vendredi 22 mai 2026

Obésité : les trajectoires divergent entre pays à faibles revenus et pays riches… et la France tire son épingle du jeu

Une vaste étude, publiée le 13 mai 2026 dans la revue « Nature », bouscule l’idée d’une épidémie mondiale uniforme d’obésité.

Depuis plus de trente ans, scientifiques et médias s’accordent à parler d’une « épidémie mondiale d’obésité » et ce, à juste titre : plus de 1 milliard d’individus sont aujourd’hui concernés par ce problème de santé majeur. Une étude publiée le 13 mai 2026 dans la revue Nature nous rappelle néanmoins qu’il existe des disparités très fortes entre les pays, notamment selon les niveaux de richesse. Si l’obésité est en pleine augmentation dans les pays en voie de développement, elle s’est en revanche stabilisée, après une forte hausse, dans la plupart des pays riches. La France fait, elle, partie des rares pays où la vitesse de progression de l’obésité est restée faible sur les dernières décennies.


Il s’agit de la plus grande étude épidémiologique jamais réalisée sur l’obésité. «Environ 2000 chercheurs dans presque tous les pays du monde ont fourni des données pendant des décennies, concernant plus de 200 millions de personnes », souligne le Pr Majid Ezzati, professeur de santé environnementale à l’imperial College de Londres et auteur principal de l’étude. Pilotée par le réseau international NCD Risk Factor Collaboration (NCD-RISC), l’étude a analysé près de 4000 études, auxquelles s’ajoutent des mesures de taille et de poids sur la période 1980 à 2024. L’indicateur clé retenu par les chercheurs est la vitesse d’évolution de l’obésité, c’està-dire la variation annuelle de la prévalence. Cet indicateur permet de distinguer les pays où l’obésité progresse encore de ceux où elle se stabilise ou recule. Le premier constat est que les trajectoires sont très hétérogènes en fonction des pays. «Les affirmations précédentes évoquant une “épidémie mondiale” d’obésité sont probablement une simplification excessive et masquent l’immense diversité observée entre les pays », indiquent les auteurs.

À l’échelle mondiale, les chiffres sont alarmants. Une personne sur huit était obèse en 2022 et la prévalence a plus que doublé chez les adultes depuis 1990, passant de 6,6 % à 15,8 %, selon l’OMS. Chez les 5-19 ans, elle a même quadruplé. Dans les pays d’Europe occidentale, d’Amérique du Nord et au Japon, la hausse de l’obésité a ralenti puis s’est stabilisée à partir des années 2000. En France, le bilan est même plutôt positif sur les 45 années analysées. La prévalence de l’obésité est restée globalement stable, autour de 4 % chez les filles et les garçons, et de 11 à 12 % chez les femmes et les hommes. L’étude suggère même un léger recul, notamment chez les adultes.

À l’inverse, dans une grande partie de l’Asie, de l’Afrique, de l’Amérique latine et du Pacifique, la prévalence de l’obésité continue d’augmenter. « Non seulement l’obésité ne s’arrête pas dans ces pays, mais elle a déjà dépassé les niveaux atteints dans les pays riches et continue de s’accélérer», observe le Pr Majid Ezzati. Selon les données de L’OMS de 2022, les plus hauts taux d’obésité se retrouvent dans certains États insulaires du Pacifique avec des niveaux vertigineux. Le taux d’obésité adulte dépasse 75 % aux Samoa américaines et atteint plus de 50 % dans des pays comme les Tonga ou les Samoa, suivis par certains pays du Moyen-orient, comme le Koweït autour de 41 % et la Jordanie autour de 39 % chez les adultes. Les États-unis sont, de leur côté, le pays occidental le plus touché, avec 42 % d’adultes obèses.

Les causes sont multiples : urbanisation rapide, recul de l’activité physique, essor des aliments ultratransformés, abandon progressif des régimes traditionnels (plus riches en céréales complètes, légumes et légumineuses). Et faute de politiques de prévention assez fortes, la dynamique devrait se poursuivre. « Il faut tirer les leçons des pays qui ont réussi à freiner la hausse, en déployant des outils comme les taxes sur les produits sucrés ou l’étiquetage nutritionnel », déclare Guha Pradeepa, une coauteur de l’étude et responsable scientifique à la Madras Diabetes Research Foundation, en Inde.

L’étude montre également que des pays comparables en termes de niveau de développement économique peuvent afficher des taux d’obésité très différents. Alors que l’obésité adulte dépasse 25% au Royaume-uni, au Canada et aux États-Unis, elle reste nettement plus basse en Europe de l’ouest. 

Le Québec, bien qu’un peu moins touché que la moyenne canadienne, s’inscrit davantage dans la trajectoire nord-américaine que dans celle observée en France. Les données disponibles suggèrent qu’environ 27 à 28 % des adultes québécois sont obèses, contre près de 30 % pour l’ensemble du Canada, soit des niveaux nettement supérieurs à ceux observés en France (11 à 12 %). Historiquement, la province affiche des taux plus faibles que plusieurs autres régions canadiennes, notamment certaines provinces des Prairies ou de l’Atlantique, mais elle demeure très éloignée du profil français. Cette situation semble illustrer l’influence de facteurs plus larges que le seul niveau de richesse : environnement alimentaire, urbanisme, habitudes culturelles, modes de transport et accès aux aliments frais pourraient jouer un rôle important dans ces écarts.

Ce contraste tient essentiellement à des politiques alimentaires différentes. « Dans les pays comme les États-Unis, il est devenu plus facile de consommer des aliments ultratransformés, et il est plus difficile d’avoir accès à des aliments frais, sains et bon marché », indique le Pr Ezzati. Dans la plupart des pays européens, des produits comme la viande maigre, les légumes frais ou les produits laitiers restent plus accessibles aux classes populaires.

Mais même au sein du Vieux Continent, des écarts importants se dessinent entre les différents pays. La prévalence de l’obésité adulte varie entre 11 et 23 % en Europe de l’ouest, contre 30 à 40 % dans certains pays d’Europe centrale et orientale comme la Roumanie ou la République tchèque. « Le tableau d’ensemble qui se dessine à travers l’Europe est surprenant, tant il est hétérogène d’un pays à l’autre. Ce sont pourtant des pays aux économies relativement similaires, ce qui montre l’ampleur du travail qu’il reste à mener pour comprendre les causes profondes de ces différences », souligne Jennifer Lyn Baker, présidente de l’association européenne pour l’étude de l’obésité, et coauteur de l’étude.

