lundi 20 avril 2026

Les hommes occidentaux partent à l’étranger pour trouver des épouses « traditionnelles »

Il y a quelques années, Mike s’est lassé des rencontres amoureuses aux États-Unis. « Beaucoup de femmes là-bas ont été conditionnées à penser qu’il est normal de mal traiter les hommes », affirme-t-il. Travaillant à distance, il a décidé de s’installer en Thaïlande, où son pouvoir d’achat est plus élevé, et où il a rencontré le type de partenaire qu’il recherchait. Il est aujourd’hui fiancé à une Thaïlandaise, Pafan. (Tous deux ont souhaité rester anonymes.)

Le couple publie régulièrement des vidéos pour leurs milliers d’abonnés. Dans l’une d’elles, devenue virale et intitulée « Point de vue : tu as une petite amie thaïlandaise », Pafan est agenouillée en train de couper les ongles de Mike. Celui-ci explique que la majorité de ses abonnés sont des hommes américains, souvent « impressionnés » par l’attention qu’elle lui porte.

Mike fait partie d’un nombre croissant d’hommes surnommés les « passport bros » [les potes à passeport] : de jeunes Occidentaux qui voyagent à l’étranger pour améliorer leurs perspectives amoureuses. Sur des forums, des chaînes YouTube ou TikTok, ils classent les pays selon leurs critères, en recommandant ceux où les femmes seraient les plus « féminines », « traditionnelles » et enclines à prendre soin des hommes. La Thaïlande, le Brésil, la Colombie, les Philippines et le Vietnam figurent parmi les destinations les plus prisées. « C’est le truc génial en 2026 », affirme Austin Abeyta, installé à Da Nang (Tourane, Viet-Nâm).

Si ce phénomène évoque une rencontre entre les années 1950 et la « manosphere » contemporaine — cet univers en ligne où les frustrations amoureuses masculines se transforment en critiques plus larges des femmes — ce n’est pas un hasard. Comme le rappelle l’historienne Beth Bailey, le rejet de certaines femmes américaines au profit de partenaires jugées plus « traditionnelles » n’est pas nouveau. Après la Seconde Guerre mondiale, près de 100 000 soldats américains ont épousé des femmes étrangères (surtout européennes), dans un contexte où les rôles féminins évoluaient fortement aux États-Unis.

Aujourd’hui, ce mouvement est facilité par le télétravail et les visas pour nomades numériques, permettant aux hommes de s’installer directement à l’étranger plutôt que de faire venir leur partenaire.

Pourquoi ce regain d’intérêt ? Certains hommes estiment que le marché des rencontres leur est devenu défavorable. Ils dénoncent notamment les applications comme Tinder ou Hinge, où une minorité de profils concentrerait l’attention. Des études montrent en effet une forte inégalité : selon certaines analyses, les 10 à 20 % des hommes les plus populaires reçoivent la majorité des interactions, laissant les autres en forte concurrence.

Un changement culturel plus large est également en jeu. Certains jeunes hommes adoptent des positions plus conservatrices et recherchent des partenaires perçues comme plus « dociles ». Une étude récente d’Ipsos menée dans une trentaine de pays indique que :
  • plus de 50 % des hommes de la génération Z estiment que l’égalité femmes-hommes est allée assez loin,
  •  environ 30 % pensent qu’une épouse devrait toujours obéir à son mari.

D’autres enquêtes confirment un malaise croissant : aux États-Unis, par exemple, près de 60 % des jeunes hommes déclarent se sentir ignorés ou désavantagés dans les relations amoureuses, tandis que la proportion d’hommes se déclarant célibataires est nettement plus élevée que chez les femmes dans les moins de 30 ans.

L’économie joue aussi un rôle important. Vivre à l’étranger permet parfois de retrouver un modèle familial traditionnel plus accessible financièrement. Aux États-Unis, soutenir un foyer avec un seul revenu est devenu difficile : ajusté à l’inflation, le pouvoir d’achat des jeunes hommes a stagné, tandis que le coût du logement a fortement augmenté. « Cela ne me dérange pas de sortir avec une femme pauvre », confie Justin, un autre « pote à passeport ». « C’est plus probable d’obtenir des rôles traditionnels dans ces conditions. »

Les critiques ne manquent pas. Certains accusent ces hommes d’exploiter les femmes ou d’alimenter le tourisme sexuel. D’autres estiment que les femmes sont attirées principalement par la perspective d’un passeport occidental. Mais la réalité est souvent plus complexe. Jewel Clyte, la petite amie philippine d’Austin Abeyta, affirme par exemple ne pas vouloir vivre aux États-Unis, tout en reconnaissant que leur relation lui apporte une sécurité financière qu’elle n’aurait peut-être pas trouvée localement.

Source principale : The Economist

Lors de son homélie au Cameroun, le pape Léon XIV a encouragé les jeunes à ne pas émigrer.

Lors de son homélie au Cameroun, le pape Léon XIV a encouragé les jeunes à NE PAS ÉMIGRER, mais à rester pour contribuer au développement de leur pays.

samedi 18 avril 2026

« Trans genre » : Le triomphe de l’amour et de la patience

Un texte de Joseph Facal paru dans le Journal de Montréal. 

Une vraie belle histoire, ça vous dirait, pour faire changement ?

