vendredi 24 avril 2026

Novlangue — Ne dites plus « Grand remplacement » mais « Grande irrigation »

Dans  l'émission Libre à Vous, l'écrivain de gauche Erik Orsenna, né en 1947 et ancien conseiller de François Mitterrand, propose que «la vieille France» soit «irriguée» par l'Afrique, rebaptisant le phénomène « grande irrigation » au lieu de « grand remplacement ».

Orsenna conditionne cette idée au développement réussi des pays africains, dans un échange détendu avec la présentatrice Guyonne de Montjou, illustré par un extrait vidéo de l'interview.

 

Exposition coloniale de 1931

Erick Orsenna se trompe sur les chiffres de l'Exposition coloniale de 1931 dans le bois de Vincennes. La France n'était pas peuplée de 31 millions d'habitants mais de 41 millions.

L’Exposition coloniale internationale s’est tenue du 6 mai au 15 novembre 1931 dans le bois de Vincennes (porte Dorée), à Paris. 

Chiffres officiels de fréquentation

33 489 902 entrées (billets payants vendus en 193 jours d’ouverture). 

Environ 8 millions de visiteurs uniques (estimation : chaque personne achetait en moyenne 4 à 5 billets, car beaucoup revenaient plusieurs fois). 

Répartition estimée des visiteurs

Selon les rapports de l’époque et la Préfecture de police (reprise dans les sources historiques) :  

  • 4 millions de Parisiens  
  • 3 millions de provinciaux  
  • 1 million d’étrangers

Soit environ 7 millions de Français (Parisiens + provinciaux) sur les 8 millions de visiteurs uniques. Les étrangers représentaient donc environ 12-15 % du public. 

Population de la France métropolitaine à l’époque

Recensement officiel du 8 mars 1931 (résultats publiés au Journal officiel) :
41 834 923 habitants au total en France métropolitaine (dont 38 944 000 Français et 2 890 923 étrangers). 


Inauguration de l'exposition le 6 mai par Gaston Doumèrgue et le maréchal Liautey

« Emplois d’été Canada » contre les jeunes blancs hétéros


Le programme Emplois d’été Canada soutient chaque année des dizaines de milliers de jeunes âgés de 15 à 30 ans en finançant des subventions salariales aux employeurs (principalement organismes sans but lucratif, secteur public et petites entreprises privées).

Chiffres récents des jeunes soutenus :

En 2025 : Plus de 75 000 emplois créés pour les jeunes (le programme a dépassé son objectif initial de 70 000, avec environ 71 200 à 76 000 postes selon les sources officielles). 

Pour 2026 (année en cours) : Le gouvernement annonce jusqu’à 100 000 possibilités d’emploi offertes via le programme, avec plus de 100 000 postes affichés sur le Guichet-Emplois. Cela fait partie d’un investissement plus large visant environ 175 000 perspectives d’emploi et de développement de compétences pour les jeunes au total cette année. 

Sur plusieurs années, le programme a financé plus de 460 000 à 600 000 emplois pour les jeunes depuis 2019 (selon les bilans cumulés).

Discrimination anti-blanc hétéro 

Le programme met l’accent sur les groupes prioritaires selon le gouvernement fédéral (jeunes Autochtones, Noirs, racialisés, 2ELGBTQI+, en situation de handicap, etc.).

Combien de blancs, mâles, hétéros soutenus par EEC ?

D’après les données les plus récentes publiées dans l’aperçu du programme Emplois d’été Canada (avril 2026) :

Genre
63 % des participants s’identifient comme femmes ou comme un genre autre que masculin.
→ Les hommes représentent donc environ 37 %.

Autochtones et non blancs
8 % des participants sont Autochtones.
25 % sont issus de groupes racialisés.
→ Environ 67 % ne sont ni Autochtones ni racialisés (les catégories étant présentées séparément, sans recoupement significatif dans ces statistiques globales).

Nombre d'hommes non autochtones et non racisés (« blancs »)

37 % × 67 % ≈ 24,8 %

Il s'agit d'une estimation.

Non hétéro

Aucune donnée publique détaillée ne précise la proportion de participants s’identifiant comme 2ELGBTQI+ dans ce programme, contrairement à d’autres variables comme le genre, l’identité autochtone, la racialisation ou le handicap.

Dans la population canadienne des 15–30 ans, les estimations disponibles situent cette proportion autour de 12 à 20 %. Étant donné que le programme accorde une attention particulière à certains groupes sous-représentés, il est plausible que leur part parmi les participants soit au moins comparable, voire supérieure, à cette moyenne.

