jeudi 25 juin 2026

Humour — l'IA au bac

 


La Rhénanie-du-Nord-Westphalie veut évaluer les capacités des élèves à utiliser l’IA (octobre 2025)

Les élèves de ce Land de l’ouest de l’Allemagne pourront bientôt utiliser l’intelligence artificielle lors de certaines évaluations comptant pour l’équivalent du baccalauréat. Les autorités régionales se sont donné cinq ans pour mettre en place un tel dispositif, qui inclura une réflexion critique sur l’IA.

Source : Courrier international

“À partir de 2030, ceux qui passent leur Abitur [l’équivalent du baccalauréat français] en Rhénanie-du-Nord-Westphalie pourront utiliser des outils boostés à l’intelligence artificielle lors de leurs évaluations”, annonce Der Spiegel. La ministre de l’Éducation de ce Land de l’ouest de l’Allemagne a déclaré à la mi-octobre que les lycéens seraient autorisés à y recourir dès 2030, non pas pendant l’examen final, mais lors de contrôles pouvant compter pour leur diplôme. “Seront évaluées les capacités [des élèves] à utiliser l’IA correctement, mais aussi leurs réflexions critiques sur la manière dont les réponses sont générées” a précisé Dorothee Feller.

L’annonce de la ministre chrétienne-démocrate est saluée par l’hebdomadaire de centre gauche. “Le fait que l’école favorise non seulement les compétences [liées à l’IA], mais aussi qu’elles les évaluent, va de soi dans un système fondé sur les diplômes, estime-t-il, dans un éditorial. Il était donc temps d’intégrer l’utilisation de l’IA aux évaluations en milieu scolaire.” Des cours pour bien utiliser les logiciels et les robots conversationnels seront mis en place à cet effet.

Ces éléments ont été réaffirmés dans des communiqués officiels du ministère et des articles récents (avril 2026 notamment). La réforme est en discussion au Landtag et suit son calendrier préu. 
v


Le manifeste du tueur de Côte-des-Neiges à Montréal : hypergamie, anticapitalisme et terrorisme révolutionnaire


La fusillade de Côte-des-Neiges : trois morts et un manifeste de 104 pages


Le 22 juin 2026, vers 11 h 35, une fusillade meurtrière a éclaté dans le quartier de Côte-des-Neiges à Montréal, à proximité du Hilton Garden Inn et du siège d’Aylo, société propriétaire de Pornhub. L’auteur de l’attaque, Seth Scott Hatfield, était armé d’une carabine semi-automatique SKS et avait préparé son opération depuis plusieurs semaines.

Selon les informations rendues publiques par les enquêteurs, Hatfield avait séjourné dans un hôtel du secteur avant de passer à l’action. Après avoir ouvert le feu, les événements ont rapidement pris la forme d’une attaque ciblant les forces de l’ordre. Une importante intervention policière a suivi et l’assaillant a finalement été abattu.

Le bilan humain est lourd : le policier montréalais Mohamed Lamine Benredouane, âgé de 34 ans, a été tué dans l’exercice de ses fonctions ; Michel Moshe Mizrahi, 38 ans, membre bien connu de la communauté juive montréalaise, a également perdu la vie. Une policière a été grièvement blessée. L’assaillant a lui-même été abattu par les forces de l’ordre.

Dans sa chambre d’hôtel, les enquêteurs ont découvert un manifeste de 104 pages intitulé Manifesto of June 22nd. Ce document, rédigé avant l’attaque, expose les motivations idéologiques de son auteur et constitue la principale source permettant de comprendre son raisonnement politique et social.

Seth Hatfield : du campus universitaire à l'attentat

Seth Scott Hatfield était un homme de 25 ans originaire de Lethbridge, en Alberta. Étudiant en philosophie à l’Université de Lethbridge, il figurait notamment sur la liste d’honneur du doyen. Les témoignages recueillis après l’attentat le décrivent généralement comme une personne intelligente, introvertie, solitaire et fortement investie dans les débats idéologiques.

À première vue, rien ne le destinait à devenir l’auteur d’un attentat. Aucun passé criminel significatif n’était connu publiquement. Toutefois, son manifeste révèle un processus de radicalisation intellectuelle déjà avancé depuis plusieurs années.

Contrairement à l’image parfois donnée d’un individu mû principalement par une rancœur personnelle ou sentimentale, Hatfield cherchait manifestement à inscrire son geste dans une vision globale du monde. Son texte ne se limite pas à des plaintes sur sa propre situation ; il prétend développer une théorie générale de l’histoire humaine, de l’économie, des rapports entre les sexes, du capitalisme moderne et de la révolution politique.

Le document est structuré comme un essai idéologique : chapitres, définitions, références historiques, citations d’auteurs, notes de bas de page et bibliographie. Hatfield cherche visiblement à présenter ses thèses sous une apparence intellectuelle et systématique. Cette volonté de construire une doctrine cohérente distingue son texte de nombreux manifestes criminels plus improvisés ou purement autobiographiques.

L'angle des médias de grand chemin : misogynie et mouvance incel

Dans les jours ayant suivi la fusillade, la majorité des grands médias québécois et canadiens ont principalement insisté sur la dimension incel, misogyne et antiféministe du manifeste. 20minutes parle d'un manifeste « masculiniste ».

Les titres ont souvent évoqué un « attentat incel », un « manifeste anti-femmes » ou encore la haine des femmes. L’accent a été mis sur les passages consacrés à l’hypergamie, à la solitude masculine et à la critique du féminisme. Plusieurs reportages ont rapproché l’événement d’autres actes de violence associés à des milieux masculins radicalisés ou à la mouvance incel (célibataires involontaires).

Cette lecture n’est pas entièrement erronée. Le manifeste contient effectivement de nombreux développements consacrés aux rapports hommes-femmes, à l’hypergamie, à la critique du féminisme contemporain et à ce que Hatfield considère comme l’effondrement de la monogamie.

Toutefois, cette présentation tend à laisser dans l’ombre une partie importante du document. Celui-ci ne se réduit pas à une dénonciation des femmes ou du féminisme. Une grande partie de ses 104 pages est consacrée à des questions économiques, historiques et révolutionnaires. Le texte mobilise abondamment le vocabulaire du marxisme, développe une critique systématique du capitalisme moderne, dénonce la bourgeoisie, attaque la pornographie comme industrie et contient également des passages visant les « sionistes » ou ce qu’il appelle parfois une « classe judéo-bourgeoise ».

La focalisation quasi exclusive sur la dimension incel par les gros médias a ainsi conduit une partie du public à percevoir le manifeste comme un simple document de haine antiféministe, alors que son contenu réel est plus vaste, plus complexe et parfois plus contradictoire (ou plus syncrétiques).

