Eco­nomics. Pour éviter totalement les effets économiques du vieillissement, il faudrait un nombre invraisemblable et croissant d’immigrants, a déclaré M. Manning.

« L’immigration, c’est exactement comme la croissance démographique. C’est la façon la plus simple de voir les choses », a-t-il déclaré. « Beaucoup de gens pensent que l’immigration est bonne pour l’économie. Mais si vous disiez : “Une croissance démographique plus forte est bonne pour l’économie”, vous ne répondriez peut-être pas : “Oh, oui, évidemment.” »

Un Brexit à la suisse ?

Le référendum en Suisse polarise les opinions, tout comme l’avait fait le vote britannique en faveur de la sortie de l’UE en 2016.

Les opposants, dont le principal lobby des entreprises, affirment qu’un plafonnement de la population ferait peser d’énormes risques sur une économie qui dépend du commerce international, attiserait l’incertitude et aggraverait la pénurie de main-d’œuvre. Un arrêt soudain de l’im­mi­gra­tion pourrait également rompre les rela­tions avec l’UE.

« Pourquoi devrais-je construire une nouvelle usine si je risque de ne pas trouver de personnel dans 10 à 15 ans en raison de la pénurie de main-d’œuvre ? », a déclaré Simon Michel, directeur général d’Ypsomed, une entreprise suisse de technologie médicale basée près de Berne. Près d’un tiers de ses employés en Suisse n’ont pas de passeport suisse.

Les partisans du plafonnement démographique affirment que l’immigration crée plus de problèmes qu’elle n’en résout. Ils affirment qu’elle permet aux entreprises d’importer de la main-d’œuvre moins chère au lieu d’investir dans la main-d’œuvre locale ou dans de nouvelles technologies pour rendre les travailleurs existants plus productifs. Elle exerce également une pression supplémentaire sur les infrastructures.

« Les entreprises disent qu’elles préfèrent recruter sur un marché plus vaste, mais nous devons former les personnes qui sont déjà ici », a déclaré Heidi Z’graggen, une politicienne centriste qui prévoit de voter oui.

Des chefs d’entreprise et des responsables politiques se sont réunis à Zoug un soir de mai pour débattre du référendum dans un espace événementiel raffiné surplombant la ville. Suzanne Thoma, une femme d’affaires qui a grandi dans la région, a déclaré qu’un plafonnement de la population reviendrait à pratiquer une opération à cœur ouvert sur l'économie suisse, orientée vers l'exportation.

« C’est absurde », a rétorqué Thomas Matter, un riche banquier et député de l’UDC qui a contribué à lancer le référendum. L’im­mi­gra­tion de masse est un système [pyramidal] de Ponzi, a-t-il déclaré, car les nouveaux arrivants ont eux aussi besoin de biens et de ser­vices, y compris, à terme, de soignants [et dans l'immédiat d'infrastructures et d'écoles pour leurs enfants].

Il a fait valoir que l’immigration était comme un pic de sucre pour une économie : elle stimule la croissance globale, mais peine à faire progresser le PIB par habitant, l’indicateur le plus important.

Malgré un débat animé, l’ambiance dans la salle était conciliante, certains opposants de premier plan reconnaissant même qu’il fallait faire quelque chose face à l’ampleur des flux récents, qui ont approché les 100 000 par an depuis la pandémie. Cela équivaut à environ 3,5 millions par an pour les États-Unis.

« L’im­mi­gra­tion est la solu­tion de facilité », a déclaré Peter Let­ter, un homme d’affaires de Zoug qui dirige la campagne du « Non » du lobby des entreprises locales contre le plafonnement de la pop­u­la­tion. L’accès au vaste marché du travail européen signifie que les entreprises peuvent ne pas chercher de main-d’œuvre plus près de chez elles, a-t-il ajouté.

Une immigration bien gérée peut être bénéfique, surtout si elle rehausse le niveau de qualification de la population, affirment les économistes. Un certain niveau d’immigration est également souhaitable pour éviter le déclin démographique, qui pourrait déclencher un cercle vicieux de pénurie croissante de main-d’œuvre et de baisse de la demande des consommateurs.