En retenant une hypothèse prudente de 15 à 20 %, la proportion de participants non concernés par ce critère se situerait entre 80 et 85 %.

Estimation de la proportion d'hommes blancs hétéros

24,8 % × 80–85 % ≈ 20–21 %

Ainsi, en combinant ces trois dimensions de manière approximative, la proportion de participants correspondant simultanément à ces caractéristiques se situerait autour de 20 %, peut-être moins.

Il convient toutefois de souligner que ce type de calcul repose sur une approche multiplicative simplifiée : les variables ne sont pas totalement indépendantes et les données publiques ne permettent pas de croisement précis entre tous les critères. L’estimation donne donc un ordre de grandeur indicatif plutôt qu’une mesure exacte.

25 avril 1849 : Incendie du Parlement de Montréal


Incendie du Parlement
à Montréal en 1849
Capitale du Canada-Uni depuis 1843, Montréal abrite le siège du gouvernement. Le Parlement se situe alors sur l’actuelle Place d’Youville, dans le Vieux-Montréal. Lord Elgin, gouverneur du Canada-Uni, vient de donner son accord à la proposition des députés pour indemniser les habitants du Bas-Canada ayant subi des pertes matérielles lors des rébellions de 1837-1838.

Certains que cela confirme la domination politique des Canadiens français, les anglophones voient rouge ! À l’initiative du journal The Gazette, une manifestation est organisée le 25 avril 1849 sur le Champ-de-Mars. Réunissant plus de 1 500 personnes, le « cortège » gagne finalement le Parlement. On assiste alors à des jets de pierres sur le bâtiment et d’œufs pourris sur les députés… Puis l’incendie se déclare soudainement. Il détruira totalement l’édifice. Sur 25 000 livres, archives et documents, seuls 200 seront sauvés des flammes. L’historien François-Xavier Garneau parle de notre « désastre d’Alexandrie », faisant référence à la disparition de l’antique bibliothèque d’Alexandrie, en Égypte.

En 2011, des fouilles archéologiques importantes ont permis de trouver nombre de vestiges liés à cet événement.

La colère des incendiaires

Les excès de colère qui mèneront à l’incendie du Parlement sont dus à des circonstances bien particulières. D’abord, après avoir instauré le Canada Corn Act (Loi sur les céréales) en 1843 qui garantissait sur les marchés britanniques un tarif favorable à la farine et au blé canadien, l’Angleterre met fin à sa politique protectionniste en 1846, résultat de l’effervescence économique en Europe. La réaction de la classe marchande de Montréal (presque exclusivement britannique) est forte et négative : on craint l’abandon de l’Angleterre et l'on propose même l’annexion aux États-Unis. Le parti de la classe marchande montréalaise, les Tories, favorise des liens étroits avec la couronne britannique. Depuis la Conquête, le pouvoir politique était exercé par le gouverneur général et le conseil exécutif, où les Tories sont bien présents. Forts des liens étroits qu’ils entretenaient avec ce dernier, plusieurs Tories s’y voyaient nommés. L’avènement de l’Acte d’Union en 1840 et de la responsabilité ministérielle en 1848 brisent cette suprématie. L’alliance entre les réformistes du Haut-Canada et ceux du Bas-Canada les a mis en minorité. Plus encore, les décisions et les lois votées et adoptées à la chambre d’assemblée n’auront plus à recevoir l’assentiment du gouverneur pour entrer en vigueur.

Louis-Hippolyte Lafontaine
Lorsque le gouverneur du Canada-Uni, lord Elgin, donne son accord au projet de loi d’indemnisation, il met bien malgré lui le feu aux poudres. Ce projet de loi d’indemnisation visait à indemniser les habitants du Bas-Canada ayant subi des pertes matérielles lors des rébellions de 1837-38. Il s’agit d’une loi qui s'inspire d'une mesure semblable votée au Haut-Canada et elle se fonde sur un rapport de réclamations approuvé en principe en 1846. La Fontaine voit en ce projet un moyen symbolique de panser les blessures de la rébellion et de reconnaître les droits des Canadiens français à l’égalité dans les deux Canadas. Déjà échaudés, les Tories voient l’acceptation de ce projet de loi comme une confirmation de la domination politique des Canadiens français. Tout cela est, pour eux, intolérable.