Au-delà du label « incel » : le contenu réel du manifeste

« Les jeunes les plus progressistes auraient plus de risques de développer des troubles mentaux. »

«Les jeunes les plus progressistes auront plus de chances [risques] de développer des troubles mentaux. Les théories systémiques négatives (racisme systémique, capitalisme tout-puissant, etc.) et le sectarisme idéologique sont deux causes majeures de dépression dans la nouvelle génération», avance Pierre Valentin.


Dans un essai fouillé publié chez Gallimard, « Malaise dans la génération Z », Pierre Valentin dissèque les causes de la détresse psychologique des 15-30 ans, et décèle une crise morale et culturelle.

C'est le diplodocus au beau milieu du musée de porcelaine qu'est la France qui vient : la jeune génération ne va pas bien. Du tout. Les chiffres sont connus : un quart des 15-29 ans sont en dépression. Les tentatives de suicides et d'hospitalisation en psychiatrie de la jeune génération marquent une progression spectaculaire depuis le Covid. Et pourtant, rien -; ou presque. L'ampleur du problème n'a d'égal que le silence contrit qu'il suscite. La complexité et la pluralité des causes possibles de ce fléau persuadent la majorité des observateurs, sinon de regarder ailleurs, du moins de se contenter d'une approche empirique ou purement clinique. Des écueils dont a voulu se départir le jeune essayiste Pierre Valentin pour s'attaquer à ce qui est le mal de sa génération, dans son dernier ouvrage publié chez Gallimard : Malaise dans la génération Z.

Anxieuse perspective

Après un premier essai remarqué en 2023, , l'auteur de 27 ans part d'une intuition nourrie, notamment, par les travaux du sociologue américain Christopher Lasch : cette crise psychologique que traverse cette génération -; née entre 1995 et 2013 -; est aussi et surtout une crise morale et culturelle. En clair, une perte de sens, c'est-à-dire de signification aussi bien que de direction... Avec finesse, Pierre Valentin brosse le portrait d'une jeunesse à la fois héritière et victime des luttes « émancipatrices » et de la « révolution individualiste » de ses aînés. Comme eux, elle a appris à regarder le passé comme un poids dont il faudrait se libérer. Sauf qu'elle subit, en sus, l'anxieuse perspective d'un « effondrement de l'avenir » : crise climatique, guerre, chômage de masse induit par l'IA... Au point que l'année 2050 évoque pour un tiers de cette génération ni plus ni moins que « la fin du monde ».

Ainsi, « le tunnel se ferme des deux côtés. L'impasse se fait tombe,cingle Pierre Valentin. Il ne resterait plus qu'à gigoter dans l'obscurité » . Et à gigoter en solitaire... « En l'absence de projets dans la durée, il ne reste plus que la survie . Qui se pratique dans le meilleur des cas en petit groupe ou seul. » Une solitude, principal vecteur de trouble, dont 71 % des 18-24 ans disent souffrir. Renforcée tant par la crise du Covid-19, qui aura eu pour effet de « pathologiser » l'autre , que par une numérisation sans frein rendant possible, pour ne pas dire désirable, un retrait autarcique total. Avec, pour corollaire, une déconnexion des questions d'intérêt général et une large désaffection politique. De quoi expliquer pour partie les 42 % d'abstention des 18-24 ans lors du premier tour de la dernière présidentielle... Que les prétendants à la prochaine élection se le tiennent pour dit.

Mais le plus vertigineux de cette enquête fouillée est ailleurs. Sans remettre en cause la réalité de certaines pathologies mentales et des soins spécifiques à leur apporter, Pierre Valentin questionne, sources universitaires à l'appui, l'efficacité de l'approche psychologisante systématiquement opposée aux maux de la jeunesse. En pathologisant ce qui appartenait hier au registre de la morale, le langage thérapeutique ne vient-il pas déresponsabiliser toujours plus les individus de leur mal-être, et ainsi aggraver le mal qu'il pense soigner ? « L'approche psychologique présuppose une absence de libre arbitre, déculpabilise et déresponsabilise l'individu, note Valentin. Or l'élimination de la culpabilité mène à l'élimination de la compétence. » Laissant ainsi la jeunesse dans l'illusion de ne pas être, au moins pour partie, responsable de ses maux et, donc, de n'avoir aucune prise sur eux.

L'auteur ne se contente pas de nommer le mal. Il trace aussi des chemins de guérison : retour à la morale, redécouverte de la vie intérieure et de la foi, éloge de l'engagement pour les autres, réhabilitation des appartenances et des devoirs. On pourra discuter certaines généralisations ou trouver parfois le remède plus esquissé que démontré. Mais pour la « Gen Z », le simple fait qu'un des leurs apporte au débat un ouvrage aussi ambitieux aurait à lui seul de quoi les faire renouer avec l'espérance.

Source : Le Point

Malaise dans la génération Z,
par Pierre Valentin,
paru aux éditions Gallimard,
le 21 mai 2026,
à Paris, 
288 pages, 
ISBN-10 ‏ : ‎ 2073146678
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2073146670





Alors que Mai 68 fut une révolte contre l'autorité, la génération Z semble prendre le relais de ses aînés. Leurs difficultés respectives sont-elles comparables ? Sur le plateau, le sociologue Jean-Pierre Le Goff et le jeune essayiste Pierre Valentin vont confronter leur regard. Le premier a beaucoup étudié la génération des boomeurs issus de Mai 68, le second publie Malaise dans la génération Z (Gallimard), ouvrage dans lequel il explore les raisons profondes du mal-être existentiel des jeunes d'aujourd'hui et de la crise de la santé mentale que beaucoup d'entre eux traversent. 

dimanche 21 juin 2026

Le 22 juin 1774, promulgation de l'Acte de Québec, intolérable pour les Treize colonies américaines il contribue à leur révolte

Bien qu’ils demeurent sujets britanniques en 1774, après le Traité de Paris de 1763, les Canadiens demeurent attachés à leurs libertés qu’ils associent au riche héritage de leurs origines.


Les administrateurs britanniques constatent que la langue, le droit civil ou la religion risquent de persister encore longtemps, car les Canadiens (français donc) sont largement majoritaires et l’immigration britannique y est trop faible pour renverser la tendance démographique.

Les visées révolutionnaires des 13 colonies anglophones menacent de gagner la province et, dans ce contexte, les autorités britanniques font des concessions aux Canadiens pour s’assurer leur loyauté.

L'Acte de Québec est sanctionné en 1774. Il s’agit de la première constitution québécoise votée par le Parlement de Londres. Avec elle, Québec redevient la capitale politique d’un territoire presque aussi étendu que celui de l’ancienne Nouvelle-France. Il englobe désormais le bassin des Grands Lacs et s’étend vers le sud jusqu’au Mississippi et la vallée de l’Ohio. Des concessions politiques sont également accordées aux Canadiens.