Je vous parlais l’autre jour du documentaire de Jean-Pierre Roy intitulé Génération trans. [Dès 14 ans, au Québec, un enfant peut décider qu’il appartient au « mauvais sexe » et entreprendre seul une transition de genre. Nul besoin de consentement parental, sous prétexte que certains parents pourraient fort mal réagir. Le documentaire met en lumière l’omerta (ou le silence/refus de s’exprimer) d’une partie du corps médical et des ordres professionnels : le réalisateur a tenté d’interviewer le Collège des médecins, l’Ordre des psychologues et d’autres, qui ont refusé ou sont restés très discrets. Il est centré sur les témoignages de parents (surtout des mères) démunis face à la rapidité du processus, aux discours d’« affirmation de genre » immédiate, et aux risques d’irréversibilité. Il questionne le modèle d’affirmation rapide, l’influence des lignes directrices comme celles de WPATH, et le manque de réelle évaluation psychologique approfondie dans certains cas..]



Le film est centré sur les témoignages de parents d’enfants d’âge mineur qui disent vouloir « changer de sexe » parce qu’ils seraient nés « dans le mauvais corps ».

Ces parents racontent comment notre système psycho médical et légal s’emballe dès que l’enfant émet ce souhait.

Angoisse

Dans la foulée, une mère qui avait pris contact avec moi il y a trois ans m’a écrit de nouveau.

Elle avait alors une fille de 14 ans qui avait commencé à se dire garçon.

À l’époque, elle écrivait :

« Jamais ma fille n’avait démontré de malaise face à son corps. Ma fille s’est liée avec une fille qui se disait garçon et quelques mois après, ma fille se disait aussi garçon [...]. Nous sommes tellement angoissés par cette situation. Cela occupe toutes nos pensées ».

Elle ajoutait :

« Je discute avec énormément de parents de partout dans le monde qui sont touchés par la situation. Ces enfants ont pas mal tous le même profil. Ils n’ont jamais ressenti de malaise face à leur corps, sont anxieux, manquent de confiance en eux, [ont des] difficultés à se faire des amis, en pleine puberté, ils sont mal à l’aise dans leur corps, à la recherche d’un sentiment d’appartenance à quelque chose. »

Trois ans plus tard, elle m’écrit :

« Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous donner des nouvelles, car le dénouement de notre histoire peut être porteur d’espoir pour des parents qui vivent ce que nous avons vécu. [...] Celle qui était alors sombre, anxieuse, peu sûre d’elle et victime d’intimidation est devenue une jeune fille lumineuse et épanouie. Elle a dorénavant un grand cercle d’amies, elle est appréciée de ses pairs et elle a retrouvé une immense confiance en elle. Nous sommes d’ailleurs plus proches que jamais, nous passons énormément de temps ensemble. »

Elle dit ensuite :

« Nous ne pouvons nous empêcher de nous demander : où en serait-elle si nous l’avions encouragée dans un changement de nom et de genre à l’école ? Où en serait-elle si nous avions couru chez le médecin pour obtenir des bloqueurs de puberté ? Nous savons qu’elle n’aurait pas ce bien-être actuel et que sa vie serait inutilement complexifiée par des décisions médicales irréversibles ».
Espoir

Je la laisse conclure :

« Notre fille traversait une forme de crise d’adolescence – une crise qui, si elle est encouragée plutôt que simplement accompagnée, peut avoir des répercussions sur une vie entière. Aujourd’hui, que ce soit dans son attitude, sa personnalité ou sa présentation, c’est comme si cet épisode n’avait jamais existé. Nous n’en reparlons jamais, car nous savons que cela la gênerait et ce n’est tout simplement pas nécessaire. »

La dysphorie de genre existe, mais elle est rarissime, sans commune mesure avec les troubles communs de l’adolescence.

L’amour et la patience ont triomphé.

vendredi 17 avril 2026

Masquer la réalité démographique par les statistiques (New York Times)

Le 9 avril 2026, le New York Times publiait dans sa rubrique The Upshot (Résumé) un article intitulé « Women in Their 20s May Not Be Having Babies, but by 45 Most Probably Will » (« Les femmes dans la vingtaine n'ont peut-être pas encore d'enfants, mais à 45 ans, elles en auront très probablement. ») 

Accompagné d’un graphique percutant, il mettait en avant un phénomène apparemment rassurant : depuis 2007, les naissances chez les femmes de 20 à 29 ans ont fortement baissé en pourcentage, tandis que celles chez les femmes de 35 ans et plus ont augmenté. 

Traduction du graphique « rassurant » du New York Times

Le message implicite ? Les Américaines reportent simplement leur maternité vers un âge plus avancé, et les courbes se compensent.Une lecture attentive du graphique semblait même suggérer un équilibre : les baisses chez les jeunes étaient joliment contrebalancées par les hausses chez les plus âgées. Un récit optimiste, presque réconfortant, dans un contexte de fécondité américaine en chute libre (le taux global a atteint un nouveau record bas en 2025).

Pourtant, ce n’est qu’une illusion statistique. 

Quelques jours plus tard, l’économiste Paul Novosad, professeur à Dartmouth, a repris exactement le même graphique… mais en nombres absolus de naissances plutôt qu’en pourcentages. Le résultat est saisissant : les baisses massives chez les 15-29 ans (plus de 1,2 million de naissances en moins depuis 2007) ne sont compensées que par une modeste hausse d’environ 123 000 naissances chez les 35 ans et plus. Loin de s’équilibrer, le solde est un déclin net dramatique.

Le piège ? Utiliser la variation en pourcentage. 