Ainsi donc, à la demande du journal The Gazette, plus de 1 500 personnes se réunissent sur le Champ-de-Mars en ce début de soirée du 25 avril 1849. Le ton employé par les orateurs est menaçant. On y parle de trahison du gouverneur Elgin, d’une domination politique canadienne-française, de l’abandon de l’Angleterre. On rejette le projet de loi sur l’indemnisation, car, selon les Tories, il vise à aider les assassins d’hier : les Rebels de 1837-38. Bien qu’une loi semblable ait été votée et adoptée au Haut-Canada quelques années plus tôt dans le calme, la situation à Montréal s’envenime d’heure en heure. Au bout d’un moment, la foule réunie au Champ-de-Mars prend bruyamment la direction du Parlement par la rue Saint-Paul. Les résidents effrayés préfèrent la quiétude de leur demeure à la colère des Tories qui emplissent les rues. Sitôt arrivés devant le Parlement, les Tories et leurs sympathisants se joignent aux chahuteurs qui lancent déjà des pierres sur le bâtiment. Plusieurs émeutiers iront jusqu’à entrer dans la Parlement pour poursuivre le saccage. Les députés de l’assemblée tentent de sortir à la dérobée. Peine perdue, on leur lance des œufs pourris (le même traitement a été réservé à lord Elgin plus tôt cette journée-là), certains seront même pris à partie par les émeutiers.

La disgrâce de la Grande-Bretagne consommée !

Le Canada vendu et abandonné !

La loi sur les pertes de la rébellion approuvée !!

Œufs pourris lancés sur le gouverneur !!!

The Gazette, 25 avril 1849

Cet après-midi, il circulait une rumeur en ville que le gouverneur général se rendrait à la Chambre et donnerait sanction à certains projets de loi ; mais on ne pouvait pas supposer que le projet de loi sur l’indemnisation des pertes de la rébellion serait du nombre.

Honteux du rôle qu’il allait jouer, et espérant en imposer au sentiment public, lord Elgin vint ramper dans la Chambre une heure après le temps marqué et, quand on put croire qu’il avait changé d’intentions, il se montra dans la Chambre du Conseil législatif. Après la lecture de plusieurs projets de loi de peu d’importance, le greffier lut d’un ton qui n’annonçait pas le désir d’attirer l’attention du public :

LE PROJET DE LOI SUR LES PERTES DE LA RÉBELLION.

Et, à la honte éternelle de la Grande-Bretagne,

LA RÉBELLION EST LA LOI DU SOL.

Le bruit de ce fait a été accueilli par des cris de rage et des battements de pieds. Plusieurs autres projets de loi ont reçu la sanction royale après cela, mais les galeries se vidèrent par dégoût, « murmurant et maugréant tout haut et tout bas » des malédictions qui auront effet quelque autre jour.

Les personnes qui s’étaient assemblées dans les environs, apprenant ce qui venait de se passer, éclatèrent en hurlements, cris de rage et d’indignation contre le « dernier gouverneur du Canada ». Quand lord Elgin (il ne mérite plus le titre d’Excellence) reparut dans les rues en sortant de la Chambre du Conseil, il fut reçu par les sifflets, les grognements et les cris d’indignation de la foule. On lui lança des œufs pourris, et lui et ses aides de camp furent arrosés de cette liqueur savoureuse, et sa voiture fut couverte du contenu dégoûtant des œufs et de boue. Quand la provision d’œufs fut épuisée, on se servit de pierres pour saluer le départ du carrosse, et il fut emmené au galop au milieu des malédictions de ses compatriotes.

LE DÉBUT DE LA FIN

Anglo-Saxons, vous devez vivre pour l’avenir ; votre sang et votre race seront désormais votre loi suprême, si vous êtes vrais à vous-mêmes. Vous serez Anglais, « dussiez-vous n’être plus Britanniques ». À qui va et quelle est votre allégeance maintenant ? Que chacun réponde en son âme et conscience.

Le pantin pompeux doit être rappelé ou chassé par le mépris universel du peuple.

Dans le langage de Guillaume IV, « LE CANADA EST PERDU ET LIVRÉ ». LA FOULE DOIT S’ASSEMBLER SUR LA PLACE D’ARMES, CE SOIR, À HUIT HEURES.

AU COMBAT, C’EST LE MOMENT !
Et soudainement, l’incendie se déclare : on voit la fumée sortir des fenêtres. L’incendie prend rapidement des proportions inquiétantes. On refuse l’accès aux pompiers et ceux qui parviennent à passer voient leurs boyaux d’arrosage sectionnés. De plus, l’armée n’intervient pas. Le marché Sainte-Anne et le Parlement du Canada qu’il abrite sont complètement démolis, ses bibliothèques brûlées. La journée du 25 avril 1849 se termine sur une note inquiétante : après avoir incendié le Parlement, les émeutiers partent à la chasse aux réformistes. On déménage temporairement le Parlement au marché Bonsecours, puis dans un théâtre de la rue Notre-Dame. Début novembre, la capitale est transférée à Toronto.