Or, si l’Acte de Québec est bien accueilli par les Canadiens, il est intolérable pour les Treize colonies américaines et contribue à leur révolte contre la mère patrie britannique. Durant ce conflit, des troupes révolutionnaires se dirigent vers le nord et s’emparent de Montréal, mais elles échouent devant Québec au cours d’un affrontement (décembre 1775 et janvier 1776) dans lequel de nombreux Canadiens s’illustrent.

Un acte intolérable pour les Insurgés américains
 
L'Acte de Québec de 1774 est parfois inclus parmi les actes coercitifs, bien qu'il ait été examiné par le Parlement avant le Boston Tea Party. Également connue sous le nom de Loi sur le Canada, la loi étend les frontières de la province de Québec vers le sud jusqu'à la rivière Ohio. Limitant par là-même l'expansion géographiques des treize colonies. La loi accorde également «le libre exercice de la religion de l'Église de Rome», car le territoire abritait une grande majorité catholique française. Tout en instituant également le droit pénal anglais, la loi permet au droit civil français de rester en place, ce qui exclut le procès par jury. Le gouverneur et le corps législatif établis par l'Acte de Québec sont des postes nommés par la Couronne avec une autorité complète sur la colonie. À une époque d'intolérance religieuse généralisée, de nombreux colons protestants frémissent à l'idée de tolérer le catholicisme en Amérique du Nord.

Grief 20  
"Pour avoir aboli le libre système des lois anglaises dans une province voisine [à savoir Québec], y avoir établi un gouvernement arbitraire et avoir élargi ses frontières pour en faire à la fois un exemple et un instrument adéquat pour introduire le même régime absolu dans ces colonies".
(extrait de la déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776)
Le grief encadré dans le facsimilé de la Déclaration d'indépendance de 1776, signée et grossoyée


jeudi 18 juin 2026

Le célèbre examen d'entrée à l'université chinois est en pleine mutation

La démographie et l'IA sont sur le point de transformer le gaokao.

LE 7 JUIN, des millions de jeunes Chinois se sont rendus dans les salles d'examen pour passer le gaokao, le redoutable examen national d'entrée à l'université en Chine. Les résultats détermineront où ils pourront étudier et, par conséquent, la qualité des débouchés professionnels qui s'offriront à eux. Pour beaucoup, il s'agissait d'une chance unique de gravir les échelons de la société chinoise.

Deux éléments ont marqué l'édition de cette année. D'une part, alors que le nombre de candidats était en forte hausse au cours des dernières décennies, il semble désormais en baisse. D'autre part, l'intelligence artificielle est de plus en plus omniprésente. Ces deux tendances vont transformer l'éducation des jeunes en Chine au cours des prochaines années.


Les données officielles indiquent que 12,9 millions de candidats se sont inscrits au gaokao cette année, contre 13,4 millions en 2024, ce qui marque la deuxième année consécutive de baisse (voir graphique). Bien que la Chine ait atteint un pic en termes de gaokao, elle n’a toutefois pas encore atteint un pic en termes de jeunes de 18 ans (l’âge moyen des étudiants passant l’examen). L'une des raisons de cette baisse de participation pourrait être que les réformes rendent plus difficile pour les candidats à l'université de repasser l'examen. Une autre pourrait être le taux de chômage élevé chez les jeunes, qui avoisine les 17 %. La multitude de diplômés qui peinent à trouver un emploi pourrait dissuader certains jeunes de s'engager dans des études universitaires.

À terme, ce déclin s'accélérera. La cohorte des candidats au gaokao de cette année est principalement née en 2008, une année qui a vu 16,1 millions de naissances. En 2025, les naissances avaient diminué de plus de moitié, pour atteindre seulement 7,9 millions. Le précipice démographique est déjà visible dans les crèches, qui ont vu leur effectif chuter de 46 millions à 32 millions entre 2022 et 2025. Les effectifs dans les écoles primaires ont également commencé à diminuer. Inévitablement, avec le temps, les collèges puis les lycées suivront.

L'impact de l'IA se fait sentir beaucoup plus rapidement. Une enquête menée l'année dernière auprès de 322 000 élèves par l'Académie nationale chinoise des sciences de l'éducation, un groupe de réflexion affilié à l'État, a révélé que 85,6 % d'entre eux avaient déjà essayé d'utiliser l'IA pour faire leurs devoirs. Sur des applications populaires telles que Zuoyebang (« Aide aux devoirs ») et Yuanfudao (« Tutorat du Singe »), les élèves prennent des photos des questions et l'IA les guide vers les solutions. (Les enseignants utilisent des technologies similaires pour les aider à corriger les devoirs.) À l’approche du gaokao, les entreprises chinoises spécialisées dans l’IA ont empêché leurs robots conversationnels de résoudre des questions d’examen afin d’empêcher tout tricheur potentiel de les utiliser. Lorsque les résultats seront publiés plus tard ce mois-ci, beaucoup utiliseront également l’IA pour savoir quelle université et quelle filière choisir afin de maximiser leurs chances d’admission.

Le gouvernement a de grands projets pour l’IA dans les salles de classe. Dans certaines régions riches, le changement est déjà en marche. Depuis le trimestre d’automne de l’année dernière, les 1 400 écoles primaires et secondaires de Pékin ont mis en place des cours sur la « culture générale en IA ». À Hangzhou, épicentre de l'essor de l'IA en Chine, les élèves programment des applications, jouent avec des robots fournis par Unitree, une jeune entreprise de robotique, et utilisent l'IA pour réaliser des peintures dans le style de Van Gogh.

Beaucoup en Chine s'inquiètent de la possibilité que l'IA ne rende le système éducatif désuet. Les études consistent encore en une grande part d'apprentissage par cœur et en la résolution fastidieuse de milliers de questions d'entraînement, des méthodes conçues en vue du gaokao. Certains parents trouvent cela plutôt inquiétant, alors que les connaissances sont accessibles via une simple demande à un agent conversationnel. Mais d’autres craignent également que l’IA ne rende l’éducation moins efficace. Mme Luo, une mère de famille à Shanghai, a laissé son fils essayer cette technologie, mais s’est rapidement rendu compte qu’il se contentait de copier la solution générée par l’IA, plutôt que d’essayer de la comprendre. Ses notes ont baissé. Mme Yang, qui vient de terminer son gaokao, affirme que l’IA l’a aidée à réviser, mais craint qu’elle n’affaiblisse ses compétences en rédaction.

Le double coup dur de la démographie et de l’IA mettra à rude épreuve les enseignants et les tuteurs. La demande à leur égard diminuera à mesure que le nombre d’élèves baissera. Dans le même temps, les défenseurs de l’IA affirment que leurs systèmes fourniront des connaissances infinies et une patience sans limite à la demande, pour un coût bien inférieur à celui de véritables tuteurs. Ceux qui enseignent l’anglais sont particulièrement inquiets. L’IA parle déjà la langue plus couramment, et sans accent, que bon nombre d’entre eux. En conséquence, certains parents exaspérés se demandent pourquoi ils paient des humains pour les aider avec cette langue.