Les écarts observés au sein même de l’Europe occidentale illustrent particulièrement bien la diversité des trajectoires mise en évidence par l’étude. Des pays pourtant comparables par leur niveau de richesse, comme le Royaume-Uni, la Belgique, la Suisse et la France, présentent des profils très différents. Le Royaume-Uni affiche une prévalence de l’obésité adulte dépassant 25 %, proche des niveaux observés au Canada, même si sa progression récente semble ralentir ou atteindre un plateau. La Belgique occupe une position intermédiaire, avec une hausse plus modérée. La Suisse, en revanche, apparaît parmi les pays européens les moins touchés, avec une trajectoire davantage comparable à celle de la France : des niveaux relativement faibles et une progression limitée. Ces contrastes entre pays voisins suggèrent que les différences ne tiennent pas uniquement au niveau de développement économique, mais aussi à des facteurs culturels, alimentaires et politiques plus difficiles à mesurer.

Les chercheurs appellent à ne pas relâcher les efforts. « Il est très encourageant de constater que de nombreux pays parviennent à stabiliser ou à ralentir la progression de l’obésité. Mais certains de ces taux restent encore trop élevés, et la progression chez les enfants et les adolescents dans certains pays constitue un véritable appel à l’action », avertit Jennifer Lyn Baker.

« Ce qui fait réellement la différence, ce sont les décisions politiques. Il faut rendre les bons aliments accessibles à tous, taxer les mauvais, et donner aux enfants la possibilité de bouger», insiste le Pr Ezzati.

Les médicaments de type GLP-1, comme l’Ozempic, pourraient également peser davantage dans la balance dans les années à venir. Pour l’heure, leur impact reste limité : « Les baisses que nous observons dans certains pays ne sont pas le résultat de ces médicaments jusqu’à présent », rappelle le Pr Ezzati.

« Si nous revenons dans cinq à dix ans, nous pourrions voir quelque chose de très différent, anticipe Jennifer Lyn Baker, mais nous ne devons donc pas nous reposer sur nos lauriers. Nous devons continuer à nous concentrer sur la prévention, le traitement et la prise en charge de l’obésité à tous les âges. »

« Ce qui fait réellement la différence, ce sont les décisions politiques. Il faut rendre les bons aliments accessibles à tous, taxer les mauvais, et donner aux enfants la possibilité de bouger » Majid Ezzati professeur de santé environnementale à l’imperial College de Londres.

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Dans cet entretien long format pour la chaîne Destinée, le philosophe revient sur son enfance pauvre, les violences subies en orphelinat, la découverte salvatrice des livres, et la rencontre décisive avec son maître Lucien Jerphagnon.

Il parle aussi sans détour de l'école, de l'Éducation nationale, de la foi, de l'athéisme, de l'injustice sociale, et de sa vision radicale de la transmission du savoir.


jeudi 21 mai 2026

Déclin historique des capacités cognitives : pour la première fois une génération obtient un score inférieur aux précédentes

Depuis une grande partie du XXᵉ siècle, les sociétés occidentales ont vécu avec une conviction presque évidente : chaque génération serait mieux instruite, plus cultivée et plus performante intellectuellement que la précédente. Cette progression, appelée « effet Flynn », n’avait pourtant rien d’une loi naturelle. Elle résultait d’une amélioration continue des conditions de vie : meilleure alimentation, recul des maladies infantiles, allongement de la scolarité, enrichissement culturel et accès croissant au savoir. Pendant des décennies, les enfants ont grandi dans un environnement plus favorable que celui de leurs parents, ce qui s’est traduit par une hausse progressive des performances cognitives.

Or plusieurs études menées dans les pays occidentaux indiquent aujourd’hui une rupture historique. En Norvège, au Danemark, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne ou aux États-Unis, certaines capacités cessent de progresser et commencent parfois à régresser. Il ne s’agit pas nécessairement d’une baisse uniforme de l’intelligence humaine, mais d’un recul ciblé de compétences fondamentales : compréhension écrite, richesse du vocabulaire, culture générale, raisonnement verbal et capacité d’attention.

Michel Desmurget insiste sur ce point : l’intelligence ne se réduit pas à un chiffre de quotient intellectuel ni à quelques épreuves standardisées. Les aptitudes humaines sont multiples : créativité, intelligence sociale, adaptabilité ou compétences émotionnelles. Toutefois, les capacités qui semblent aujourd’hui fragilisées sont précisément celles qui structurent la pensée approfondie. Le langage ne sert pas seulement à communiquer : il organise la réflexion. Plus une personne possède de vocabulaire, de connaissances et une bonne maîtrise de la langue, plus elle peut comprendre des idées complexes, établir des liens entre elles et exercer son esprit critique.

Plusieurs facteurs semblent converger vers ce déclin. Les pratiques de lecture longue se sont fortement réduites, les échanges verbaux familiaux diminuent, le sommeil se dégrade et les activités récréatives numériques occupent une place croissante. Les environnements numériques actuels privilégient les contenus courts, rapides et émotionnels. Notifications, vidéos brèves, défilement continu et récompenses immédiates entraînent une sollicitation permanente de l’attention.

Pour Michel Desmurget, il devient difficile de considérer les écrans comme un simple facteur secondaire. Sans être l’unique cause, leur rôle paraît de plus en plus solidement étayé. De nombreuses études convergent : une exposition importante aux écrans récréatifs est associée à une baisse de la concentration, des performances scolaires et du temps consacré à des activités intellectuellement structurantes. Des expériences montrent également que l’introduction précoce de téléphones intelligents, consoles ou tablettes peut affecter les capacités attentionnelles.

L’un des effets les plus préoccupants concerne la fragmentation de l’attention. Les outils numériques modernes habituent l’esprit à passer sans cesse d’un stimulus à un autre. Cette hyperstimulation peut améliorer certaines réactions rapides ou formes d’attention visuelle, mais elle ne développe pas l’attention soutenue nécessaire à la lecture, à l’apprentissage approfondi ou à la résolution de problèmes complexes. En d’autres termes, savoir naviguer rapidement entre des contenus ne signifie pas mieux comprendre ni mieux raisonner.

La lecture occupe une place particulière dans cette analyse. Elle constitue l’un des outils les plus puissants du développement intellectuel. Lire enrichit le vocabulaire, améliore l’expression, développe les connaissances générales et favorise la structuration de la pensée. La lecture de romans contribue même à renforcer l’empathie et la compréhension d’autrui. Son recul massif pourrait donc avoir des effets bien plus larges qu’une simple baisse des habitudes culturelles.