L’année 1849 a été qualifiée d’année de la terreur à Montréal. L’incendie du Parlement y est, bien sûr, pour quelque chose. Cependant, l’incendie et l’agitation du 25 avril ne constituent qu’une amorce à ce qui aurait pu devenir une guerre civile si les Réformistes avaient usé des mêmes moyens que les Tories. Ces derniers saccagent plusieurs résidences et commerces appartenant aux réformistes. Plusieurs d’entre eux se dirigent dans le faubourg Sainte-Antoine avec la ferme intention d’aller saccager et incendier la demeure du Premier ministre La Fontaine. Ce dernier est absent, mais des gens armés montent la garde. Près de 200 personnes franchissent les grilles menant à la résidence. Les coups de feu stoppent les ardeurs des émeutiers qui rebroussent chemin avec, sur les bras, un jeune homme atteint mortellement. Pour venger la mort du jeune homme, les émeutiers mettent le feu à l’hôtel Cyrus, lieu de l’enquête sur la mort du jeune homme, sur la place Jacques-Cartier. Cet incendie a lieu le 16 août et n’est qu’un parmi de nombreux à avoir été déclenchés au cours de l’été. Dans ces temps difficiles, on note également plusieurs décès reliés aux émeutes : la jeune Anne McDonnell est morte dans le feu qui a complètement détruit le magasin de chaussures de M. P. Murray, situé au coin des rues Notre-Dame et Saint-Gabriel. L’arrivée de l’automne ramène un calme relatif dans la ville maintenant dépouillée de son titre de capitale.

Les années 1850 sont des années de prospérité économique qui changeront le visage de Montréal. Elle n’est plus la capitale du Canada-Uni, mais elle demeure la ville économique et industrielle la plus importante du pays pour près d’un siècle à venir.





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jeudi 23 avril 2026

Une éminente historienne prend avec verve la défense d’une discipline universitaire en difficulté

Célébrant les mérites de l’apprentissage du grec et du latin, John Stuart Mill observait en 1867 que « la structure de chaque phrase est une leçon de logique… aucune langue européenne moderne n’offre une discipline aussi précieuse pour l’esprit ». De nombreuses affirmations de ce type ont été formulées au fil des décennies concernant les mérites d’une éducation classique. On dit que l'étude des langues, de la littérature et de l'histoire de la Grèce et de la Rome antiques favorise la pensée logique, facilite l'apprentissage d'autres langues et révèle des schémas instructifs de l'histoire, qu'il s'agisse de repérer la tyrannie ou de comprendre le déclin impérial.


Absurdité, rétorquent les détracteurs des lettres classiques. L'ensemble de cette discipline est imprégné de blanchité, de privilèges et de colonialisme, et a été inventé au XVIIIe siècle comme un mythe fondateur eurocentrique. Placer la Grèce et Rome au sommet de la hiérarchie culturelle mondiale et déclarer que les Européens en sont les héritiers, « pour régner sur les peuples du monde », comme l’écrivait Virgile à propos des Romains, a depuis été utilisé pour justifier toutes sortes de méfaits, par tous, de Cecil Rhodes à Mussolini. La discipline doit être actualisée et repensée — sous le nom d’« histoire ancienne mondiale » ou d’« études sur la Méditerranée antique » — ou peut-être abandonnée purement et simplement.

Que penser de tels arguments ? Les champs de bataille abondaient dans le monde classique, et aujourd’hui, la discipline elle-même en est devenue un. Il faut s’attendre à ce que Mary Beard, la classiciste la plus connue de Grande-Bretagne et professeure à Cambridge jusqu’à sa retraite en 2022, considère que son domaine mérite d’être défendu. Mais, de manière surprenante, elle rejette la plupart des arguments habituels en faveur des lettres classiques dès la deuxième page de son nouveau livre provocateur, « Talking Classics ». Au lieu de cela, telle une archéologue, elle cherche à mettre au jour la discipline sous les couches de discours qui l’entourent, et à en défendre la cause d’une manière nouvelle, sans recourir aux arguments traditionnels rebattus.