Il pourrait toutefois y avoir des avantages pour les enseignants. En Chine, jusqu’à 60 élèves doivent se serrer dans une seule salle de classe ; l’IA pourrait être en mesure de fournir un enseignement sur mesure d’une manière que les enseignants ne pourraient jamais gérer. Mais l’interaction humaine restera toujours nécessaire, estime M. Shi, ancien professeur de mathématiques chez New Oriental, une grande entreprise de soutien scolaire. Les enseignants qui réussissent sont ceux qui parviennent à créer un lien émotionnel avec leurs élèves et ainsi à les motiver.

Source : The Economist

mercredi 17 juin 2026

Le 18 juin 1429, dans une chaleur accablante, la victoire décisive de Patay


L’armée anglaise, commandée par le fameux Jean Talbot, forte d’environ 5 000 hommes, s’était regroupée à Meung sur Loire. Lorsque Talbot apprit qu’il était poursuivi, il résolut de ne pas refuser le combat.

Après avoir franchi le bas fond formé par le lit desséché de la Retrève, il se porta sur le territoire de la paroisse de Patay, s’appuyant sur le bois de Lignerolles, en empruntant un chemin resserré entre des haies et des buissons. C’est là que Talbot s’arrêta avec 500 archers d’élite.

Effet de cerf

Il était environ 2 heures de l’après-midi, par une chaleur accablante, un cerf effrayé sortit subitement d’un taillis et se dirigea droit sur les archers anglais qui se mirent à pousser des cris de surprise. Ces clameurs firent découvrir l’ennemi à l’avant-garde française qui, entraînée par le bouillant La Hire, arriva à grand galop sur les archers anglais avant qu’ils n’aient eu le temps de prendre leurs positions.

Fastolf qui était avec le corps principal de l’armée anglaise courut vers l’avant-garde pour la ramener dans la bataille ; mais, s’imaginant que tout était perdu, les Anglais se dispersèrent et s’enfuirent.

Pendant ce temps, le gros de l’armée française massacrait ou faisait prisonniers de nombreux ennemis. Talbot lui-même tomba aux mains de Poton de Xaintrailles.

Les fuyards furent poursuivis jusque sous les murs de Janville ; là, les habitants refusèrent d’ouvrir les portes de telle sorte que seuls Fastolf et quelque 700 cavaliers arrivèrent à Étampes vers minuit.

Les soldats français, fatigués après une journée bien chaude, couchèrent sur place. Le lendemain, un dimanche, après avoir dîné à Patay, ils entrèrent triomphalement à Orléans avec leurs prisonniers.

Bilan des pertes

Les historiens militaires anglais indiquent 2 500 morts du côté anglais sur les 5 000 engagés, 3 morts et une centaine de blessés du côté français. Le corps d’élite des archers anglais fut mis hors de combat ; il ne sera pas reconstitué. Outre Talbot, de nombreux officiers furent capturés par les Français. Fastolf, accompagné d’une petite troupe, parvint à s’enfuir, mais fut dès lors disgracié : le duc de Bedford mit la défaite sur son compte et le radia de l’ordre de la Jarretière.

Conséquences

Conséquences immédiates

Les partisans de Charles VII purent l’escorter vers Reims sans avoir à combattre et y firent sacrer leur prince le 17 juillet 1429, asseyant ainsi définitivement sa légitimité au trône de France. Ils dominent définitivement le val de Loire et s’emparent de l’est et du nord de Paris. Paris restera disputé un temps ainsi que Compiègne.

Conséquences stratégiques

À l’échelle des armées de l’époque, cette bataille est pour les Anglais un désastre comparable et symétrique à ceux de Crécy ou Azincourt pour les Français : la perte, pour une génération, de leur principale force de bataille. Ils ne s’en relevèrent jamais et le reste des opérations militaires de la guerre de Cent Ans se résuma essentiellement à une longue série de sièges par lesquels les Français reprirent une à une les places fortes tenues par les Anglais, culminant en 1453, à Castillon et la prise de Bordeaux.

La fin de la suprématie de l’arc long anglais sur les champs de bataille de France fut consommée avec les innovations à la fois sur le plan technique (boulets en fer, amélioration substantielle de la poudre) et sur l’utilisation tactique de l’artillerie par les frères Jean et Gaspard Bureau, qui conféra un avantage décisif à l’armée française dans le siège des places fortes.

mardi 16 juin 2026

France : Excel­lence Rura­li­tés (hors contrat) contre vents et marées face au décro­chage sco­laire


Der­nier-né du réseau Excel­lence Rura­li­tés, fondé par Hervé Catala et Jean-Bap­tiste Nouail­hac, le col­lège hors contrat [non subventionné en France] Vau­ban accueille depuis sep­tembre der­nier 10 élèves de 6e et 5e dans la com­mune d’Étang-sur-Arroux, en Saône-et-Loire [centre de la France], où vivent 1 800 habi­tants. Sa pro­messe : « Des petits effec­tifs, un accom­pa­gne­ment per­son­na­lisé et une péda­go­gie adap­tée », sur un ter­ri­toire où l’offre édu­ca­tive est réduite, notam­ment pour des enfants à besoins par­ti­cu­liers. « Chez nous, la quasi-tota­lité des enfants ont des troubles de l’appren­tis­sage, explique Marie de Seroux, direc­trice de l’éta­blis­se­ment. Notre objec­tif est d’accueillir et d’offrir une sco­la­rité à des enfants qui n’ont de place nulle part, pas l’inverse. Nous n’avons pas pour objec­tif de vider les classes de l’école publique. »


Le secret de réus­site de l’éta­blis­se­ment est de remettre au goût du jour des méthodes tra­di­tion­nelles. Ici, tous les enfants sont en uni­forme. Quatre polos blancs, deux pulls bor­deaux et une jupe ou un pan­ta­lon gris sont four­nis par l’école contre 120 euros. Les parents doivent se pro­cu­rer eux-mêmes les chaus­sures, sombres et sans marque. Le lundi matin, le rituel de la levée des cou­leurs au son de La Mar­seillaise ouvre la semaine. Les cours com­mencent à 8 heures et ter­minent à 16 h 30, après une heure d’étude diri­gée. « L’orga­ni­sa­tion est plus simple pour les parents et les enfants, puisque l’emploi du temps est tou­jours le même. Nous pou­vons ainsi accom­pa­gner à pied, matin et soir, tous les élèves qui viennent en train à la gare d’Étang », explique Dorian Maillot, pro­fes­seur de mathé­ma­tiques.