Quand la base de départ est très faible (les naissances après 40 ans étaient déjà rares en 2007), une augmentation de 50 % paraît spectaculaire… alors qu’elle représente à peine quelques milliers de bébés supplémentaires. À l’inverse, une baisse de 30 % chez les 20-24 ans, où la base est beaucoup plus élevée, cache des centaines de milliers de naissances perdues.Ce n’est pas une simple erreur de présentation. C’est un classique de la manipulation par les chiffres : choisir l’unité qui appuie la théorie que l'on veut faire admettre.

Ici, le New York Times a transformé un effondrement démographique en une simple « évolution des habitudes ».

Comme le rappelait avec ironie Paul Novosad : pour compenser la chute des naissances chez les jeunes, il faudrait non pas une hausse de 50 %, mais une augmentation de 2000 % chez les femmes de plus de 40 ans. Ce que la biologie rend impossible.

Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les gros mensonges et les statistiques.

— Benjamin Disraeli (souvent attribué à Mark Twain)

jeudi 16 avril 2026

Défaite électorale des nationalistes québécois dans un ancien bastion proche de Montréal

Mathieu Bock-Côté revient dans une chronique publiée dans le Journal de Montréal sur la défaite du Bloc Québécois à Terrebonne lors des élections du 15 avril 2026, une circonscription autrefois vue comme une forteresse nationaliste.  Terrebonne est à vol d'oiseau à environ 25 km du centre-ville de Montréal, 30 km par la route.

Les limites de Terrebonne sont accentuées d'un trait gras, au nord-est de Montréal.

L'auteur explique cette chute par les changements démographiques causés par l'immigration massive, les communautés issues de l'immigration votant majoritairement pour le Parti libéral du Canada. Bock-Côté conclut que les nationalistes doivent stopper l'immigration élevée pour éviter une transformation structurelle défavorable au projet souverainiste au Québec.

L'auteur n'adresse pas la très faible natalité des Québécois y compris des natalistes (faites le tour vous verrez, souvent, ils ont pas ou peu d'enfants). Serait-il temps d'une autocritique des nationalistes sur ce sujet ?

Position du Québec dans les pays occidentaux / OCDE quant à la natalité

Dans les pays de l’OCDE (les pays occidentaux développés), l'Indice synthétique de fécondité (ISF) du Québec 1,33 enfant/femme se situe dans la partie basse du classement, mais pas parmi les tout derniers.  La moyenne OCDE est autour de 1,40-1,51 selon les années récentes (2022-2024), en forte baisse continue depuis des décennies. 

Plusieurs pays sont nettement plus bas : Corée du Sud (0,7), Italie, Espagne, Japon, Pologne, Lituanie (1,1-1,3).  Ce sont des pays constitués (pas une province non autonome) avec un véritable unilinguisme au pays (ce n'est pas le cas du Québec où tout est fait pour pouvoir vivre en anglais).

Le Canada dans son ensemble est autour de 1,25-1,33 selon les dernières données.  

La France reste l’un des plus élevés en Europe (~1,6), tout comme certains pays nordiques ou Israël (de loin le leader).

En résumé : 1,33 est typique des pays occidentaux à faible fécondité (Canada, une bonne partie de l’Europe du Sud et de l’Est), bien en dessous du seuil de remplacement des générations (2,1). C’est un niveau qui entraîne un déclin naturel de la population sans immigration. 

Comparaison avec Israël

Israël est l’exception absolue parmi les pays de l’OCDE : son ISF est d’environ 2,9 enfants par femme (données 2023-2024), le plus élevé du groupe et stable depuis des décennies (jamais descendu sous 2,8). 

C’est plus du double du Québec ou de la moyenne OCDE. Cette fécondité élevée est portée en grande partie par les communautés ultra-orthodoxes (haredim), dont l’ISF dépasse 6 enfants par femme, et par les juifs religieux en général. Les juifs séculiers ont un ISF plus bas (~2,0-2,4), mais toujours supérieur à la moyenne occidentale. 



Minorités nationales, ethniques ou religieuses qui croissent

Les minorités qui « savent que leur avenir est hypothéqué » sans une forte natalité ont une forte natalité:

Haredim (juifs ultra-orthodoxes) en Israël : TFR 6-7 ; ils doublent leur population tous les 18-20 ans grâce à une culture religieuse qui valorise explicitement les familles nombreuses comme devoir de survie du peuple juif. 
  
Amish aux États-Unis : TFR historiquement autour de 6-7 ; communauté fermée qui voit la grande famille comme garantie de perpétuation culturelle face à la modernité.

Certaines communautés musulmanes en Europe ou en Israël (même si en baisse récente) : taux initialement plus élevés que les populations natives, souvent liés à des normes religieuses et à un sentiment de préservation identitaire en contexte minoritaire. 
  
D’autres exemples : sikhs, mormons pratiquants, ou certaines minorités ethniques en Occident qui maintiennent des taux supérieurs à 2,5-3,5 pour des raisons culturelles/religieuses similaires.

Le mécanisme est le même partout : quand un groupe perçoit son identité ou sa survie comme menacée (histoire, environnement hostile, dilution démographique), la fécondité reste élevée ou même augmente chez les plus religieux/pratiquants. 

C’est un phénomène empirique bien documenté en démographie : les minorités « conscientes de l’enjeu » investissent dans la natalité comme stratégie de pérennité. 

À l’inverse, les populations majoritaires sécularisées et sans ce sentiment d’urgence (comme une large partie des Québécois francophones) voient leur ISF chuter sans réagir. Le sujet est presque tabou. C’est exactement le débat soulevé dans la chronique que vous relayiez : une fécondité structurellement basse (1,33) combinée à une immigration massive transforme le rapport de forces démographique, même si les minorités immigrantes finissent souvent par converger vers des taux plus bas à la 2e génération. Israël montre qu’une forte identité collective peut maintenir une fécondité élevée même dans un pays moderne et développé.