Son point de départ est le suivant : si l’on veut comprendre les similitudes et les différences entre le passé et le présent, le monde classique offre un terrain idéal (pour ainsi dire) pour une telle exploration. Contrairement à de nombreuses autres périodes de l’histoire, il offre à la fois une grande distance dans le temps et une abondance de témoignages qui ont survécu : « l’une des rares cultures du passé à être à la fois si lointaine et si proche ».

Il est facile, en lisant les graffitis de Pompéi ou les lettres de Cicéron, d’être séduit par la similitude que l’on peut percevoir chez les Romains. Mais c’est un piège, dit Mme Beard ; les gens du passé étaient aussi d’une étrangeté inconcevable, incompréhensible. (« Si c’est une fille », écrit un Romain à sa femme enceinte au Ier siècle, « jette-la. ») L’étude de l’Antiquité soulève des questions sur la mesure dans laquelle le passé peut jamais être compris — et sur la façon dont les gens du futur penseront et jugeront le monde moderne.

Cela nous amène à l’argument suivant de Mme Beard, à savoir que la littérature classique est pertinente parce qu’elle pose des questions qui comptent encore aujourd’hui. Cela ne veut pas dire que les Grecs et les Romains avaient tout compris. C’est un autre piège que de chercher dans les textes classiques des « réponses toutes faites aux problèmes contemporains », prévient-elle. Tacite a peut-être devancé Orwell de deux millénaires sur la manière dont le langage est subverti sous l’autocratie, mais il n’a pas de solution simple à proposer. En effet, les Grecs et les Romains étaient tout aussi susceptibles de donner de mauvaises réponses que n’importe qui.

Ce qui importe, c’est qu’ils aient posé de si bonnes questions. Plutôt que d’être un trésor de sagesse intemporelle à consulter, la littérature classique encourage le débat et la divergence d’opinions. Les lettres classiques offrent ainsi un cadre dans lequel discuter de questions pour lesquelles il n’existe pas de réponses simples et justes. Certes, on peut en dire autant d’autres disciplines des sciences humaines. Mais en étant utilement distantes du monde moderne, les lettres classiques peuvent servir de laboratoire où débattre de questions controversées.

Mais les lettres classiques ne sont-elles pas irrémédiablement entachées par les nombreuses façons dont elles ont été détournées ? Parmi ceux qui se sont approprié l’histoire et les symboles classiques, et les ont utilisés pour justifier leurs actions, on trouve des impérialistes, des fascistes (les faisceaux, un faisceau de verges de bois, étaient un symbole romain d’autorité) et même les manifestants du 6 janvier, qui arboraient des casques grecs et des slogans lorsqu’ils ont pris d’assaut le Capitole. Mais les lettres classiques ne sont pas « une drogue d’initiation qui vous entraîne sur une pente glissante vers la suprématie blanche », insiste Mme Beard, et « ne mènent pas automatiquement à l’adhésion à l’alt-right ». Étudier une culture lointaine n’équivaut pas à en approuver les aspects répréhensibles.En effet, cela peut être un moyen de les remettre en question, ainsi que les interprétations ultérieures qui en découlent. Dans cette optique, l’utilisation détournée de l’histoire classique est un atout, et non un handicap, car elle met en lumière des thèmes tels que la tyrannie, le colonialisme et l’impérialisme. Comme le fait remarquer Mme Beard, « les critiques les plus acerbes de l’empire proviennent de l’intérieur même des États impériaux ». Cela était certainement vrai pour Rome. Mais des travaux universitaires récents et fascinants ont également été menés sur le rôle de l’histoire classique dans les débats victoriens concernant l’Empire britannique. Pour certains Indiens instruits du XIXe siècle, par ailleurs, l’étude des lettres classiques était un moyen de mieux comprendre la mentalité de leurs suzerains coloniaux.

Mme Beard admet qu’il y a « de sérieuses questions à élucider » quant à l’utilisation des langues classiques en tant que « gardiennes des privilèges, des classes et de l’exclusion sociale ». Jusqu’en 1960, les étudiants postulant à Oxford ou Cambridge devaient posséder un diplôme de niveau secondaire en latin, quelle que soit la matière qu’ils souhaitaient étudier. (Le grec était également obligatoire jusqu’en 1920.) Mais ce n’est pas parce que les langues classiques ont autrefois été un outil d’exclusion sociale qu’elles ne méritent pas d’être étudiées aujourd’hui.