Enfin, règle d’or pour l’équipe péda­go­gique de l’éta­blis­se­ment : les ensei­gnants sont éga­le­ment des «édu­ca­teurs». Dans la cour de récréa­tion, les pré­ado­les­cents jouent encore à chat ou à la gamelle. Les élèves se mélangent volon­tiers, mais ils sont rare­ment seuls. «Je chausse mes bas­kets, et j’y vais!», lance Dorian Maillot, avant de rejoindre deux d’entre eux pour une par­tie de foot­ball. « Au début, ils me bat­taient, mais fina­le­ment, j’ai repris le des­sus », sou­rit l’ensei­gnant. À midi, élèves et pro­fes­seurs par­tagent la même table. Des moments de com­pli­cité impor­tants pour les enfants. « Il y a un esprit super fami­lial ici. On joue tous ensemble, sans se juger les uns et les autres, à l’inverse d’un col­lège nor­mal où tout le monde reste dans son coin à se racon­ter des potins », se réjouit Anas­ta­sia, élève de 5e.

Chaque ven­dredi après-midi, les col­lé­giens sortent le nez de leurs cahiers pour pro­fi­ter d’un ate­lier ludique animé par un ensei­gnant. Cou­ture, cui­sine, réno­va­tion de meubles, jar­di­nage… « Aujourd’hui, c’est cla­fou­tis ! », lance Louis, élève de 6e, en dénoyau­tant les cerises appor­tées par Anas­ta­sia. De l’autre côté du jar­din, Loan visse rigou­reu­se­ment les planches arra­chées d’une palette pour consti­tuer un bac de com­pos­tage. « C’est mon moment pré­féré de la semaine. J’adore les tra­vaux manuels et pas­ser du temps dehors», confie-t-il.

La méthode a déjà fait ses preuves ailleurs en France. Le pre­mier col­lège d’excel­lence Rura­li­tés, bap­tisé Cours Clo­vis, a vu le jour en 2017 à La Fère, dans l’Aisne [dans le Nord du pays]. Ins­tallé dans un ancien maga­sin Lidl, il accueille aujourd’hui des élèves du CP à la 3e. Le lieu d’implan­ta­tion a été mûre­ment réflé­chi : cette com­mune de 3000 habi­tants comp­tait alors 37% de décro­chage sco­laire. En 2022, le Cours Alié­nor d’Aqui­taine a vu le jour dans l’ancienne école com­mu­nale d’esse (500 habi­tants), en Cha­rente.

Le Cours Vau­ban, lui, a trouvé sa place dans un champ, où cinq Algeco [modules préfabriqués] ont été amé­na­gés som­mai­re­ment. « On essaie de déco­rer comme on peut, on colle des cartes de France ou des pro­duc­tions des élèves pour habiller les murs », sou­rit Aline Bou­he­ret, ensei­gnante de français. Les chaises et les tables sont issues de la récu­pé­ra­tion quand la vais­selle et l’équi­pe­ment de la kit­che­nette – les élèves apportent cha­cun leur repas à l’école – ont été chi­nés ou don­nés par les parents. Deux autres Algeco seront ins­tal­lés cet été, pour accueillir les futures classes de 4e et 3e qui ouvri­ront à la ren­trée 2026 pour l’une et en sep­tembre 2027 pour l’autre.

Si l’éta­blis­se­ment privé hors contrat ne reçoit, par défi­ni­tion, aucune aide de l’état, les frais de sco­la­rité, cal­cu­lés en fonc­tion du quo­tient fami­lial, ne sont que de 30 à 90 euros par mois. En moyenne, ces tarifs sont plus proches de ceux d’un col­lège privé sous contrat, quand une sco­la­rité hors contrat coûte entre 400 et 800 euros par mois. « Cela nous a confor­tés dans notre choix d’y ins­crire notre fils », indique François Lal­le­mand, ingé­nieur en BTP et père d’étienne, élève de 5e, diag­nos­ti­qué TDAH (trouble défi­cit de l’atten­tion avec ou sans hyper­ac­ti­vité). Excel­lence Rura­li­tés fonc­tionne grâce au mécé­nat et aux dons de par­ti­cu­liers (L’Oréal, Fonds du bien com­mun – détenu par le mil­liar­daire conser­va­teur Pierre-Édouard Sté­rin –, Hel­lio…), qui repré­sentent «90% de nos finances», explique Jean-bap­tiste Nouail­hac.

Mal­gré son action « à voca­tion sociale », comme l’indique son direc­teur géné­ral, le réseau est sous le feu des cri­tiques depuis plu­sieurs mois. D’abord en rai­son de la par­ti­ci­pa­tion finan­cière de Pierre-Édouard Sté­rin, véri­table épou­van­tail de la gauche média­tique. Le 15 avril der­nier, Media­part titrait un article «Excel­lence Rura­li­tés, l’ensei­gne­ment tra­di­tio­na­liste qui fleu­rit là où l’école publique est en souf­france », dans lequel il assu­rait que le pro­jet édu­ca­tif «lar­ge­ment financé par le mil­liar­daire d’extrême droite Pierre-Édouard Sté­rin, veut mener la bataille idéo­lo­gique dans des régions où l’édu­ca­tion natio­nale est à la peine ». Un mois plus tard, Libé­ra­tion égra­ti­gnait à son tour Excel­lence Rura­li­tés dans une tri­bune inti­tu­lée « Ne lais­sons pas les écoles rurales à l’extrême droite de Pierre-Édouard Sté­rin». Par ailleurs, des carences péda­go­giques et des man­que­ments en matière d’hygiène, de sécu­rité et de suivi des élèves ont été rele­vés dans des rap­ports d’ins­pec­tion de l’édu­ca­tion natio­nale, notam­ment au sein du Cours Alié­nor d’aqui­taine. Le rec­to­rat de Bor­deaux a saisi le pré­fet pour envi­sa­ger une éven­tuelle fer­me­ture admi­nis­tra­tive. Direc­teur de l’éta­blis­se­ment, Phi­lippe Sauer assure avoir pris les mesures néces­saires : « Venez voir à quoi res­semblent nos écoles, vous ver­rez que nos élèves s’y sentent bien. Nous avons répondu à tous les man­que­ments sou­le­vés lors des ins­pec­tions de 2023, 2025 et du mois de mai der­nier. »

Le Cours Vau­ban, der­nier-né du réseau, n’est pas épar­gné par la cri­tique. «Cer­taines per­sonnes sont per­sua­dées que nous nous sommes ins­tal­lés là pour poli­ti­ser les enfants et que nous leur dis­pen­sons une édu­ca­tion ultra-catho­lique, ce qui est faux. Nous sommes une école laïque », avance Marie de Seroux. Pour Pierre-françois Chanu, direc­teur péda­go­gique au sein du réseau, les méthodes employées «n’ont rien d’idéo­lo­giques» ni « d’antan ». « Nous uti­li­sons la méthode syl­la­bique pour apprendre à lire, comme c’était le cas autre­fois. À l’inverse, en mathé­ma­tiques, nous pré­fé­rons la méthode Shan­ghai, qui date des années 2000», détaille-t-il.