Mais le débat économique sur l’immigration n’est pas « tout à fait honnête », a déclaré Sebastian Dullien, un éminent économiste allemand. Si l’impact économique global pour un pays peut être positif, certaines catégories de la population sont perdantes, en particulier les travailleurs peu qualifiés, a-t-il expliqué. Ces groupes devraient être indemnisés par le biais du système fiscal, mais « cela n’a pas été fait ».

Zugzwang [coup forcé aux échecs]

L'immigration a transformé Zoug, autrefois une région agricole tranquille, en une plaque tournante mondiale du commerce des matières premières et en un pôle d'implantation de sièges sociaux multinationaux. Plus ré­cemment, elle est devenue l’épicentre de l’industrie mondiale de la blockchain, ce qui lui a valu le sur­nom de « Crypto Valley ».

La popu­la­tion du can­ton a au­gmenté d’environ trois quarts depuis 1981, passant de 76 000 à environ 134 000 habitants. Son PIB par habitant s’élève à environ 193 000 francs, le deuxième plus élevé de Suisse après celui de Bâle-Ville, qui abrite les sièges sociaux de grandes entreprises pharmaceutiques.

Au ministère des Finances, M. Tännler a enregistré des excédents budgétaires s’élevant en moyenne à plus de 300 millions de francs par an au cours des cinq dernières années. Ces excédents ont permis de financer des investissements records, notamment une nouvelle rocade de grande envergure destinée à réduire les embouteillages dans la région, ainsi que des investissements dans les écoles et de nouvelles installations sportives.

Le paysage urbain de Zoug a considérablement changé depuis qu’Anja Beck, une agente immobilière d’origine allemande, s’y est installée il y a 22 ans. La ville compte désormais des supermarchés plus grands, davantage d’écoles internationales et de clubs sportifs, une multitude de restaurants chics… et plus de circulation. Les villas historiques cèdent la place à de nombreux immeubles en copropriété. « C’est triste », a déclaré Mme Beck. « Il n’y aura plus que des appartements. »

Les coûts du logement ont grimpé en flèche : la location d’une maison familiale commence à environ 8 000 à 9 200 dollars par mois, ou 3,5 millions de dollars à l’achat, a déclaré M. Beck. Le taux de vacance en 2023 était de 0,42 %, l’un des plus bas de Suisse.

Environ 4 000 habitants de Zoug quittent la ville chaque année, ce qui signifie qu’un quart de la pop­u­la­tion du canton est partie au cours de la dernière déc­en­nie. L’un d’entre eux est Ivo Zimmermann, un expert en communication né à Zoug et qui y a vécu pendant environ 50 ans. Incapable de trouver une maison à un prix raisonnable après deux ans de recherches, cet homme de 62 ans a déménagé avec sa femme dans le canton voisin d’Argovie il y a environ neuf ans.

M. Zimmermann, qui travaille à Zurich, aimerait beaucoup retourner dans la ville où sa famille a vécu pendant trois générations. Zoug est aujourd’hui encore plus belle, avec un niveau de vie élevé et de nombreuses possibilités culturelles. Mais quelque chose s’est perdu à mesure que sa ville natale s’enrichissait et que l’anglais supplantait l’allemand dans de nombreux endroits. « Nous voyons aujourd’hui que ce développement a des côtés négatifs. »
 
Source : Wall Street Journal 

Rappel
 
Le prix de la Carpette anglaise 2025 (section internationale) a été décerné au Conseil cantonal de Zurich (Parlement du canton), qui a choisi, en septembre dernier, d’abolir le Frühfranzösisch (français précoce) et de reporter l’enseignement du français (langue officielle de la Suisse) à la première année du secondaire, c’est-à-dire 6 ans plus tard que l’anglais (langue non officielle).

mercredi 10 juin 2026

Démographie : l'Inde ne fait plus assez d'enfants pour remplacer ses générations

« Vous faites trop d’enfants. » Pendant des décennies, ce message brutal a été martelé dans l’esprit des Indiens par leurs dirigeants, avec la complicité de donateurs étrangers malavisés. Dans les années 1960, des slogans affichés sur les bâtiments scolaires réprimandaient les parents en leur disant : « Deux ou trois enfants, ça suffit ». Dans les années 1970, les autorités ont pris un tournant plus cruel, supervisant la stérilisation de millions de jeunes adultes, généralement pauvres, souvent de force. Mais lorsque les manuels scolaires indiens seront réimprimés cet été, ils véhiculeront un message très différent. Ils mettront en garde non pas contre les dangers d’avoir trop d’enfants, mais contre les risques d’en avoir trop peu.