Les systèmes éducatifs occidentaux ont parfois renforcé cette évolution en associant modernisation et numérisation. Tablettes, plateformes numériques et enseignement fortement médiatisé ont souvent été présentés comme des solutions d’avenir. Pourtant, les évaluations internationales concluent généralement à des effets modestes ou parfois négatifs lorsque ces outils remplacent les apprentissages fondamentaux. Certains pays nordiques, pionniers dans ce domaine, commencent aujourd’hui à revoir leur stratégie après avoir observé une dégradation des performances en lecture.

À l’inverse, plusieurs pays asiatiques comme Singapour, le Japon ou la Corée du Sud semblent mieux résister à cette tendance. La différence ne tient pas à un rejet de la technologie, mais à son encadrement. Les outils numériques y restent davantage subordonnés aux fondamentaux : lecture, mémorisation, discipline de travail et maîtrise du langage. L’idée est de construire d’abord des bases solides avant d’intégrer massivement les technologies.

L’enjeu dépasse largement l’école. Les compétences intellectuelles constituent une part essentielle du capital humain d’un pays. Innovation, recherche, productivité économique ou qualité du débat public dépendent largement de la capacité des citoyens à comprendre des informations complexes, à exercer leur jugement et à produire de nouvelles connaissances. Une société qui lit moins, mémorise moins et se concentre moins risque aussi de devenir moins créative et moins innovante.

Le véritable problème ne résiderait donc pas dans la technologie elle-même. Ordinateurs, internet ou intelligence artificielle peuvent être de puissants outils lorsqu’ils servent l’apprentissage. Ce qui inquiète davantage est un modèle économique fondé sur la captation continue de l’attention. Les grandes plateformes numériques cherchent avant tout à prolonger le temps passé devant l’écran grâce à des mécanismes conçus pour créer une forme de dépendance. Le débat ne porte donc pas tant sur la technologie que sur l’acceptation d’un environnement numérique conçu pour monopoliser durablement l’attention humaine, y compris celle des enfants.

Et la démographie, l'immigration, la composition des familles ?

L'argumentation de Michel Desmurget met surtout l’accent sur les transformations de l’environnement cognitif : écrans récréatifs, recul de la lecture, sommeil, fragmentation de l’attention et pratiques éducatives. Il raisonne principalement en termes d’environnement culturel et comportemental, davantage qu’en termes de composition démographique.

Toutefois la question du changement démographique parmi les jeunes nous semble légitime, car un changement de composition de population peut influencer certaines statistiques globales. Si une société accueille davantage de familles récemment immigrées (comme l'Occident et à l'inverse de l'Extrême Orient), avec des enfants qui apprennent encore la langue du pays d’accueil, cela peut temporairement affecter des résultats scolaires ou des tests fortement dépendants du langage, du vocabulaire ou des références culturelles. Ce n’est pas une hypothèse absurde : la maîtrise linguistique influence fortement certaines mesures.

Mais plusieurs nuances importantes s’imposent : des baisses ont également été observées chez des populations où les changements migratoires seuls paraissent insuffisants pour expliquer l’ampleur du phénomène. Une étude majeure sur environ 730 000 conscrits norvégiens n’a pas seulement observé un ralentissement puis une baisse des scores ; elle a comparé des frères au sein des mêmes familles. Résultat : les frères plus jeunes obtenaient des résultats inférieurs aux aînés. Cette méthode est importante, car elle neutralise une grande partie des explications liées à la composition globale de la population (immigration, origine familiale, changements démographiques massifs). Autrement dit, si le phénomène apparaît à l’intérieur d’une même famille, il devient difficile de dire : « la moyenne baisse parce que la population a changé ». La population n’a pas changé entre deux frères nés des mêmes parents.

Si la démographie et l'immigration peuvent être des facteurs parmi d’autres, il est difficile d’en faire une explication unique ou dominante sans données précises.

D’ailleurs, plusieurs chercheurs ont discuté d’explications concurrentes ou complémentaires : évolution de la structure familiale, changements éducatifs, inégalités sociales, nutrition, santé, pollution environnementale, baisse de lecture, temps d’écran, etc. Le débat scientifique est plus ouvert que ne le laisse parfois entendre une présentation centrée sur les écrans.

Lorsqu’un phénomène touche une société entière, il faut se demander si la population observée a changé autant que son environnement. Les deux peuvent agir simultanément.

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L'anglais demeure la lingua franca de la science, mais d'autres langues s'imposent

Une étude bibliométrique de l'Université de Montréal portant sur 88 millions d'articles scientifiques retrace, à l'échelle mondiale, l'évolution des langues dans la science de 1990 à 2023. En italique nos commentaires qui font suite au communiqué de presse de l'Université de Montréal.

En 2023, 85 % des quelque cinq millions d'articles scientifiques indexés dans les grandes bases de données mondiales étaient rédigés en anglais. En 1990, cette proportion atteignait 94 %. Une baisse de neuf points en 30 ans qui, bien que modeste, traduit une transformation du paysage de la communication savante qui soulève des questions sur l'équité, la diversité et l’inclusion dans la production mondiale des connaissances. 

C'est l'une des conclusions d'une étude bibliométrique publiée en anglais [...] réalisée par Carolina Pradier et Lucía Céspedes à l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information (EBSI) de l'Université de Montréal, sous la direction du professeur Vincent Larivière, et dont les résultats sont parus dans le Journal of the Association for Information Science and Technology.

L’équipe a analysé près de 88 millions d'articles et d'actes de conférences publiés entre 1990 et 2023, ainsi que plus de 1,48 milliard de liens de citations. 


mercredi 20 mai 2026

Un étudiant poignardé à mort : l’affaire d’Henry Nowak bouleverse le Royaume-Uni

Réaction d'Elon Musk aux deux poids deux mesures des MÉDIAS face au scandale de la police confrontée à un particulier qui dit ne pas pouvoir respirer et meurt pendant l'intervention policière. 

Dans un cas, quand la victime au casier judiciaire chargée est noire, les médias de grand chemin de la planète s'emparent de l'affaire, en font leurs manchettes pendant des semaines et le policier est puni. 

Dans l'autre cas, quand la victime est blanche, n'est pas un criminel, la police ne croit d'abord pas que ce jeune étudiant a été poignardé, le menotte alors qu'il se vide de son sang parce que celui qui l'a poignardé l'accuse de racisme. Aucune sanction contre le policier qui a retardé ainsi les secours, le tout dans le silence médiatique en dehors de l'Angleterre.