Excel­lence Rura­li­tés peut comp­ter sur le sou­tien de ses ensei­gnants et des parents d’élèves. « Notre équipe reste sou­dée. Nous savons pour­quoi nous avons choisi cette école », confie Paul Pré­di­gnac, ensei­gnant en his­toi­re-­géo­gra­phie à Esse depuis la ren­trée der­nière. Même son de cloche chez Can­dice Debock, mère de trois élèves sco­la­ri­sés au Cours Clo­vis depuis cinq ans. « Cet éta­blis­se­ment a été une chance pour nous d’offrir une meilleure édu­ca­tion à nos enfants multi-dys. Depuis qu’ils suivent leur sco­la­rité, ils sont méta­mor­pho­sés », sou­ligne-t-elle. Et cela paie : l’été der­nier, Excel­lence Rura­li­tés se féli­ci­tait des résul­tats au bre­vet de ses élèves, avec une moyenne de 14,1 sur 20 au Cours Clo­vis et de 12,4 au Cours Alié­nor d’Aqui­taine. 

Source : Le Figaro

lundi 15 juin 2026

La déglobalisation de la culture ?

Neuf des dix titres les plus écoutés au Danemark en 2025 étaient interprétés par des Danois, chantant des paroles en danois. Le tube numéro un était « Hele Vejen » (« Tout le long du chemin »), des Danois Omar et Mumle.

Dans un monde de vedettes internationales, il peut paraître surprenant que les 6 millions de Danois, dont beaucoup parlent couramment l’anglais, écoutent principalement de la musique locale. Et jusqu’à très récemment, ce n’était pas le cas. En 2019, seules cinq chansons du classement des 20 meilleures ventes au Danemark étaient en danois. L’année dernière, ce chiffre était passé à 18. Une tendance similaire s’observe dans d’autres pays — et dans d’autres formes de divertissement. De l’Asie aux Amériques, les classements musicaux sont de plus en plus dominés par des sons locaux. Les sociétés hollywoodiennes de diffusion de programmes télévisés en ligne commandent davantage de productions locales sur les marchés étrangers, ce qui entraîne une baisse de la consommation de séries américaines. Les réseaux sociaux relient le monde entier, mais pour l’instant, les gens les utilisent principalement pour consommer du contenu local. Et à mesure que les jeux vidéo se développent, ils s’adaptent eux aussi de plus en plus aux cultures locales.

Pour ceux qui pensaient que la mondialisation conduirait à une monoculture mondiale stérile, dans laquelle tout le monde écouterait, regarderait et jouerait aux mêmes choses, ce renouveau local est quelque peu surprenant. Une poignée de vedettes et d’événements, tels que la Coupe du monde de football qui attire des milliards de téléspectateurs, peuvent encore captiver un public mondial. Mais ils deviennent l’exception. Alors que les plateformes mondiales de diffusion en continu pénètrent de nouveaux marchés, la culture locale s’avère remarquablement résistante. L’emprise de l’Amérique sur la culture populaire mondiale s’affaiblit. Et dans certains cas, les nouvelles technologies font même reculer de manière inattendue la mondialisation du divertissement.

Spotify, qui a fêté ses 20 ans cette année, met pratiquement toute la musique à la disposition de quiconque dispose d’une connexion Internet. Comme les utilisateurs peuvent écouter tout ce qu’ils veulent sans frais supplémentaires, les plus grandes stars n’ont cessé de gagner en popularité. La distribution numérique mondiale a propulsé la renommée de chanteuses comme Taylor Swift, qui ont vu leurs revenus de droits d’auteur augmenter plus rapidement que ceux des artistes situés plus bas dans la hiérarchie du monde du spectacle.

Selon votre bon plaisir

dimanche 14 juin 2026

La Suisse s'apprête à voter sur un plafonnement de la population (m à j, rejeté à 54,8 %)

L'UDC a échoué à convaincre les Suisses dimanche. Ces derniers ont refusé son initiative «Pas de Suisse à 10 millions » à 54,8 %, selon les résultats définitifs. Le succès de 2014 avec l'initiative contre l'immigration de masse ne s'est donc pas reproduit.

Peuple et cantons ont rejeté le texte qui visait à plafonner la population en Suisse à dix millions d'ici 2050.

Le non est unanime dans les cantons romands, francophones donc. Neuchâtel refuse à 67,2 %. Viennent ensuite Genève (65,4 %) et le canton de Vaud (64,4 %). Jura dit non à 59,9 %, Fribourg à 54,8 % et le Valais à 52,7 %.

En Suisse alémanique, plusieurs cantons, surtout de Suisse centrale, ont soutenu le texte. Schwyz et Appenzell Rhodes-Intérieures donnent un grand oui à 63,1% et 65,9%. Uri, Glaris et Nidwald acceptent aussi clairement l'initiative, à 59,9% et 58,6% et 58,3%. Saint-Gall à 53,7 %.

Le oui d'Argovie, de Schaffhouse et de Soleure est plus timide. Il dépasse à peine 50%. Le Tessin, italianophone, dit également oui de justesse, à 50,6 %.

Les vieux ont massivement voté Non.

Les seniors suisses (65 ans et plus) ont voté à 60 % pour le non contre 49 % chez les 35-49 ans.

Selon certains, cette différence s'expliqueraient par la dépendance accrue des personnes âgées aux secteurs comme les soins et les services, qui reposent fortement sur la main-d'œuvre immigrée.

Clivage ville-campagne

Zurich dit en revanche non à 60 %. Berne aussi, à 55,4 %. Zoug, qui accueille des grandes fortunes internationales, a refusé à 52,4 %, tout comme les Grisons, à 51,4 %. Ils sont suivis par Lucerne qui a rejeté le texte à 50,9 %. Les deux Bâle ont aussi clairement dit non, Bâle-Ville à 73,4 %.

On observe un réel clivage entre villes et campagnes. Les villes ont majoritairement refusé l'initiative, même dans les cantons où le oui a été le plus fort. La ville de Saint-Gall par exemple a refusé le texte à 68 %.






Billet du 13 décembre


L’im­mi­gra­tion a trans­for­mé Zoug au niveau du bâti et de la culture; pour de nombreux rési­dents de longue date, cette croi­ssance a également eu des « effets négatifs » 

ZOUG, Suisse — Ce pays alpin s'est longtemps appuyé sur sa géographie pour tenir le monde à distance. Mais alors que ses vallées se remplissent, certains ici font pression pour remplacer les barrières naturelles par quelque chose d’encore plus inflexible : un plafond démographique.

Mécontents de la hausse du coût de la vie et déçus par des promesses économiques et sociales non tenues, les Suisses sont à l’avant-garde des pays industrialisés qui remettent en question les avantages de l’immigration, même celle des travailleurs hautement qualifiés que beaucoup s’efforcent d’attirer. Dimanche, ils voteront lors d’un référendum visant à fixer un plafond strict à la population du pays.