En effet, le pays le plus peuplé du monde connaît actuellement une baisse de la natalité (voir graphique). L’Inde affiche un indice synthétique de fécondité (ISF), qui mesure le nombre d’enfants par femme, de 1,9 et en baisse. Ce chiffre est inférieur au taux de remplacement, d’environ 2,1, nécessaire pour assurer la stabilité démographique à long terme. Dans plusieurs États indiens, l’ISF correspond désormais aux faibles taux observés dans les pays européens riches. Le Tamil Nadou, un État industrialisé du sud, et le Bengale occidental, un État très peuplé de l’est, ont chacun le même taux de fécondité (1,3) que la Finlande. Le Maharashtra, un grand État occidental englobant Bombay, est au même niveau que la Norvège (1,4). Quand on pensait à la démographie indienne, la Scandinavie n’était pas le point de référence qui venait à l’esprit. Elle le deviendra de plus en plus.

La population indienne continuera de croître à partir de son niveau actuel de 1,45 milliard : il faut du temps pour que la baisse des naissances se traduise par une diminution globale de la population. Mais le nombre de naissances a déjà baissé d’un cinquième par rapport à son pic de 2001. Au Tamoul Nadou, 1 200 écoles ont fermé l’année dernière faute d’élèves pour remplir leurs salles de classe. Ceux qui s’y rendent se présentent de plus en plus souvent sans frères ni sœurs. Le gouvernement craint que l’Inde ne vieillisse avant de s’enrichir – que le pays suive une trajectoire similaire à celle de la Chine, où la population a déjà atteint son pic et commence à décliner. Certains politiciens proposent des aides financières pour encourager les Indiens à procréer.

La transition démographique de l’Inde est l’exemple le plus frappant d’une tendance mondiale. Car ce ne sont plus seulement les pays riches où les familles ont peu d’enfants, voire aucun. Plus des deux tiers de tous les pays se situent désormais en dessous du taux de remplacement. Les pays à revenu intermédiaire comme le Brésil, l’Iran, la Thaïlande et la Turquie se situent bien en dessous depuis des années. Les pays plus pauvres les rejoignent progressivement. Le Sri Lanka affiche un indice synthétique de fécondité (ISF) de seulement 1,3 ; celui de la Tunisie est de 1,6. Le Maroc est aussi passé sous le seuil de renouvellement des générations. Nairobi, la capitale du Kenya, pourrait être proche de ce seuil. Dans de nombreux endroits, les taux de natalité s’effondrent bien que le mariage reste quasi universel et même si peu de femmes occupent un emploi formel.

L’Inde illustre également pourquoi ce déclin mondial se produit. La baisse des taux de mortalité infantile fournit une explication : les parents n’ont pas besoin d’avoir autant d’enfants s’ils peuvent être sûrs qu’ils atteindront tous l’âge adulte. Mais les démographes ont depuis longtemps montré que ce qui compte vraiment, c’est l’éducation des filles. La scolarisation permet aux filles d’acquérir plus d’autonomie et d’avoir davantage leur mot à dire dans les décisions de la vie. [C'est une explication un peu simple, voir encadré ci-dessous, l'urbanisation a sans doute un rôle au moins aussi grand.] Ce n’est pas un hasard si, dans les années 1990, l’Inde et une grande partie de l’Afrique ont connu une forte augmentation du nombre de filles scolarisées. Ce n’est que dans les rares endroits où la plupart des filles ne suivent toujours pas d’enseignement formel – comme au Niger, dans le nord du Nigeria ou au Tchad – que la fécondité n’a pratiquement pas évolué.

L’éducation fait également baisser la fécondité d’une autre manière. Plus les parents ont de l’ambition, plus ils doivent investir dans chaque enfant. Cette dynamique s’accélère lorsque les écoles publiques sont en très mauvais état. Il est remarquable de constater que 39 % des enfants indiens fréquentaient des écoles payantes l’année dernière, contre 32 % en 2015. Les parents sont pris dans une course à l’armement éducatif. Si vos voisins ont peu d’enfants et dépensent davantage pour leur éducation, [vous pourriez penser que] les vôtres seront désavantagés à moins que vous ne fassiez de même.