Billet originel du 19 mai 2026
 
En décembre 2025, la mort tragique d’Henry Nowak (ci-contre), étudiant britannique de 18 ans d’origine polonaise, a profondément choqué le Royaume-Uni. Le procès en cours devant la Southampton Crown Court révèle une succession d’éléments troublants : une altercation qui tourne au drame, des accusations lancées presque instantanément, une intervention policière contestée et des comportements familiaux qui alimentent de nombreuses interrogations.

Étudiant en première année de comptabilité et de finance à l’University of Southampton, Henry était décrit comme un jeune homme apprécié, passionné de football et plein d’avenir. Dans la nuit du 3 décembre, après une sortie avec ses coéquipiers, il rentrait à pied à Southampton tout en échangeant des vidéos Snapchat avec ses amis.

L’une de ces vidéos est devenue une pièce centrale du dossier. On y voit Henry croiser Vickrum Digwa, 23 ans, qui porte ostensiblement un couteau cérémoniel sikh dans un fourreau visible sur ses vêtements. Il ne s’agit pas d’un simple objet symbolique de petite taille : la lame mesurait environ 21 centimètres. Une dimension qui, à elle seule, rapproche davantage l’objet d’un véritable couteau de combat que d’un accessoire anodin ou purement décoratif.

Un bref échange suit. Sur un ton apparemment provocateur ou moqueur, Henry lance : « Tu fais le dur [ou le caïd] ? Dis que tu fais le dur. » Digwa répond : « Je fais le dur. »

Quelques secondes plus tard, l’enregistrement s’interrompt.

Selon l’accusation, Henry reçoit alors quatre coups de couteau. Une blessure profonde à la poitrine lui transperce un poumon ; un coup entaille sa mâchoire et d’autres coups atteignent ses jambes. Grièvement blessé, il tente néanmoins de fuir, escalade une clôture et laisse derrière lui une traînée de sang. Les médecins ont expliqué au tribunal qu’il est mort d’une hémorragie interne massive — une formule particulièrement brutale a été employée : le jeune homme se serait littéralement « noyé dans son propre sang ».

Une intervention policière devenue le point le plus explosif du dossier

Le meurtre lui-même a bouleversé l’opinion ; mais la réaction des premiers policiers arrivés sur place a suscité une indignation peut-être encore plus forte.

D’après les éléments présentés au procès, des proches de Digwa seraient arrivés très rapidement. Immédiatement, un récit alternatif semble prendre forme : Henry est décrit comme ivre, agressif et animé d’intentions racistes. Ces accusations sont formulées avec une rapidité frappante, avant toute reconstitution sérieuse des faits, alors même que Digwa nie encore avoir utilisé un couteau.

Le problème est qu’au même moment, Henry affirme à plusieurs reprises avoir été poignardé.

« J’ai été poignardé. »

« Je n’arrive plus à respirer. »

Selon les témoignages évoqués au procès, un policier lui aurait répondu : « Je ne te crois pas quand tu dis avoir été poignardé. »

Cette phrase est devenue centrale dans les critiques visant l’intervention policière. Elle ne traduit pas seulement une erreur d’appréciation potentielle ; elle donne l’impression, pour de nombreux observateurs, qu’une conviction s’est installée très tôt dans l’esprit des agents : Henry n’était pas spontanément considéré comme une victime crédible.

Le détail est d’autant plus troublant qu’il existait déjà des indices matériels difficiles à ignorer. Henry saignait abondamment. Il peinait à respirer. Et surtout, selon les éléments présentés au procès, il avait laissé derrière lui une véritable traînée de sang après sa tentative de fuite.

Beaucoup se sont demandé comment un homme répétant qu’il a été poignardé, présentant des signes visibles de détresse extrême et entouré d’indices physiques aussi évidents a pu être perçu avant tout comme un suspect potentiel.

Malgré cela, les policiers l’ont menotté pour suspicion d’agression.

L’image est restée gravée dans les esprits : un garçon de 18 ans gravement blessé, affirmant qu’il vient d’être poignardé, menotté alors que son état se détériore rapidement.

Quelques instants plus tard, Henry s’effondre.

Malgré l’intervention des secours et d’un médecin héliporté, il décède à 0 h 37.

Par la suite, plusieurs éléments sont venus fragiliser les accusations initiales. La vidéo retrouvée sur le téléphone d'Henry Nowak retrouvé dans la poche de Vickrum Digwa ne contiendrait aucune insulte raciale explicite.
(Aucune explication n'a été fournie à notre connaissance expliquant pourquoi le téléphone de Nowak se trouvait dans la poche de Digwa.) Les analyses toxicologiques ont également montré qu’il avait consommé de l’alcool, mais à un niveau inférieur à la limite légale de conduite : une situation bien éloignée du portrait d’un homme fortement ivre avancé dans les premières minutes.

Le comportement particulièrement troublant de la mère

Un autre aspect du dossier a retenu l’attention : l’attitude de Kiran Kaur, la mère de l’accusé.

Des images présentées au tribunal montreraient la femme revenant sur les lieux après les faits pour récupérer l’arme avant de la rapporter au domicile familial voisin.

Ce geste soulève des questions évidentes. Revenir chercher précisément l’objet central d’une affaire de meurtre, puis le déplacer hors de la scène des faits, paraît difficilement conciliable avec une simple réaction de panique.

Les analyses ont retrouvé du sang et des tissus d’Henry sur la lame, tandis que des cheveux de Digwa ainsi que l’ADN de sa mère ont été retrouvés sur le fourreau.

Elle est poursuivie pour avoir aidé un auteur présumé d’infraction après les faits. La mère conteste les accusations.

L’affaire est désormais devenue bien plus qu’un dossier criminel : elle nourrit un débat national sur les réflexes institutionnels, les accusations de racisme, la manière dont se construisent les premiers récits policiers et les conséquences parfois irréversibles d’erreurs commises dans les toutes premières minutes d’une intervention.

Une scolarité sans écrans : Les élèves scandinaves reviennent aux livres et aux stylos

Lorsque Cecilia Rosenbaum a découvert un escalier dont les montants verticaux de chaque marche étaient ornés d’autocollants colorés représentant « Peter Pan », « Charlie et la chocolaterie » et d’autres titres de livres pour enfants très appréciés, elle a décidé de reproduire cette idée dans son école. La directrice de Montessori Mondial Kungsholmen, une grundskola (école obligatoire de neuf ans), s’est donné pour mission d’inciter ses élèves à lire davantage. Pendant la récréation, les livres sont apportés dans le parc situé devant l’école. Chaque journée commence par 15 minutes de lecture en classe. Un jour par semaine, l’enseignant fait la lecture à voix haute à toute la classe.