Depuis 2000, le nombre de résidents nés à l’étranger est passé d’environ un sur cinq à un sur trois — le deuxième niveau le plus élevé parmi les pays riches, juste après le petit Luxembourg, et comparé à un sur six aux États-Unis. Cela représente un énorme changement démographique pour un petit pays montagneux.

À Zoug, le ministre des Finances Heinz Tännler a passé des années à dérouler le tapis rouge pour attirer les étrangers hautement qualifiés. Ceux-ci occupent désormais des emplois, des logements et alimentent les caisses publiques. Ils ont également créé une demande pour toujours plus de main-d’œuvre afin de répondre aux besoins d’une population plus nombreuse, dans un cercle vicieux qui néglige souvent les besoins des citoyens locaux, explique M. Tännler. « Cela ne peut pas durer. »

La proposition « Non à une Suisse à 10 millions d’habitants ! » de l’Union démocratique du centre (UDC), un parti de droite, vise à limiter la population résidante permanente , qui comprend à la fois les ressortissants étrangers et les citoyens suisses, à moins de 10 millions d’ici 2050, contre 9,1 millions actuellement.

Le scrutin, ouvert aux citoyens âgés de 18 ans et plus, devrait être serré. Si elle est adoptée, l’initiative obligerait le gouvernement fédéral à restreindre le regroupement familial pour les immigrés résidents et les nouvelles demandes d’asile dès que la population atteindra 9,5 millions d’habitants. Si ce seuil de 10 millions est atteint, Berne serait constitutionnellement tenue de dénoncer son accord sur la libre circulation avec l’Union européenne, mettant ainsi en péril l’accès à un marché qui absorbe plus de la moitié des exportations suisses.

Même s’il échoue, ce référendum reflète un changement d’opinion plus large parmi les pays riches, qui bouleverse le consensus de longue date selon lequel l’ouverture des frontières est la clé de la croissance économique.

Laissés pour compte


Pendant des années, les politiciens occidentaux ont présenté l’immigration comme une panacée – ou du moins un mal nécessaire – pour remédier aux maux des sociétés vieillissantes. Elle permettrait de pallier les pénuries de main-d’œuvre, le sous-financement des systèmes de retraite et la faible croissance de la productivité, affirmaient-ils.

Mais l’afflux historique d’étrangers dans l’Occident, en particulier depuis la pandémie de Covid-19, ne semble pas avoir résolu ces problèmes économiques. Dans certains cas, il les a peut-être même aggravés.

Le sentiment anti-immigration qui couvait depuis des années à travers l’Europe est en train de déborder, aggravé par la flambée des coûts du logement et de la vie, des systèmes de protection sociale surchargés et des perspectives économiques moroses. Des émeutes et des manifestations ont récemment éclaté au Royaume-Uni à la suite d’agressions à l’arme blanche attribuées à des immigrés. Cette colère profite aux politiciens populistes de droite et bouleverse les partis traditionnels.

Des gouvernements comme celui du Canada « ont mis en avant l’idée que l’immigration permettrait de résoudre les problèmes, mais cela n’a tout simplement rien donné », a déclaré Mikal Skuterud, professeur d’économie à l’Université de Waterloo au Canada.

L’immigration peut donner un coup de pouce à l’économie si les migrants sont plus qualifiés que la population générale, a déclaré M. Skuterud. Mais si leurs compétences correspondent globalement à celles de la population, cela n’aura probablement que peu d’impact sur la productivité ou les pénuries de main-d’œuvre.

La production économique par heure travaillée, qui sert à mesurer la productivité, stagne globalement depuis 2017 dans les pays ayant accueilli les flux d’immigration les plus importants, notamment l’Australie, le Canada, l'Allemagne et le Royaume-Uni, selon les données de l'Organisation de coopération et de développement économiques. Les systèmes de protection sociale restent sous pression et les pénuries de main-d'œuvre persistent largement.

Même les endroits qui semblent tirer profit de ces flux migratoires, comme Zoug — près de 60 % des im­mi­grants en Suisse sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, et la grande major­ité vient de l’UE — ont des doutes.

« La plupart des gens sont laissés pour compte », a déclaré Dolfi Müller, 71 ans, natif de Zoug et ancien maire.

M. Müller prévoit de voter contre un plafonnement de la population. Mais il estime que les décideurs politiques devraient viser une croissance démographique et économique plus modérée, car les inconvénients d’une forte immigration l’emportent désormais sur les avantages.

« Beaucoup de gens ne parlent pas anglais et se sentent exclus » a-t-il déclaré à propos des habitants. « La génération plus âgée dit : “Avant, nous étions entre nous, une petite ville au bord du lac.” »

Sous la pression des électeurs, les gouvernements qui avaient autrefois ouvert leurs portes les claquent désormais. Les préoccupations budgétaires, les chocs culturels et une certaine forme de racisme jouent un rôle. Mais la principale inquiétude des électeurs réside dans le manque de contrôle sur l’identité des personnes qui arrivent et sur le rythme de leur arrivée, quelle que soit leur origine.

Le Canada a réduit de manière drastique ses quotas d’étudiants étrangers et ses permis de travail temporaires après qu’une grave crise du logement a fait basculer l’opinion publique, qui comptait depuis longtemps parmi les plus favorables à l’immigration au monde. Le Royaume-Uni a augmenté les frais de visa et les seuils de salaire pour les travailleurs qualifiés, réduisant l’immigration légale nette d’environ 80 % en moins de trois ans. En Allemagne, le gouvernement fédéral a réintroduit les contrôles aux frontières et accéléré les expulsions. Les États-Unis ont renforcé leurs procédures de vérification et intensifié les mesures de contrôle et les expulsions. Les taux de refus des visas pour travailleurs hautement qualifiés ont presque doublé ces derniers mois.

Si l’im­mi­gra­tion peut faire gagner [un peu] du temps aux poli­tici­ens pour s’attaquer aux dé­fis du vieillissement de la popu­la­tion, elle ne résout pas le problème de manière définitive, car les nouveaux arrivants vieillissent eux aussi, a déclaré Alan Man­ning, pro­fes­seur d’éco­nomie à la London School of Eco­nomics. Pour éviter totalement les effets économiques du vieillissement, il faudrait un nombre invraisemblable et croissant d’immigrants, a déclaré M. Manning.

« L’immigration, c’est exactement comme la croissance démographique. C’est la façon la plus simple de voir les choses », a-t-il déclaré. « Beaucoup de gens pensent que l’immigration est bonne pour l’économie. Mais si vous disiez : “Une croissance démographique plus forte est bonne pour l’économie”, vous ne répondriez peut-être pas : “Oh, oui, évidemment.” »

Un Brexit à la suisse ?

Le référendum en Suisse polarise les opinions, tout comme l’avait fait le vote britannique en faveur de la sortie de l’UE en 2016.

Les opposants, dont le principal lobby des entreprises, affirment qu’un plafonnement de la population ferait peser d’énormes risques sur une économie qui dépend du commerce international, attiserait l’incertitude et aggraverait la pénurie de main-d’œuvre. Un arrêt soudain de l’im­mi­gra­tion pourrait également rompre les rela­tions avec l’UE.