Qu’en est-il de l’idée selon laquelle les lettres classiques devraient être repensées et modernisées ? Les débats sur les limites de ce domaine remontent au XIXe siècle. Doit-il inclure l’archéologie ? Ou l’étude des épopées mésopotamiennes ? Ou le sanskrit ? Mais élargir le champ de cette discipline pour en accroître l’attrait et la portée — en y incluant des cultures non européennes, par exemple — serait une erreur, affirme Mme Beard. Ce n’est pas parce que les hommes blancs se sont longtemps reconnus dans le passé classique qu’il faut encourager les autres à commettre la même erreur.

Les défenseurs du statut particulier des lettres classiques diront qu’elle n’a pas été assez bienveillante envers la discipline. Ceux qui la dénoncent comme un bastion de privilèges diront qu’elle a été trop indulgente. Que l’on soit d’accord avec elle ou non, on ne peut douter de la verve des arguments de Mme Beard, présentés avec concision et ponctués d’éclats d’humour piquant. Plutôt que des réponses simples à des questions complexes, elle propose des questions encore plus complexes. C'est, en fait, exactement ce qu'elle affirme que les lettres classiques font elles-mêmes. Elles ne sont pas une source de réponses faciles ni une autorité incontestable, et elles ne sont pas non plus responsables des abus dont elles ont fait l'objet. L'argumentation de son livre incarne précisément le type de réflexion que l'étude des lettres classiques vise à encourager. 

Source : The Economist


mercredi 22 avril 2026

Silicon Valley : le marché des bébés sur mesure

Silicon Valley : le marché des bébés sur mesure. Aux États-Unis, une jeune entreprise propose à des parents en devenir de choisir parmi plusieurs embryons celui qui présente les caractéristiques génétiques les plus avantageuses selon eux.

lundi 20 avril 2026

Les hommes occidentaux partent à l’étranger pour trouver des épouses « traditionnelles »

Il y a quelques années, Mike s’est lassé des rencontres amoureuses aux États-Unis. « Beaucoup de femmes là-bas ont été conditionnées à penser qu’il est normal de mal traiter les hommes », affirme-t-il. Travaillant à distance, il a décidé de s’installer en Thaïlande, où son pouvoir d’achat est plus élevé, et où il a rencontré le type de partenaire qu’il recherchait. Il est aujourd’hui fiancé à une Thaïlandaise, Pafan. (Tous deux ont souhaité rester anonymes.)

Le couple publie régulièrement des vidéos pour leurs milliers d’abonnés. Dans l’une d’elles, devenue virale et intitulée « Point de vue : tu as une petite amie thaïlandaise », Pafan est agenouillée en train de couper les ongles de Mike. Celui-ci explique que la majorité de ses abonnés sont des hommes américains, souvent « impressionnés » par l’attention qu’elle lui porte.

Mike fait partie d’un nombre croissant d’hommes surnommés les « passport bros » [les potes à passeport] : de jeunes Occidentaux qui voyagent à l’étranger pour améliorer leurs perspectives amoureuses. Sur des forums, des chaînes YouTube ou TikTok, ils classent les pays selon leurs critères, en recommandant ceux où les femmes seraient les plus « féminines », « traditionnelles » et enclines à prendre soin des hommes. La Thaïlande, le Brésil, la Colombie, les Philippines et le Vietnam figurent parmi les destinations les plus prisées. « C’est le truc génial en 2026 », affirme Austin Abeyta, installé à Da Nang (Tourane, Viet-Nâm).

Si ce phénomène évoque une rencontre entre les années 1950 et la « manosphere » contemporaine — cet univers en ligne où les frustrations amoureuses masculines se transforment en critiques plus larges des femmes — ce n’est pas un hasard. Comme le rappelle l’historienne Beth Bailey, le rejet de certaines femmes américaines au profit de partenaires jugées plus « traditionnelles » n’est pas nouveau. Après la Seconde Guerre mondiale, près de 100 000 soldats américains ont épousé des femmes étrangères (surtout européennes), dans un contexte où les rôles féminins évoluaient fortement aux États-Unis.

Aujourd’hui, ce mouvement est facilité par le télétravail et les visas pour nomades numériques, permettant aux hommes de s’installer directement à l’étranger plutôt que de faire venir leur partenaire.

Pourquoi ce regain d’intérêt ? Certains hommes estiment que le marché des rencontres leur est devenu défavorable. Ils dénoncent notamment les applications comme Tinder ou Hinge, où une minorité de profils concentrerait l’attention. Des études montrent en effet une forte inégalité : selon certaines analyses, les 10 à 20 % des hommes les plus populaires reçoivent la majorité des interactions, laissant les autres en forte concurrence.