Autrefois pays affichant le taux d’alphabétisation le plus élevé au monde, la Suède a vu ses résultats en lecture baisser ces derniers temps. En 2022 (dernières données disponibles), le score de la Suède en lecture au PISA, une étude mondiale sur les compétences en lecture et autres aptitudes des jeunes de 15 ans, avait chuté de 19 points en quatre ans pour s’établir à 487. À titre de comparaison, l’Irlande affichait 516 et Singapour, en tête du classement, 543. « Environ 25 % des élèves suédois ont des difficultés à lire correctement », explique Lotta Edholm, ministre de l’Enseignement supérieur. Selon elle, cela est « lié à une dépendance excessive aux outils numériques sans preuve suffisante de leur efficacité ».

Mme Edholm est déterminée à réduire l’éducation numérique. « Från skärm till pärm » (de l’écran au classeur/des pixels aux pages) est le slogan de son gouvernement de centre-droit pour sa politique de « retour aux sources », visant à réduire l’utilisation des ordinateurs et des tablettes au profit de l’écriture manuscrite et des manuels scolaires traditionnels. En août de cette année, les téléphones portables seront interdits dans toutes les grundskolor. En 2023, le gouvernement a lancé un programme d’investissement ambitieux pour atteindre son objectif de fournir un manuel par élève et par matière. À ce jour, il a dépensé plus de 2 milliards de couronnes suédoises (182 millions d'euros, 291 millions de dollars canadiens) pour ramener les livres et continuera d’investir dans la lecture hors ligne, l’écriture manuscrite et le calcul.

D’autres pays en Europe et en Amérique s’engagent dans un retour aux livres et aux stylos à l’école, mais aucun aussi rapidement que le Danemark, la Suède et la Finlande, pays qui sont par ailleurs des adeptes enthousiastes des technologies numériques. L'année dernière, la Finlande, berceau de Nokia, l'un des pionniers mondiaux de la téléphonie mobile, a introduit des restrictions sévères quant à l'utilisation des téléphones portables pendant les cours pour les enfants âgés de 7 à 16 ans. Le Danemark emboîtera le pas cette année avec une loi imposant l'interdiction des téléphones et des tablettes personnelles dans les folkeskole, les écoles jusqu'à l'âge de 16 ans.

« Revenir aux livres coûte cher », explique Merete Riisager, ancienne ministre danoise de l’Éducation. Le Danemark a été pionnier dans l’utilisation des tablettes à l’école dès 2011, mais n’a dispensé que peu de formation aux enseignants. « Nos enseignants étaient perdus », raconte Kara Barker-Astrom, directrice du VRG Campus Viktor Rydberg, un lycée de Stockholm. Le pays en est depuis venu à regretter sa campagne en faveur du numérique. Mme Riisager estime que les tablettes ont joué un rôle dans la détérioration des compétences en lecture et en mathématiques des élèves danois. Les preuves scientifiques des avantages de l’interdiction des téléphones sont encore maigres, mais elles se multiplient. « Dans l’ensemble, tout le monde s’accorde à dire que restreindre l’utilisation des téléphones est bon pour l’attention des enfants », explique Lucia Magis-Weinberg, de l’université de Washington.

Une étude publiée en octobre a montré qu’une interdiction des téléphones « de la première à la dernière sonnerie » dans un grand district scolaire de Floride avait initialement entraîné une augmentation des exclusions temporaires d’élèves. Elle a toutefois constaté de nettes améliorations des résultats aux examens dès la deuxième année de l’interdiction. Elle a également révélé que l’interdiction des téléphones avait considérablement réduit l’absentéisme, les élèves s’étant adaptés et ayant commencé à apprécier le fait de ne pas être constamment rivés à leurs écrans. Une meilleure assiduité pourrait expliquer en partie l’amélioration des résultats aux examens. Malgré tout, Mme Magis-Weinberg met en garde contre l’idée qu’il existerait une politique universelle.

Mme Barker-Astrom salue bon nombre des mesures de Mme Edholm, mais met en garde contre un revirement excessif. Les élèves de plus de 16 ans doivent pouvoir utiliser des téléphones et des ordinateurs portables, car les matières qu’ils étudient deviennent plus complexes et il faut les préparer aux compétences numériques requises à l’université et sur le marché du travail. Malgré tout, son école continue de couper l’accès à Internet pendant les examens, car la tentation de tricher ou de consulter les réseaux sociaux est tout simplement trop forte. 


Source : The Economist

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Réédition augmentée du Suicide Français d'Éric Zemmour


Eric Zemmour est revenu sur la réédition augmentée du Suicide Français. Il explique qu’il sort à nouveau son succès de librairie (plus de 500.000 lecteurs), car les Français se demandent toujours comment la France en est arrivé là et il souhaite leur répondre et leur dire comment s’en sortir.

Eric Zemmour a aussi dénoncé la politique d’immigration du gouvernement et de l’État depuis 30 ans.

Il est aussi revenu sur ses mesures économiques pour aider les Français et redresser économiquement le pays.

Pour finir, Eric Zemmour a annoncé la sortie du Suicide Français version augmentée et actualisée le 20 mai 2026.


Le livre paraît aussi en anglais, ce qui devrait réjouir la « droite » libertarienne du Québec qui le lira alors peut-être.

mardi 19 mai 2026

Canada — Les enseignants sont-ils être obligés d'arborer le drapeau LGBTQ2SAI+ ?

Matt et Nicole Alexander, deux enseignants de Cobden, en Ontario, ont tous deux été licenciés par leur conseil scolaire public pour avoir discrètement refusé de soutenir le drapeau LGBTQ et l’idéologie qu’il représente.

Pire encore, leur syndicat n’a pas défendu leurs libertés de conscience, de religion et d’expression, pourtant protégées par la Charte canadienne des droits et libertés.

D’un seul coup, la vie des Alexander a basculé. Non seulement ils ont perdu leur emploi, mais ils ont été de fait mis sur liste noire, ce qui les empêche d’obtenir des postes d’enseignants dans d’autres écoles. « Nous avons été ruinés financièrement », a déclaré Matt. « Nous avons vendu notre maison familiale plutôt que de la perdre, et la pension pour laquelle nous avons cotisé pendant plus de 20 ans a été laminée. » Aujourd’hui, tel est le prix à payer pour faire valoir la liberté de conscience et de religion au Canada.