« Pourquoi devrais-je construire une nouvelle usine si je risque de ne pas trouver de personnel dans 10 à 15 ans en raison de la pénurie de main-d’œuvre ? », a déclaré Simon Michel, directeur général d’Ypsomed, une entreprise suisse de technologie médicale basée près de Berne. Près d’un tiers de ses employés en Suisse n’ont pas de passeport suisse.

Les partisans du plafonnement démographique affirment que l’immigration crée plus de problèmes qu’elle n’en résout. Ils affirment qu’elle permet aux entreprises d’importer de la main-d’œuvre moins chère au lieu d’investir dans la main-d’œuvre locale ou dans de nouvelles technologies pour rendre les travailleurs existants plus productifs. Elle exerce également une pression supplémentaire sur les infrastructures.

« Les entreprises disent qu’elles préfèrent recruter sur un marché plus vaste, mais nous devons former les personnes qui sont déjà ici », a déclaré Heidi Z’graggen, une politicienne centriste qui prévoit de voter oui.

Des chefs d’entreprise et des responsables politiques se sont réunis à Zoug un soir de mai pour débattre du référendum dans un espace événementiel raffiné surplombant la ville. Suzanne Thoma, une femme d’affaires qui a grandi dans la région, a déclaré qu’un plafonnement de la population reviendrait à pratiquer une opération à cœur ouvert sur l'économie suisse, orientée vers l'exportation.

« C’est absurde », a rétorqué Thomas Matter, un riche banquier et député de l’UDC qui a contribué à lancer le référendum. L’im­mi­gra­tion de masse est un système [pyramidal] de Ponzi, a-t-il déclaré, car les nouveaux arrivants ont eux aussi besoin de biens et de ser­vices, y compris, à terme, de soignants [et dans l'immédiat d'infrastructures et d'écoles pour leurs enfants].

Il a fait valoir que l’immigration était comme un pic de sucre pour une économie : elle stimule la croissance globale, mais peine à faire progresser le PIB par habitant, l’indicateur le plus important.

Malgré un débat animé, l’ambiance dans la salle était conciliante, certains opposants de premier plan reconnaissant même qu’il fallait faire quelque chose face à l’ampleur des flux récents, qui ont approché les 100 000 par an depuis la pandémie. Cela équivaut à environ 3,5 millions par an pour les États-Unis.

« L’im­mi­gra­tion est la solu­tion de facilité », a déclaré Peter Let­ter, un homme d’affaires de Zoug qui dirige la campagne du « Non » du lobby des entreprises locales contre le plafonnement de la pop­u­la­tion. L’accès au vaste marché du travail européen signifie que les entreprises peuvent ne pas chercher de main-d’œuvre plus près de chez elles, a-t-il ajouté.

Une immigration bien gérée peut être bénéfique, surtout si elle rehausse le niveau de qualification de la population, affirment les économistes. Un certain niveau d’immigration est également souhaitable pour éviter le déclin démographique, qui pourrait déclencher un cercle vicieux de pénurie croissante de main-d’œuvre et de baisse de la demande des consommateurs.

Mais le débat économique sur l’immigration n’est pas « tout à fait honnête », a déclaré Sebastian Dullien, un éminent économiste allemand. Si l’impact économique global pour un pays peut être positif, certaines catégories de la population sont perdantes, en particulier les travailleurs peu qualifiés, a-t-il expliqué. Ces groupes devraient être indemnisés par le biais du système fiscal, mais « cela n’a pas été fait ».

Zugzwang [coup forcé aux échecs]

L'immigration a transformé Zoug, autrefois une région agricole tranquille, en une plaque tournante mondiale du commerce des matières premières et en un pôle d'implantation de sièges sociaux multinationaux. Plus ré­cemment, elle est devenue l’épicentre de l’industrie mondiale de la blockchain, ce qui lui a valu le sur­nom de « Crypto Valley ».

La popu­la­tion du can­ton a au­gmenté d’environ trois quarts depuis 1981, passant de 76 000 à environ 134 000 habitants. Son PIB par habitant s’élève à environ 193 000 francs, le deuxième plus élevé de Suisse après celui de Bâle-Ville, qui abrite les sièges sociaux de grandes entreprises pharmaceutiques.

Au ministère des Finances, M. Tännler a enregistré des excédents budgétaires s’élevant en moyenne à plus de 300 millions de francs par an au cours des cinq dernières années. Ces excédents ont permis de financer des investissements records, notamment une nouvelle rocade de grande envergure destinée à réduire les embouteillages dans la région, ainsi que des investissements dans les écoles et de nouvelles installations sportives.

Le paysage urbain de Zoug a considérablement changé depuis qu’Anja Beck, une agente immobilière d’origine allemande, s’y est installée il y a 22 ans. La ville compte désormais des supermarchés plus grands, davantage d’écoles internationales et de clubs sportifs, une multitude de restaurants chics… et plus de circulation. Les villas historiques cèdent la place à de nombreux immeubles en copropriété. « C’est triste », a déclaré Mme Beck. « Il n’y aura plus que des appartements. »

Les coûts du logement ont grimpé en flèche : la location d’une maison familiale commence à environ 8 000 à 9 200 dollars par mois, ou 3,5 millions de dollars à l’achat, a déclaré M. Beck. Le taux de vacance en 2023 était de 0,42 %, l’un des plus bas de Suisse.

Environ 4 000 habitants de Zoug quittent la ville chaque année, ce qui signifie qu’un quart de la pop­u­la­tion du canton est partie au cours de la dernière déc­en­nie. L’un d’entre eux est Ivo Zimmermann, un expert en communication né à Zoug et qui y a vécu pendant environ 50 ans. Incapable de trouver une maison à un prix raisonnable après deux ans de recherches, cet homme de 62 ans a déménagé avec sa femme dans le canton voisin d’Argovie il y a environ neuf ans.

M. Zimmermann, qui travaille à Zurich, aimerait beaucoup retourner dans la ville où sa famille a vécu pendant trois générations. Zoug est aujourd’hui encore plus belle, avec un niveau de vie élevé et de nombreuses possibilités culturelles. Mais quelque chose s’est perdu à mesure que sa ville natale s’enrichissait et que l’anglais supplantait l’allemand dans de nombreux endroits. « Nous voyons aujourd’hui que ce développement a des côtés négatifs. »
 
Source : Wall Street Journal 

Rappel
 
Le prix de la Carpette anglaise 2025 (section internationale) a été décerné au Conseil cantonal de Zurich (Parlement du canton), qui a choisi, en septembre dernier, d’abolir le Frühfranzösisch (français précoce) et de reporter l’enseignement du français (langue officielle de la Suisse) à la première année du secondaire, c’est-à-dire 6 ans plus tard que l’anglais (langue non officielle).