Voir aussi

Le taux de natalité chute plus fortement parmi les progressistes que chez les conservateurs

Progressisme — Les femmes enceintes, ça me dérange

 
 
 
 

lundi 13 avril 2026

Léon XIV va parler anglais (et non français) en Algérie

Le 13 avril prochain, le pape Léon XIV posera pour la première fois le pied sur le sol algérien. 

Première visite pontificale dans ce pays, elle sera chargée de symboles : pèlerinage sur les traces de saint Augustin à Annaba (Bône), dialogue avec l’islam, encouragement à une toute petite communauté catholique. 

Pourtant, une annonce discrète du Vatican a surpris : lors de ses interventions publiques en Algérie, le Saint-Père ne s’exprimera pas en français. 

Léon XIV avait déjà parlé anglais au Liban à plusieurs occasions dont la rencontre avec les jeunes à Bkerké (1er décembre, parvis du patriarcat maronite) : il a commencé par un chaleureux « Bonjour ! » et quelques phrases en français (qui ont été très applaudies), puis a poursuivi la majeure partie du discours en anglais (12 à 15 minutes) ainsi que le discours de départ à l’aéroport international de Beyrouth (2 décembre) : entièrement en anglais. Durée : environ 8-10 minutes.

En Algérie, Robert Francis Prevost privilégiera l’anglais, avec traduction en arabe et en tamazight (berbère) quand nécessaire.

Le motif invoqué ? La « dynamique multinationale » de l’Église catholique. Dans un monde où les catholiques sont désormais majoritairement africains, asiatiques et latino-américains, l’anglais serait devenu la langue de la communion universelle. On ajoute souvent d’autres arguments : pragmatisme (le pape est américain), volonté d’inclure les étudiants anglophones subsahariens présents en Algérie, et refus de toute apparence de « francocentrisme » colonial. Autant de prétextes qui se veulent modernes et œcuméniques.On peut pourtant regretter, sans acrimonie, que cette logique globale passe à côté d’une réalité locale très concrète. 
En Algérie, les quelque 8 000 à 9 000 catholiques sont, pour l’essentiel, des étudiants et migrants d’Afrique de l’Ouest francophone : Ivoiriens, Burkinabés, Sénégalais, Maliens, Togolais…
Pour eux, le français n’est pas une langue héritée de la colonisation lointaine ; c’est la langue dans laquelle ils étudient, prient et se retrouvent le dimanche. 

C’est aussi la langue historique de l’Église locale depuis l’époque des Pères blancs et des moines de Tibhirine. 

Les messes en français y sont majoritaires ; les messes en anglais restent minoritaires et complémentaires.

Choisir de ne pas s’adresser directement à eux dans leur langue de cœur, même pour une visite de deux jours, risque de créer une petite mais réelle distance symbolique. 

On célèbre la « diversité » de l’Église, mais on semble parfois oublier que cette diversité s’incarne aussi dans des contextes précis. En Algérie, la communauté catholique est déjà discrète, fragile, soumise à une législation stricte sur les cultes. Elle n’a pas besoin d’un signe supplémentaire de déconnexion.

Bien sûr, un pape ne peut pas parler toutes les langues. Mais précisément parce que l’Église se veut « catholique » – c’est-à-dire universelle et enracinée –, elle gagne à adapter son langage aux fidèles qu’elle rencontre, plutôt qu’à leur imposer une langue prétendûment « neutre » venue d’ailleurs. La véritable universalité ne consiste pas à effacer les particularités locales au nom d’une uniformité mondiale ; elle consiste à les respecter.On espère donc que, sur place, à Alger comme à Annaba (Bône), le pape Léon XIV trouvera le moyen de parler s en français. Non par nostalgie, mais par simple proximité pastorale. Car c’est bien là, dans cette petite Église « hôte » d’Algérie, que bat encore un peu du cœur francophone de l’Afrique catholique. Et ce cœur mérite, lui aussi, d’être entendu.

À moins évidemment qu'Alger, dont la régime autoritaire militarisé au pouvoir est très francophobe, ait joué un rôle dans l'occultation du français, majoritaire parmi les catholiques en Algérie. Rappelons la promotion agressive de l’anglais à l’université par le régime au pouvoir : à partir de la rentrée 2025-2026, l’anglais remplace ou supplante le français dans de nombreuses filières scientifiques, techniques, médecine et pharmacie.



Voir aussi

 

L’Algérie mène la chasse à la langue française [université]

Histoire — Accords d’Évian : de Gaulle et Debré parlent à Joxe, Buron et de Broglie

Alger ordonne la chasse au français dans les écoles

Algérie : des porteurs de drapeaux berbères écopent de 6 mois de prison ferme. Une vingtaine de personnes avaient été arrêtées lors d’une manifestation le 17 septembre 2019 à Alger, dont une majorité pour avoir brandi des drapeaux berbères.
 
 
 
 
 

dimanche 12 avril 2026

France — Bac, brevet… Attention à l’orthographe : Il faut s’attendre à une chute assez immportante du taux de réussite

Pour redonner de la valeur aux bac et brevet, le ministre de l’Éducation nationale a annoncé quelques changements qui risquent de bousculer les taux de réussite de ces deux examens.

Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale français, souhaite durcir les règles de correction du bac et brevet.

Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, exprime depuis plusieurs mois son ambition de redonner de la valeur aux diplômes nationaux, notamment le brevet et le baccalauréat, en renforçant les attentes concernant l’usage du français et en valorisant l’excellence. Il vient d’annoncer des changements dans une circulaire partagée aux correcteurs et un entretien accordé aux journaux du Groupe EBRA le jeudi 2 avril.

Dès la session 2026, l’orthographe, la syntaxe et la grammaire vont prendre une place plus importante dans la notation des copies du brevet (14-15 ans) et du baccalauréat (17-18 ans, avec une équivalence au DEC québécois pour rentrée à l'université). Dans une circulaire publiée le 26 mars dernier, Édouard Geffray a donc annoncé un durcissement des règles pour replacer la maîtrise du français au cœur de l’évaluation et tirer vers le haut le niveau de l’ensemble des élèves.

« Les épreuves du DNB [brevet] et du baccalauréat prennent en compte, dans l’attribution de la note, la qualité rédactionnelle : orthographe, syntaxe, grammaire, clarté de la langue et lisibilité du propos. »
Circulaire du 26 mars 2026
Cette circulaire indique que les enseignants correcteurs pour le bac et brevet devront désormais s’attarder sur « la qualité rédactionnelle : orthographe, syntaxe, grammaire, clarté de la langue et lisibilité du propos », et ce, dans toutes les matières et pas uniquement en français ou matières littéraires. Ainsi cette circulaire précise ce que le ministre indiquait déjà dans nos colonnes en décembre dernier « J’estime qu’une copie qui n’est pas écrite de manière intelligible, c’est-à-dire avec un niveau d’orthographe, de syntaxe et de grammaire absolument déplorable, ne peut pas avoir la moyenne. »

Afin d’aider les candidats à s’améliorer, le ministre insiste sur l’importance de se relire, la circulaire recommande que la préparation aux examens intègre l’« importance de la relecture par les élèves de leur production dans le temps imparti de l’épreuve ». Ces mesures signifient que les fautes de français pourraient désormais avoir un impact plus important sur les résultats des candidats, sans toutefois indiquer des mesures claires à des correcteurs sur les niveaux attendus.

Moins de réussite et de mentions au brevet ?

D’autres changements majeurs sont prévus pour le brevet en 2026. La part de l’examen dans la note finale passera de 50 à 60 %, et le contrôle continu prendra désormais en compte les notes obtenues en classe de troisième, plutôt que la seule maîtrise d’un « socle commun » de connaissances et de compétences sur l’ensemble du cycle 4 (cinquième, quatrième, troisième). Aussi les élèves passeront une nouvelle épreuve de mathématiques.

Édouard Geffray prédit ainsi une « chute assez drastique du taux de réussite » au diplôme national du brevet (DNB) en raison de ces nouvelles modalités et nouveautés, prévoyant « peut-être 75 % de réussite au brevet avec beaucoup moins de mentions ». L’objectif ? Rappeler qu’un examen « se prépare » et mieux préparer les élèves à leur entrée au lycée en leur donnant une vision plus réaliste de leur niveau.

Création d’un concours général au collège

Le ministre de l’Éducation nationale a également annoncé la création d’un concours général des collèges, concours dont la première édition aura lieu en 2027. Inspirée du prestigieux concours général des lycées, qui existe depuis 1744, cette initiative vise à « créer une émulation » et à « valoriser différentes formes d’excellence » au sein des collèges.

Chaque établissement sera invité à inscrire jusqu’à 10 % de ses élèves, en respectant la parité filles-garçons, dans l’une des cinq disciplines proposées : français, mathématiques, histoire-géographie, arts ou numérique-codage. Les inscriptions débuteront à l’automne pour des épreuves individuelles prévues en janvier et février. L’entourage du ministre précise que le modèle est « encore en construction », mais que la volonté est de faire progresser le niveau global des élèves au collège en agissant sur « toute la chaîne ».

Cependant, cette annonce a suscité des interrogations. Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, s’est inquiétée d’une possible dérive vers un « élitisme » et un « entre-soi » si ce concours devenait l’antichambre du concours général des lycées, estimant que le système éducatif a « des urgences bien identifiées bien loin de ce sujet ».

Ces mesures s’inscrivent également dans le cadre de l’opération « Collège en progrès », qui concernera 800 établissements où plus de 40 % des élèves ont moins de 8 sur 20 en français et en mathématiques au brevet. Ces collèges bénéficieront de moyens et d’un accompagnement spécifique dès la rentrée de septembre, incluant la formation des enseignants, l’attribution de fonds sociaux et le renforcement des équipes d’assistants d’éducation.

vendredi 10 avril 2026

Dans les années 1970, Valéry Giscard d'Estaing a essayé de mettre en place l’expulsion de… 500.000 Algériens.

Dans une récente et passionnante conversation diffusée sur YouTube, le journaliste Transmission reçoit l’historien Pierre Vermeren pour une analyse sans fard des relations franco-algériennes.
 
La vidéo, intitulée « Ce que la France n’ose pas dire sur l’Algérie », éclaire un épisode méconnu de l'histoire récente : la tentative, sous Valéry Giscard d’Estaing, d’organiser le retour volontaire – et, si nécessaire, plus encadré – de plusieurs centaines de milliers d’Algériens dans les années 1970, au lendemain du choc pétrolier et face à la montée du chômage.
 