C’est pourquoi les avocats de l'association Justice Centre for Constitutional Freedoms sont intervenus. Ce jeudi 21 mai, ces avocats plaideront devant la Commission des relations de travail de l’Ontario pour que le syndicat de Matt et Nicole défende leur liberté de conscience et de religion garantie par la Charte.

Deux enseignants qui font la différence au sein de leur communauté


Matt et Nicole Alexander étaient des enseignants dévoués originaires de Cobden, en Ontario. Matt enseignait depuis plus de 20 ans ; ces dernières années, il enseignait aux élèves de 7e et 8e années (13-15 ans), avec un parcours irréprochable.

Nicole, enseignante en maternelle depuis trois ans, recevait régulièrement d'excellentes évaluations de performance soulignant son engagement en faveur de l'équité, de l'inclusion et de la lutte contre la discrimination en classe. Ni Matt ni Nicole n'avaient jamais été accusés de maltraitance envers des élèves ou de comportement discriminatoire.

Le 17 avril 2023, le directeur de l’école de Matt lui a annoncé qu’il était suspendu et faisait l’objet d’une enquête à la suite d’une plainte vague liée à son activité sur les réseaux sociaux. Mais Matt n’avait aucun compte sur les réseaux sociaux à l’époque ! Aucun autre détail ne lui a été fourni.

Deux semaines plus tard, Nicole a découvert qu’une affiche de la fierté LGBTQ2SAI+ avait été collée sur la porte de sa classe de maternelle, à son insu et sans son consentement. Constatant qu’aucune autre porte de classe n’affichait une telle affiche et qu’aucune consigne n’avait été donnée en ce sens, elle l’a discrètement retirée et rangée dans un placard avant de commencer sa journée d’enseignement.

Plus tard dans la matinée, elle a été convoquée à une réunion avec son directeur et le directeur des études, qui l’ont interrogée sur le retrait de l’affiche. Ils l’ont immédiatement suspendue dans l’attente d’une enquête.

Matt et Nicole Alexander

Curieusement, leurs suspensions ont eu lieu après que leur fils Josh a commencé à contester publiquement la politique de son école autorisant les hommes biologiques s’identifiant comme des femmes à utiliser les toilettes des filles. Josh, élève d’un conseil scolaire totalement différent, a commencé à participer et à organiser des manifestations pacifiques au sein de la communauté au sens large. La Fédération des enseignants du primaire de l’Ontario (ETFO) a publiquement dénoncé les opinions de Josh comme étant nuisibles et haineuses et a encouragé des contre-manifestations, auxquelles ont participé des délégués syndicaux locaux.

Le 26 octobre 2023, Matt et Nicole ont tous deux été licenciés par le conseil scolaire du comté de Renfrew pour avoir prétendument manqué de « célébrer et d’affirmer les questions LGBTQ ».

« Cela a jeté le discrédit sur nous », a déclaré Matt, « mettant ainsi fin à nos carrières dans l’enseignement public. Il est devenu nécessaire de se reconvertir professionnellement. »
 
Le syndicat des Alexander a refusé de les représenter

Après leur licenciement, le syndicat des Alexander, la Fédération des enseignants du primaire de l’Ontario, a d’abord déposé des griefs en leur nom, mais a ensuite refusé de porter l’affaire devant un arbitre. Le syndicat a également refusé de faire valoir que la liberté de conscience et de religion des Alexander avait été violée. De plus, le syndicat n’a pas cherché à obtenir des mesures d’adaptation en vertu de la législation sur les droits de la personne.

En réponse, les Alexander ont déposé des plaintes auprès de la Commission des relations de travail de l’Ontario, arguant que le syndicat n’avait pas assuré une représentation équitable. Ils ont également déposé une plainte pour violation des droits de la personne contre leur conseil scolaire, alléguant une discrimination fondée sur leurs croyances religieuses – un motif protégé par l’article 15 de la Charte.

À l’issue de l’audience du jeudi 21 mai, la Commission des relations de travail de l’Ontario déterminera si le syndicat des Alexander a manqué à son devoir en refusant de défendre leurs droits garantis par la Charte.
 
La liberté d’expression comprend à la fois le droit de s’exprimer et le droit de garder le silence. Elle inclut le droit de soutenir des idées, ainsi que le droit de refuser de les soutenir. De même, la liberté de religion protège non seulement le droit de pratiquer sa foi, mais aussi le droit de s’abstenir d’affirmer des croyances qui la contredisent.

« Il est difficile de décrire l’ampleur de ce qui est arrivé à notre famille », a déclaré Matt Alexander. « Après avoir consacré plus de deux décennies à mes élèves et à mon école, il semble qu’il n’y ait plus de place pour que les chrétiens puissent vivre leur foi au sein du système éducatif. »

Les districts scolaires publics sont des entités gouvernementales et sont tenus de respecter la Charte. Si le Canada veut être véritablement un pays libre, aucun citoyen ne devrait être contraint de soutenir, d’arborer ou de célébrer un drapeau ou une idéologie quelconque.

L’issue de cette affaire aura des répercussions au-delà de cette famille. Elle soulève la question plus large de la manière dont les institutions canadiennes traitent les personnes dont les convictions ne correspondent pas aux opinions dominantes. Une société libre soutient et protège la liberté des citoyens d’exprimer leur désaccord.

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lundi 18 mai 2026

Comment le progressisme a condamné le Canada (vidéo)

Comment le Canada est-il passé de modèle de réussite à un avertissement pour l'Occident ? Décrytage qui analyse l'échec du progressisme au Canada et l'impact des politiques de Justin Trudeau sur la cohésion nationale. Alors que le pays était une terre de libertés, il semble aujourd'hui prisonnier d'une idéologie radicale. On y décortique les mécanismes de cette transformation, du multiculturalisme d'État à l'influence de Mark Carney et du Great Reset.



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Sondage (n=1500) — Près des 2/3 des Canadiens contre le triplement de la population du Canada d'ici 2100 (le plan de l'Initiative du Siècle)

Le chef libéral Mark Carney a été accusé de s'approprier les idées des autres au cours de la campagne électorale fédérale (en anglais, Globe and Mail)

Les Britanniques avertissent que le nouveau premier ministre canadien a une « touche Midas inversée ». La réputation de Mark Carney en tant que gouverneur de la Banque d'Angleterre est plus entachée qu'il ne le laisse entendre (en anglais, National Post)

Tenir compte des avertissements sévères de la Grande-Bretagne à l'égard de Mark Carney. La presse britannique tant de gauche que de droit s'est montrée beaucoup plus critique à l'égard de notre nouveau premier ministre que la nôtre.  (en anglais, National Post) 

 
 

Selon que vous serez blanc ou noir, les jugements de cour accueilleront ou rejetteront vos demandes

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France — Quand les cours d’éducation sexuelle poussent des familles vers le privé hors contrat


L’école hors contrat Saint-joseph-des-lys, au coeur de Versailles, accueille des classes de primaire ainsi qu’un collège (secondaire inférieur).