Un changement culturel plus large est également en jeu. Certains jeunes hommes adoptent des positions plus conservatrices et recherchent des partenaires perçues comme plus « dociles ». Une étude récente d’Ipsos menée dans une trentaine de pays indique que :
  • plus de 50 % des hommes de la génération Z estiment que l’égalité femmes-hommes est allée assez loin,
  •  environ 30 % pensent qu’une épouse devrait toujours obéir à son mari.

D’autres enquêtes confirment un malaise croissant : aux États-Unis, par exemple, près de 60 % des jeunes hommes déclarent se sentir ignorés ou désavantagés dans les relations amoureuses, tandis que la proportion d’hommes se déclarant célibataires est nettement plus élevée que chez les femmes dans les moins de 30 ans.

L’économie joue aussi un rôle important. Vivre à l’étranger permet parfois de retrouver un modèle familial traditionnel plus accessible financièrement. Aux États-Unis, soutenir un foyer avec un seul revenu est devenu difficile : ajusté à l’inflation, le pouvoir d’achat des jeunes hommes a stagné, tandis que le coût du logement a fortement augmenté. « Cela ne me dérange pas de sortir avec une femme pauvre », confie Justin, un autre « pote à passeport ». « C’est plus probable d’obtenir des rôles traditionnels dans ces conditions. »

Les critiques ne manquent pas. Certains accusent ces hommes d’exploiter les femmes ou d’alimenter le tourisme sexuel. D’autres estiment que les femmes sont attirées principalement par la perspective d’un passeport occidental. Mais la réalité est souvent plus complexe. Jewel Clyte, la petite amie philippine d’Austin Abeyta, affirme par exemple ne pas vouloir vivre aux États-Unis, tout en reconnaissant que leur relation lui apporte une sécurité financière qu’elle n’aurait peut-être pas trouvée localement.

Source principale : The Economist

Lors de son homélie au Cameroun, le pape Léon XIV a encouragé les jeunes à ne pas émigrer

Lors de son homélie au Cameroun, le pape Léon XIV a encouragé les jeunes à NE PAS ÉMIGRER, mais à rester pour contribuer au développement de leur pays.

samedi 18 avril 2026

« Trans genre » : Le triomphe de l’amour et de la patience

Un texte de Joseph Facal paru dans le Journal de Montréal. 

Une vraie belle histoire, ça vous dirait, pour faire changement ?

Je vous parlais l’autre jour du documentaire de Jean-Pierre Roy intitulé Génération trans. [Dès 14 ans, au Québec, un enfant peut décider qu’il appartient au « mauvais sexe » et entreprendre seul une transition de genre. Nul besoin de consentement parental, sous prétexte que certains parents pourraient fort mal réagir. Le documentaire met en lumière l’omerta (ou le silence/refus de s’exprimer) d’une partie du corps médical et des ordres professionnels : le réalisateur a tenté d’interviewer le Collège des médecins, l’Ordre des psychologues et d’autres, qui ont refusé ou sont restés très discrets. Il est centré sur les témoignages de parents (surtout des mères) démunis face à la rapidité du processus, aux discours d’« affirmation de genre » immédiate, et aux risques d’irréversibilité. Il questionne le modèle d’affirmation rapide, l’influence des lignes directrices comme celles de WPATH, et le manque de réelle évaluation psychologique approfondie dans certains cas..]



Le film est centré sur les témoignages de parents d’enfants d’âge mineur qui disent vouloir « changer de sexe » parce qu’ils seraient nés « dans le mauvais corps ».

Ces parents racontent comment notre système psycho médical et légal s’emballe dès que l’enfant émet ce souhait.

Angoisse

Dans la foulée, une mère qui avait pris contact avec moi il y a trois ans m’a écrit de nouveau.

Elle avait alors une fille de 14 ans qui avait commencé à se dire garçon.

À l’époque, elle écrivait :

« Jamais ma fille n’avait démontré de malaise face à son corps. Ma fille s’est liée avec une fille qui se disait garçon et quelques mois après, ma fille se disait aussi garçon [...]. Nous sommes tellement angoissés par cette situation. Cela occupe toutes nos pensées ».