Ce projet, ambitieux et pragmatique, visait à soulager un marché du travail français alors en pleine contraction. Il s’est heurté à des obstacles politiques, diplomatiques et juridiques. Pourtant, ce qui frappe le plus, à la lecture de l’histoire, n’est pas l’échec lui-même, mais le contraste saisissant avec une période antérieure où la France exerçait, sans états d’âme excessifs, son droit souverain de réguler sa population étrangère.

Les années 1930 : une gauche réaliste face à la crise

Remontons aux années 1930, au cœur de la Grande Dépression. La France comptait alors près de trois millions d’étrangers, principalement des Polonais dans les mines du Nord et de l’Est, et des Italiens dans l’agriculture et l’industrie. Le chômage massif touchait durement les ouvriers français. La réponse politique fut claire et largement partagée, y compris à gauche : priorité nationale à l’emploi et rapatriements organisés.

La loi du 10 août 1932, adoptée sous un gouvernement radical de centre-gauche, instaura une véritable préférence nationale. 

Des centaines de milliers de travailleurs étrangers – surtout polonais – furent reconduits chez eux, souvent avec une aide au retour. Ni les socialistes de la SFIO ni même les communistes ne crièrent à la xénophobie. 

L’étranger était alors perçu comme un travailleur temporaire, accueilli en fonction des besoins de l’économie française. Protéger la communauté nationale et ses travailleurs n’était pas un tabou moral ; c’était une évidence républicaine. 

L’expulsion, lorsqu’elle s’imposait, ne suscitait aucun scrupule collectif. La gauche de l’époque restait ancrée dans un patriotisme social : elle défendait d’abord le peuple français.

Les années 1980 : l’anti-racisme comme nouvel horizon moral

Tout change avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. Face à une immigration désormais post-coloniale, installée durablement et accompagnée du regroupement familial, la sensibilité politique se transforme profondément. 

L’anti-racisme devient, pour une partie de la gauche, un impératif catégorique, une nouvelle raison d’être. La Marche pour l’égalité de 1983 et la création de SOS Racisme en 1984 marquent ce basculement symbolique : l’immigré, et surtout ses enfants nés en France, est désormais érigé en figure centrale de l’opprimé. Toute mesure restrictive – contrôle des flux, expulsion, même pour motif économique – est suspectée de racisme latent.

Ce n’est plus la protection des ouvriers français qui prime, mais la lutte contre les discriminations réelles ou supposées. 

L’expulsion, autrefois outil légitime de régulation, devient moralement impensable. On passe d’une vision nationale du social à un universalisme abstrait où la défense de l’« Autre » l’emporte sur la cohésion du corps national. 

Cette évolution idéologique nourrit et renforce, à son tour, les interprétations jurisprudentielles qui compliquent les retours organisés.

Des blocages juridiques réversibles, non des fatalités

Certes, le droit a évolué : intégration du préambule de 1946 dans le bloc de constitutionnalité, ratification de la Convention européenne des droits de l’homme. Mais ces textes, comme toute norme, sont soumis à interprétation. 

Rien n’oblige la France à y voir un interdit absolu d’expulsion collective en période de crise. Aucune disposition constitutionnelle n’accorde aux étrangers un droit général et imprescriptible au séjour. Les décisions du Conseil constitutionnel ou de la Cour européenne sont des choix jurisprudentiels, non des vérités éternelles.

Un pouvoir politique déterminé, fort de sa légitimité démocratique, peut parfaitement réviser l'interprétation de la Constitution, dénoncer certains engagements internationaux ou renégocier des accords bilatéraux. 

Les blocages actuels ne sont pas une fatalité juridique ; ils sont le produit d’une culture politique et morale qui a choisi, depuis les années 1980, de sacraliser la non-expulsion au nom d’un anti-racisme devenu dogme.

Le droit légitime d’un pays d’accueil

La France, comme toute nation souveraine, possède le droit fondamental de décider qui elle accueille et pour combien de temps. Lorsque l’économie, l’équilibre social ou la cohésion nationale l’exigent, organiser le retour des étrangers – y compris de ceux qui ont été accueillis en toute bonne foi – n’est ni une injustice ni une trahison des valeurs républicaines. C’est l’exercice légitime d’une souveraineté que nos prédécesseurs, y compris à gauche, assumaient sans complexe. 

Le dernier livre de Pierre Vermeren

Pierre Vermeren est historien et professeur des universités à Paris 1 Panthéon-Sorbonne spécialiste des sociétés arabo-berbères de l’Afrique du Nord contemporaine. Il a notamment publié Histoire de l’Algérie contemporaine (2022) et dans la collection « Texto» La France en terre d’islam (2020) et Le Maroc en 100 questions (2024). Son dernier livre est France-Algérie. De 1962 à nos jours (2026).


France-Algérie. De 1962 à nos jours:
Histoire d'une relation pathologique,
paru chez Tallandier,
à Paris,
le 19 mars 2026,
304 pages,
ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1021066441 

Rappels d’ambassadeurs, arrestations arbitraires, chute des échanges commerciaux, crise des visas… Comment sommes-nous passés en quelques années d’une estime entre dirigeants français et algériens à une tension aussi forte depuis 2024 ? L’historien Pierre Vermeren décrypte sur le temps long cette relation complexe qui traverse sa plus grave crise.

Après plus d’un siècle de colonisation par la France, l’Algérie est devenue indépendante le 5 juillet 1962. Pourtant la guerre et ses conséquences restent non soldées malgré la culpabilité française et une réconciliation mémorielle ratée. Depuis de Gaulle et Boumediene, les rapports diplomatiques sont l’habillage officiel des contacts directs entre les deux présidences et de réseaux d’influences qui poussent leurs pions. Tout semble désormais opposer ces deux nations dont la relation, devenue toxique, permet au régime algérien d’accabler la France d’Emmanuel Macron des maux qui frappent le pays, telle la révolte du Hirak de 2019. L’Algérie rejette à présent la francophonie et s’affiche avec la Chine ou la Russie.