Le directeur du groupe scolaire catholique hors contrat [non subventionné donc] Saint-Dominique du Pecq (Yvelines) se souvient bien de ce jour, il y a quelques mois, où les parents de Léonie* ont toqué à sa porte. « En rentrant de l’école, notre fille de 7 ans nous a parlé de vulve et de pénis. Il est hors de question qu’elle retourne dans cet établissement. » Voilà, en substance, quelle fut la déposition de ces parents en colère. En cause : le programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle. Depuis le 6 février 2025, ce dernier est obligatoire de la maternelle au lycée, aussi bien dans l’enseignement public que dans les établissements privés sous contrat. Dans le hors-contrat, l’obligation commence pour le collège.

Les parents qui se tournent vers le hors-contrat cherchent un projet éducatif différent. Écoles confessionnelles, Freinet, Montessori, Écoles de la forêt… l’éventail du choix est large. Et la demande importante : selon le sondage Ifop publié le 5 mai, 64 % des Français estiment que cette diversification contribuerait à faire reculer l’échec scolaire. L’année dernière, quand 5 000 classes du public fermaient, 400 ont ouvert leurs portes dans le hors-contrat.

Au-delà du projet éducatif, les parents qui choisissent ces établissements mentionnent aussi le rejet de la méthode globale pour l’apprentissage de la lecture, le besoin d’une «alliance» renforcée avec les professeurs, l’intérêt pour les programmes bilingues ou encore les petits effectifs… Mais, désormais, les contours des trois séances annuelles d’éducation affective et sexuelle du sous-contrat constitueraient aussi un argument en leur faveur.

« Les programmes EVAR [éducation à la vie affective et relationnelle, pour le premier degré] et EVARS [éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, pour le second degré] sont désormais l’un des premiers facteurs qui poussent les parents à inscrire leurs enfants dans nos structures, au même titre que l’effondrement du niveau », soutient le responsable du développement de la Fondation pour l’école Augustin Yvan, qui promeut et soutient les écoles indépendantes.

Au sein de l’académie de Versailles (Yvelines, Hauts-de-seine, Essonne, Val-d’Oise), c’est en tout cas l’un des facteurs avancés par de nombreux parents qui choisissent cette trajectoire. Selon Augustin Yvan, cette académie concentre la part la plus importante d’écoles indépendantes catholiques : sur environ 200 écoles hors contrat recensées par le rectorat de Versailles, près de 80 seraient de sensibilité catholique. À l’en croire ainsi que d’autres interlocuteurs, l’application du programme EVARS se heurte ici à « une vision chrétienne de la personne humaine» ainsi qu’à des débats autour des missions incombant à l’école.

«Tous les directeurs d’établissement hors contrat constatent une forte pression sur les dossiers, confirme François-Xavier Clément, ancien directeur du lycée Saint-Jean-de-Passy (sous contrat), désormais à la tête de Saint-Dominique du Pecq. Les effectifs de l’année prochaine sont déjà remplis.» «L’appétit pour le hors-contrat s’amplifie, acquiesce la directrice de l’école primaire de Saint-Charles-de-Foucauld, Cécile Hénin, et nous n’avons pas encore touché le sommet de la courbe », croit-elle savoir. Selon François-Xavier Clément, plusieurs parents ont demandé à être inscrits « de manière préventive »

pour la rentrée 2025 et 2026, craignant que « leurs enfants âgés de 6, 7 ou 9 ans soient pollués par des mots et des réalités qui devraient être étrangères à des enfants de cet âge ».

Élise* ne rejette pas le principe d’une éducation sexuelle. En revanche, elle s’offusque des mots employés, de la façon dont certaines thématiques sont abordées, s’interroge sur les modalités et les limites de ces cours, et considère que les sujets ne conviennent pas toujours à la maturité des enfants. « EVARS ne prend pas en compte la réalité de chaque enfant, qui peut varier d’une famille à l’autre», dit-elle. Autrement dit, le programme oublierait que certains élèves sont plus préservés que d’autres. « Pour un enfant vivant éloigné de ces réalités, en parler revient à faire effraction dans son psychisme », estime François-Xavier Clément. La présidente de l’école hors contrat Saint-joseph-des-lys, Marine de Rosnay, acquiesce : « Au-delà des cas extrêmes, on observe des enfants avisés très tôt, quand d’autres restent plus longtemps fleur bleue, et cela, alors même qu’ils sont dans la même classe. » Et Élise de poursuivre : « La vraie question est : jusqu’où va-t-on dans le message qu’on veut apporter à nos enfants ? Le programme pourrait se limiter à expliquer que la nudité des enfants ne doit pas interagir avec celle des adultes », suggère cette mère qui a préféré scolariser ses enfants âgés de 4, 6 et 7 ans dans le hors-contrat.

L’apprentissage de l’intimité fait bien partie du programme. Mais l’EVARS a également pour objectif de « promouvoir des relations respectueuses et participer au développement de compétences psychosociales ». Dans une plaquette dédiée, le programme est présenté comme reposant sur trois axes : «se connaître, vivre et grandir avec son corps ; rencontrer les autres et construire avec eux des relations, s’y épanouir ; trouver sa place dans la société, y être libre et responsable ». La Rue de Grenelle assure que «les contenus et les modalités des séances sont progressifs et adaptés à l’âge et à la maturité des élèves » .Et précise : les enfants scolarisés en maternelle et en primaire étudient le corps, les émotions, l’intimité, le consentement, mais aussi apprennent à « promouvoir des relations égalitaires», à comprendre « la fonction et le sens des liens familiaux » et à identifier « les stéréotypes pour lutter contre les discriminations ». Au collège et au lycée, sont abordés les sujets liés aux violences sexuelles, à la santé sexuelle, les relations de manière générale, la question du genre, et enfin la notion de respect et d’intimité à l’heure des réseaux sociaux.