Les influences extérieures se propagent également plus facilement qu’auparavant. Une étude a montré comment l’arrivée de la télévision par câble dans les villages indiens dans les années 2000 a entraîné une légère baisse de la fécondité. Les feuilletons télévisés mettant en scène des femmes urbaines issues de la classe moyenne et ayant des familles peu nombreuses ont peut-être fait évoluer les normes (même si certains se demandent si les gens ne se contentaient pas de regarder la télévision plutôt que d’avoir des relations sexuelles). Le téléphone intelligent est un outil encore plus puissant – et distrayant – pour faire découvrir le mode de vie de leurs pairs plus aisés aux populations plus pauvres.

Quelle qu’en soit la cause précise, la baisse de la natalité a des implications majeures. L’ONU, qui tente de prévoir ce genre de choses, n’a pas pris en compte la rapidité du déclin de la fécondité dans ses prévisions centrales pour la population mondiale. Sa prévision la plus basse est probablement la plus précise. Cela suggère que la population indienne atteindra un pic d’environ 1,6 milliard dans une vingtaine d’années, puis reculera de manière spectaculaire pour s’établir à un peu moins d’un milliard avant la fin du siècle. L’Asie dans son ensemble pourrait également atteindre son apogée dans les années 2040. Quant au pic de la population humaine totale, il surviendra probablement plus tôt que la plupart ne le pensent, peut-être même dans les années 2050, car l’Afrique ne sera pas aussi peuplée qu’on le pensait auparavant. Dans les régions les plus mal gérées et les plus en proie aux conflits, la fécondité restera élevée. Mais la leçon à tirer de l’Inde est qu’il faut considérer avec un scepticisme de mise les prévisions d’un avenir où il y aurait 500 millions de Nigérians ou 3,8 milliards d’Africains.

mardi 9 juin 2026

Encyclopédie des euphémismes contemporains et autres manipulations militantes de la langue

Éducation positive, antifascisme, écriture inclusive, justice sociale, bienveillance... Qui peut aujourd’hui contester ou simplement questionner ces mots magiques ? 

Chargés d’idéologie, ils envahissent les médias, les universités, les institutions. Le prétendu néoprogressisme a ainsi fait du vocabulaire son terrain de lutte, « en empêchant parfois de dire, en contraignant souvent à dire autrement, donc à ne pas dire vraiment ».

Selon les zélateurs du politiquement correct il ne s’agit pas d’une censure, mais d’une adaptation du langage à des objectifs moraux, pédagogiques ou sociaux. 

Selon eux, les mots influencent les représentations et les comportements ; agir sur le langage serait un moyen légitime d’agir sur les relations humaines.Cette logique conduit au contrôle du discours ; certaines expressions deviennent socialement ou institutionnellement inacceptables, non parce qu’elles seraient fausses, mais parce qu’elles sont jugées inappropriées. 

Il s’agit de mettre en place une véritable police de la langue. Hannah Arendt, Orwell, Aron, Klemperer, Chomsky, Eco, ont montré comment la régulation du langage sert à éliminer la pensée critique, uniformiser les esprits et imposer une idéologie.

Publiée sous la direction de Sami Biasoni aux éditions du Cerf, l’Encyclopédie des euphémismes contemporains et autres manipulations militantes de la langue recense un certain nombre de mots ou néologismes ayant connu des glissements sémantiques sous l’effet de revendications politiques. Les contributeurs, historiens, philosophes, linguistes, professeurs, avocats, journalistes, nous invitent à retrouver l’esprit critique et le courage face à la dictature de la pensée unique.

Source : DLF






L’éducation à l’époque de Cicéron : éloquence, traditions et châtiments

 

 

 Si aujourd'hui le système éducatif est organisé par l'État, du temps de la République romaine, l’instruction relève de la prérogative du père de famille. Sans écoles, sans programmes et sans professeurs diplômés, à quoi peut bien ressembler la “scolarité” des jeunes Romains ? Les jeunes filles y ont-elles accès ? Quels sont les impacts des bouleversements politiques et sociaux sur l’éducation lors du passage de la République à l’Empire ?