Pierre Vermeren montre comment Paris s’épuise à construire des rapports « normaux» tandis qu’Alger qualifie la France d’«ennemi éternel et traditionnel ». Cette relation pourra-t-elle un jour s’apaiser?

De plus en plus d’écoles américaines prennent leurs distances avec les écrans



Dans une école du Kansas, l’on n’a pas seulement proscrit les téléphones portables : l’usage des ordinateurs y a été, lui aussi, strictement encadré. Les manuels imprimés, le papier et le crayon ont fait leur retour. Et, fait notable, certains élèves affirment désormais préférer cet apprentissage à l’ancienne.

Pendant des années, l’enseignante Inge Esping s’est efforcée de capter l’attention des enfants, luttant sans relâche contre la dispersion induite par les écrans.

En 2022, l’établissement de McPherson, petite ville du Kansas, a interdit les téléphones cellulaires. Mais les distractions numériques n’ont pas disparu pour autant : les élèves continuaient de regarder des vidéos sur YouTube ou de jouer à des jeux vidéo sur les Chromebook fournis par l’école. Certains détournaient même les comptes Gmail scolaires pour harceler leurs camarades.

En décembre dernier, une décision plus radicale fut prise : les 480 élèves de l’établissement ont été privés des ordinateurs portables qu’ils utilisaient jusque-là en classe comme à domicile. Désormais, ces appareils, fonctionnant sous le système Chrome de Google, sont conservés dans des chariots en salle de classe et n’en sortent que pour des activités précises, sous la supervision des enseignants. Les élèves, quant à eux, ont repris l’habitude de prendre des notes à la main.

« Nous ne pouvions laisser les enfants à la merci d’une telle source de distraction. La technologie peut être un outil ; elle ne saurait constituer la solution à elle seule », résume Mme Esping, aujourd’hui directrice de l’établissement.

L’école secondaire de McPherson apparaît ainsi comme l’un des fers de lance d’un mouvement plus large de remise en question du tout-numérique dans l’éducation.

Depuis le début des années 2020, les grandes entreprises technologiques, telles Apple, Google ou Microsoft, ont rivalisé pour s’imposer dans les salles de classe, promouvant l’idée d’un ordinateur par élève. Ces outils devaient démocratiser l’éducation et en améliorer les résultats. Aujourd’hui, des acteurs comme OpenAI tiennent un discours analogue au sujet de l’intelligence artificielle.

Des promesses onéreuses largement déçues

Après des investissements de plusieurs milliards de dollars dans les Chromebook, les iPad et les logiciels éducatifs, de nombreuses études concluent que ces technologies n’ont, dans l’ensemble, ni amélioré les performances scolaires ni augmenté les taux de diplomation. L’UNESCO et divers chercheurs soulignent même qu’un recours excessif au numérique peut nuire à l’apprentissage.

Dans plusieurs États américains, notamment la Caroline du Nord, la Virginie, le Maryland et le Michigan, des établissements ayant adopté le modèle « un appareil par élève » réévaluent aujourd’hui cette stratégie. Les Chromebook, omniprésents dans les écoles, sont particulièrement remis en question. Pour nombre d’enseignants et de parents, limiter leur usage permet de recentrer l’enseignement sur la parole, l’attention et la collaboration entre élèves.

« Il ne s’agit pas de revenir à l’âge de pierre, mais de faire un usage plus judicieux de la technologie », explique Shiloh Vincent, responsable du conseil scolaire de McPherson.

Ce revirement s’inscrit dans une prise de conscience plus globale des effets potentiellement délétères des technologies numériques sur l’enfance et l’adolescence.

Ainsi, le 25 mars dernier, un jury californien a estimé que des plateformes appartenant à Meta et YouTube, propriété de Google, avaient contribué à l’addiction et à la dépression d’une adolescente. Par ailleurs, plus de trente États américains ainsi que l’ensemble des provinces canadiennes ont adopté des mesures limitant ou interdisant l’usage des téléphones à l’école. En Australie, les réseaux sociaux sont désormais tenus de restreindre l’accès des moins de seize ans, une orientation que d’autres pays envisagent.

Dans ce contexte, des associations de parents et d’éducateurs s’en prennent désormais aussi aux ordinateurs portables et aux logiciels scolaires. Des mouvements tels que Schools Beyond Screens ou Distraction-Free Schools Project militent activement pour une réduction du temps d’écran.

Vers un encadrement législatif

Au moins dix États, dont le Kansas, le Vermont et la Virginie, examinent des projets de loi visant à limiter l’exposition des élèves aux écrans, à exiger des garanties quant à la sécurité et à l’efficacité des outils numériques, ou encore à reconnaître aux parents un droit de retrait.

L’Utah a, pour sa part, récemment adopté une législation imposant aux écoles de fournir aux parents des dispositifs de suivi leur permettant de consulter les sites visités par leurs enfants et le temps qu’ils y consacrent sur les appareils scolaires.

À McPherson, l’établissement dirigé par Mme Esping, qui accueille des élèves du début du secondaire, occupe un bâtiment de briques rouges datant de 1938, dont l’auditorium conserve encore ses sièges en bois d’origine. Les salles de sciences abritent de vieux microscopes et du mobilier ancien.