Les parents interrogés par Le Figaro expriment aussi le sentiment d’être dépossédés de leur rôle. À la rentrée 2025, Cécile*, mère de trois enfants, a inscrit son petit dernier en cinquième dans le hors-contrat. Son choix a entre autres été motivé par sa volonté de garder la main sur l’éducation sexuelle de ses enfants : Cécile n’avait pas envie que son fils soit « au courant de tout, tout de suite » et souhaitait « le préserver encore un peu ». «Je veux pouvoir aborder ce sujet librement avec mes enfants, et je veux que le corps et les relations leur soient présentés comme quelque chose de beau. Ce n’est pas à l’école de me dicter comment je dois éduquer mes enfants en ce qui concerne la sexualité », affirme-t-elle. Lorsqu’elle avait estimé cela nécessaire, elle s’était rendue avec ses deux aînées dans une association afin de participer à des ateliers abordant le sujet. Son mari compte faire de même avec leur fils.

« Le rôle de l’école, c’est l’instruction, et non l’éducation sexuelle », approuve Alexandra, qui a (aussi) choisi le hors-contrat pour «l’accent mis sur le beau, l’étude des grands textes et de l’histoire de France ». André*, dont deux des cinq enfants sont scolarisés dans le hors-contrat, est du même avis :

« Il doit y avoir un tandem famille-école. Le problème avec EVARS, c’est que les parents ne sont pas du tout mis dans la boucle. On se sent mis de côté. On ne nous informe pas de la manière dont le cours va se dérouler », explique-t-il, insistant sur le fait qu’il « faut lutter contre les violences sexuelles », mais que l’état devrait « traiter ce sujet avec plus de délicatesse et main dans la main avec les parents ».

« Nous estimons que nous sommes responsables de l’éducation affective et sexuelle de nos enfants, confirme la présidente de la Fédération des parents d’élèves des écoles indépendantes (FPEEI), Mariedes-neiges Guillotel, les parents sont les premiers éducateurs. Nous n’envoyons pas nos enfants à l’école pour autre chose que l’instruction. » Mikaël Tane, secrétaire général de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) des Yvelines, première fédération nationale des parents de l’école publique, aussi parfois présente dans certains établissements privés sous contrat, préfère nuancer : «Si les parents sont bien les premiers éducateurs de l’enfant, le rôle de l’éducation nationale va plus loin que l’instruction », rétorque-t-il.

Pour lui, il faut aborder l’EVARS en gardant en tête les différents apports de la CIIVISE : « Les travaux de la CIIVISE ont montré le besoin criant d’aider l’enfant à repérer ce qui est correct et ce qui ne l’est pas. » Dans le rapport de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, on peut lire que l’enfant victime est « habité par la peur, la honte, la culpabilité et est dans l’incompréhension de ce qu’il vit ». D’où l’importance qu’un tiers puisse aider l’enfant à mettre des mots sur ce qu’il vit. « La Ciivise le dit : dans une classe, en moyenne, trois enfants sont concernés par l’inceste. D’où l’importance de l’evars », ajoute Mikaël Tane. Sans compter que toutes les trois minutes, en France, un enfant est victime de violences sexuelles.

Les écoles catholiques hors contrat sont toutefois conscientes de la nécessité de saisir ces problématiques à bras-le-corps. À Saint-Joseph-des-Lys, cela est pris très au sérieux. «L’EVARS permet aux parents, aux chefs d’établissement et aux enfants de prendre conscience qu’il faut être attentifs », souligne Marine de Rosnay. «Les écoles hors contrat catholiques ne sont pas hors sol. Ce sont des sujets importants qu’il faut aborder avec les enfants. Mais on aimerait le faire à notre manière et en équipe avec les parents », abonde Cécile Hénin, de Saint-Charles-de-Foucauld.

Comment conjuguer éducation sexuelle et valeurs chrétiennes ? Aucun des établissements catholiques sous contrat [subventionnés] que nous avons contactés n’a donné suite à nos sollicitations. L’un d’eux a justifié son refus par un climat «anxiogène» qui régnerait depuis les affaires Bétharram et Saint-Stanislas à Nantes : les inspections [gouvernementales] dans les établissements catholiques seraient aujourd’hui de plus en plus fréquentes et les inspecteurs, de plus en plus pointilleux. « Les cas de Saint-Stanislas et de Bétharram ont suscité l’effroi et la sidération chez les chefs d’établissement », assure François-Xavier Clément, l’ancien directeur du lycée Saint-Jean-de-Passy. « Il y a un climat de peur : la bonne application de l’EVARS fait écho à ces scandales. C’est pourquoi les établissements catholiques privés [subventionnés] se sentent obligés de fléchir leur ligne vis-à-vis d’EVARS », nous souffle une source qui souhaite rester anonyme.

Résultat : le privé [subventionné] marche sur des œufs. Les chefs d’établissement craignent la rupture du contrat. Et les professeurs censés dispenser ces cours sont «frileux ». « Comment aborder ces sujets sans choquer les élèves, sans commettre d’impair ? Ils veulent bien faire, mais c’est très délicat », explique Xavier Le Saint, ex-directeur des études de Saint-Jean-de-Passy, qui s’occupe désormais de former les professeurs des établissements sous contrat et hors contrat à l’application du programme EVARS, au sein d’Alte Academia. L’objectif : enseigner la vie affective, relationnelle et sexuelle « avec délicatesse et pudeur ».

L’offre est à la carte : « Certains chefs d’établissement veulent appliquer la réglementation EVARS à la lettre, tandis que d’autres souhaitent donner un sens philosophique à ce cours, dans une démarche anthropologique », rapporte Xavier Le Saint. Ainsi, lorsque la notion de respect est abordée pour les établissements sous contrat, le cours évoque « la juste distance, le consentement ». Alors que, pour les écoles hors contrat, Xavier Le Saint traduit la notion de respect par « l’apprentissage de la vertu et de charité au quotidien ».

Toujours est-il que, malgré la publication en août par l’enseignement catholique d’un texte de dix pages sur l’« éducation affective, relationnelle et sexuelle » (EARS) pour proposer des « éléments de discernement », les différents acteurs gravitant autour de l’EVARS ont encore du mal à se positionner. « En ce moment, dans le milieu associatif et scolaire, il y a beaucoup de mouvements et de réadaptations autour de l’EVARS», explique la responsable de l’association Parlez-moi d’amour Delphine Chevreau. Son propre collectif, qui formait, avant l’apparition d’EVARS, des animateurs pour intervenir sur la sexualité dans les écoles privées, « cherche encore sa place ». Autant d’incertitudes face auxquelles de nombreux parents préfèrent se réfugier, surtout pour la maternelle et le primaire, dans le hors-contrat : « Le hors-contrat est le nouveau privé », croient-ils savoir. [À savoir le privé sous contrat est trop tenu par le gouvernement]

* Le prénom a été modifié.

Source : Le Figaro