Pour Storiavoce, Jean-Noël Robert témoigne de pratiques éducatives réservées à une élite, centrées sur la transmission de traditions et l’imprégnation religieuse. D’abord domaine réservé du père, l’enseignement est peu à peu confié à des grammairiens, rhéteurs et pédagogues, en écrasante majorité des esclaves grecs ! Avec des méthodes éducatives parfois violentes, ils cherchent à former de futurs sujets politiques. À la fin de la République, les profondes mutations dans l’éducation inquiètent les Anciens, qui désespèrent - déjà ! - de l’oisiveté de la jeunesse. 

L’invité : Latiniste et historien spécialiste de Rome, Jean-Noël Robert dirige la collection Realia. Il est l’auteur de L'Éducation des jeunes Romains au temps de Cicéron (Les Belles Lettres, 240 p., 23€).         


lundi 8 juin 2026

Pédophilie, viols : les crèches et le périscolaire parisien n'est ni un accident, ni une surprise

Ce qui s'est passé dans les crèches et le périscolaire parisien n'est ni un accident, ni une surprise. C'est le résultat d'années d'imprudence, d'indifférence et de déni politique, selon Anne Coffinier.

Dans cette vidéo, elle analyse ce drame à deux niveaux :
  • Les faits eux-mêmes — leur nature monstrueuse, mais surtout leurs conséquences à long terme sur les enfants victimes, dont on parle trop peu.
  • Le scandale dans le scandale — comment notre système judiciaire, sous-doté en juges, et notre classe politique parisienne, alertée dès 2015, ont collectivement failli.
Des rapports d'inspection existaient. Des élus ont tiré la sonnette d'alarme. Et pourtant, rien n'a vraiment changé. Pour Anne Coffinier, il est temps d'en parler sans détour.


dimanche 7 juin 2026

Au Québec, les deux sexes veulent 2 enfants en moyenne (mais ils n'en ont que 1,36)

Le rapport Home Alone publié par Cardus propose une réflexion particulièrement riche sur la crise démographique canadienne. Là où beaucoup d’analyses expliquent la chute de la natalité par un simple changement de préférences individuelles, les auteurs défendent une thèse plus nuancée : la plupart des Canadiens ne rejettent pas l’idée de la famille. Une grande partie d’entre eux souhaiteraient même avoir davantage d’enfants qu’ils n’en auront réellement.




Le contraste entre désir et réalité est au cœur du rapport. Le Canada affiche aujourd’hui l’un des taux de fécondité les plus faibles au monde, avec environ 1,25 enfant par femme. Pourtant, les données recueillies par Cardus montrent que les femmes canadiennes disent idéalement souhaiter près de 2 enfants, et que leurs intentions déclarées demeurent elles aussi nettement supérieures au niveau réel des naissances. Plus de la moitié des hommes et des femmes interrogés affirment d’ailleurs que leur famille est actuellement plus petite qu’ils ne l’auraient voulu.

samedi 6 juin 2026

Un patient ayant recours au suicide médicalement assisté gémit « Aidez-moi » avant qu'on le fasse mourir

Un patient ayant recours à « l'aide médicale à mourir » gémit « Aidez-moi » avant de mourir, car le sédatif n'a pas agi correctement.

« Ils ont vu leur père souffrir physiquement et psychologiquement, et ces derniers souvenirs resteront gravés dans leur mémoire »

Un homme de l'Ontario a gémi, grimacé et répété « Aidez-moi » alors qu'il subissait une aide médicale à mourir, car l'un des médicaments n'a pas produit le niveau de sédation escompté, le laissant initialement conscient.

Cette complication inattendue, dont sa famille a été témoin, illustre les risques rares mais potentiels liés à l’aide médicale à mourir (AMM) dont, selon les experts, les personnes devraient être informées lorsqu’elles consentent à l’aide à mourir.

Aucune procédure médicale ne présente un risque nul de complications ou de résultats inattendus, a déclaré la Dre Ramona Coelho, médecin de famille et ancienne membre du comité d’examen des décès par AMM du Bureau du coroner en chef de l’Ontario.

« Pourtant, certains cliniciens pratiquant l’aide médicale à mourir présentent publiquement les décès par aide médicale à mourir comme étant systématiquement paisibles, beaux et sans complications », a-t-elle déclaré.

« Cela ne reflète pas fidèlement la réalité et risque d’influencer les décisions concernant l’aide médicale à mourir » en se basant sur une représentation idéalisée de l’aide à mourir, a déclaré Mme Coelho.