« Nous avons déjà, d’une certaine manière, un petit air d’un autre temps », observe la directrice.

En 2016, pourtant, le district scolaire avait adopté avec enthousiasme le modèle du Chromebook à bas coût, proposé par Google, dans l’espoir de favoriser l’égalité des chances et de développer des compétences jugées essentielles.

Mais lorsque Mme Esping prit ses fonctions en 2022, elle estima que l’omniprésence de la technologie nuisait à l’apprentissage. L’interdiction des téléphones fit rapidement reculer le harcèlement en ligne et les incidents disciplinaires. Toutefois, les distractions persistaient.

Certains élèves, absorbés par les jeux vidéo, se révélaient incapables de se concentrer sur leurs travaux. D’autres utilisaient les outils numériques pour se livrer à des moqueries ou à des formes de harcèlement collectif, notamment via des documents partagés ou des réunions en ligne.

Malgré diverses mesures de restriction, les enseignants consacraient un temps considérable à surveiller l’usage des ordinateurs, au détriment de leur mission première. Plusieurs parents s’inquiétaient également du temps passé par leurs enfants à jouer sur ces appareils.

Le retrait des ordinateurs portables a produit des effets inattendus : dans la cour de récréation, des scènes oubliées ont refait leur apparition, comme des enfants jouant ensemble.

Ce mouvement dépasse largement McPherson. À Wichita, un lycée a instauré des « vendredis sans technologie ». Au Kansas, un projet de loi propose même d’interdire les ordinateurs et tablettes jusqu’à la cinquième année et d’en limiter strictement l’usage par la suite.

Au-delà de la simple réduction du temps d’écran, cette évolution traduit une volonté de recentrer l’éducation sur le développement de l’enfant, les interactions humaines et des formes de jeu plus simples.

« Ils ont réappris à faire des avions en papier », s’amuse Mme Esping, en montrant l’un d’eux coincé au plafond d’un couloir. « Ils redécouvrent les anciennes manières d’être espiègles. »

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«MMIWG2SLGBTQQIA+» : une députée canadienne raillée après l’usage d’un acronyme jugé «absurde» et «woke»

Canada: une députée dénonce le «génocide en cours des personnes MMIWG2SLGBTQQIA+»
À Ottawa, lors d’une conférence de presse consacrée aux femmes autochtones disparues et assassinées, une députée néo‑démocrate a évoqué le «génocide en cours» visant les personnes «MMIWG2SLGBTQQIA+». De quoi susciter de multiples réactions sur les réseaux sociaux.

Brandi au Canada par la députée néo-démocrate Leah Gazan, l’acronyme «MMIWG2SLGBTQQIA+» concentre en une formule quasi imprononçable un ensemble de réalités telle que les femmes et filles autochtones disparues ou assassinées, ainsi que diverses minorités sexuelles et de genre au sein des communautés autochtones.

Les peuples autochtones représentent environ 5% de la population canadienne, mais près d’un quart des victimes d’homicide selon les chiffres officiels, avec une nette surreprésentation des femmes parmi ces victimes.

Mercredi 8 avril à Ottawa, Leah Gazan a ainsi vertement dénoncé les 7 milliards de dollars de coupes budgétaires décidées par le gouvernement de Mark Carney dans les services aux autochtones, accusant Ottawa de ne rien prévoir pour ce qu’elle décrit comme un «génocide en cours».
Une terminologie employée par le gouvernement fédéral canadien lui‑même

Mais sur les réseaux sociaux, ce sont surtout les quinze caractères de «MMIWG2SLGBTQQIA+» («Missing and Murdered Indigenous Women, Girls, Two-Spirit, Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender, Queer, Questioning, Intersex, Asexual, plus») qui ont retenu l’attention, suscitant un torrent de moqueries, certains y voyant la caricature d’une inflation «woke» de sigles, d’autres ironisant sur une excellente idée de mot de passe «ultra-sécurisé».

L’acronyme n’est pas un slogan militant improvisé, mais une terminologie employée par le gouvernement fédéral canadien lui‑même, qui l’utilise dans ses documents officiels. Selon ces critiques, cette complexité formelle, qui confine à l’absurde, finit par décrédibiliser la cause que les militants prétendent servir, en reléguant au second plan les violences subies par les personnes concernées.

Dans les contextes officiels francophones canadiens (gouvernement, enquêtes nationales), on parle plutôt de : FFADA2ELGBTQQIA+ ou FFADA et personnes 2ELGBTQQIA+
  • FFADA : Femmes et Filles Autochtones Disparues et Assassinées.
  • 2E : Deux-Esprits (ou bispirituel·le / bispirituelles) – terme désignant des personnes autochtones qui incarneraient à la fois un esprit masculin et féminin, ou des rôles de genre traditionnels non binaires dans les cultures autochtones.
  • Ensuite, la suite LGBTQI+ (ou parfois LGBTQQIA+) est traduite ainsi :
    • L : Lesbienne
    • G : Gaie (ou Gai)
    • B : Bisexuel·le
    • T : Transgenre
    • Q : Queer
    • Q : en Questionnement (parfois inclus)
    • I : Intersexué·e (ou Intersexuel·le)
    • A : Asexuel·le (parfois inclus)
    • + : Inclut toutes les autres identités de genre, orientations sexuelles ou terminologies non listées (pansexuel·le, non-binaire, etc.).

La version complète étendue devient donc quelque chose comme : Femmes, Filles et Personnes 2ELGBTQQIA+ Autochtones Disparues et Assassinées (ou FFADA2ELGBTQQIA+).