Elle ajoutait :

« Je discute avec énormément de parents de partout dans le monde qui sont touchés par la situation. Ces enfants ont pas mal tous le même profil. Ils n’ont jamais ressenti de malaise face à leur corps, sont anxieux, manquent de confiance en eux, [ont des] difficultés à se faire des amis, en pleine puberté, ils sont mal à l’aise dans leur corps, à la recherche d’un sentiment d’appartenance à quelque chose. »

Trois ans plus tard, elle m’écrit :

« Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous donner des nouvelles, car le dénouement de notre histoire peut être porteur d’espoir pour des parents qui vivent ce que nous avons vécu. [...] Celle qui était alors sombre, anxieuse, peu sûre d’elle et victime d’intimidation est devenue une jeune fille lumineuse et épanouie. Elle a dorénavant un grand cercle d’amies, elle est appréciée de ses pairs et elle a retrouvé une immense confiance en elle. Nous sommes d’ailleurs plus proches que jamais, nous passons énormément de temps ensemble. »

Elle dit ensuite :

« Nous ne pouvons nous empêcher de nous demander : où en serait-elle si nous l’avions encouragée dans un changement de nom et de genre à l’école ? Où en serait-elle si nous avions couru chez le médecin pour obtenir des bloqueurs de puberté ? Nous savons qu’elle n’aurait pas ce bien-être actuel et que sa vie serait inutilement complexifiée par des décisions médicales irréversibles ».
Espoir

Je la laisse conclure :

« Notre fille traversait une forme de crise d’adolescence – une crise qui, si elle est encouragée plutôt que simplement accompagnée, peut avoir des répercussions sur une vie entière. Aujourd’hui, que ce soit dans son attitude, sa personnalité ou sa présentation, c’est comme si cet épisode n’avait jamais existé. Nous n’en reparlons jamais, car nous savons que cela la gênerait et ce n’est tout simplement pas nécessaire. »

La dysphorie de genre existe, mais elle est rarissime, sans commune mesure avec les troubles communs de l’adolescence.

L’amour et la patience ont triomphé.

vendredi 17 avril 2026

Masquer la réalité démographique par les statistiques (New York Times)

Le 9 avril 2026, le New York Times publiait dans sa rubrique The Upshot (Résumé) un article intitulé « Women in Their 20s May Not Be Having Babies, but by 45 Most Probably Will » (« Les femmes dans la vingtaine n'ont peut-être pas encore d'enfants, mais à 45 ans, elles en auront très probablement. ») 

Accompagné d’un graphique percutant, il mettait en avant un phénomène apparemment rassurant : depuis 2007, les naissances chez les femmes de 20 à 29 ans ont fortement baissé en pourcentage, tandis que celles chez les femmes de 35 ans et plus ont augmenté. 

Traduction du graphique « rassurant » du New York Times

Le message implicite ? Les Américaines reportent simplement leur maternité vers un âge plus avancé, et les courbes se compensent.Une lecture attentive du graphique semblait même suggérer un équilibre : les baisses chez les jeunes étaient joliment contrebalancées par les hausses chez les plus âgées. Un récit optimiste, presque réconfortant, dans un contexte de fécondité américaine en chute libre (le taux global a atteint un nouveau record bas en 2025).

Pourtant, ce n’est qu’une illusion statistique. 

Quelques jours plus tard, l’économiste Paul Novosad, professeur à Dartmouth, a repris exactement le même graphique… mais en nombres absolus de naissances plutôt qu’en pourcentages. Le résultat est saisissant : les baisses massives chez les 15-29 ans (plus de 1,2 million de naissances en moins depuis 2007) ne sont compensées que par une modeste hausse d’environ 123 000 naissances chez les 35 ans et plus. Loin de s’équilibrer, le solde est un déclin net dramatique.

Le piège ? Utiliser la variation en pourcentage. 

Quand la base de départ est très faible (les naissances après 40 ans étaient déjà rares en 2007), une augmentation de 50 % paraît spectaculaire… alors qu’elle représente à peine quelques milliers de bébés supplémentaires. À l’inverse, une baisse de 30 % chez les 20-24 ans, où la base est beaucoup plus élevée, cache des centaines de milliers de naissances perdues.Ce n’est pas une simple erreur de présentation. C’est un classique de la manipulation par les chiffres : choisir l’unité qui appuie la théorie que l'on veut faire admettre.

Ici, le New York Times a transformé un effondrement démographique en une simple « évolution des habitudes ».

Comme le rappelait avec ironie Paul Novosad : pour compenser la chute des naissances chez les jeunes, il faudrait non pas une hausse de 50 %, mais une augmentation de 2000 % chez les femmes de plus de 40 ans. Ce que la biologie rend impossible.

Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les gros mensonges et les statistiques.

— Benjamin Disraeli (souvent attribué à Mark Twain)

jeudi 16 avril 2026

Défaite électorale des nationalistes québécois dans un ancien bastion proche de Montréal

Mathieu Bock-Côté revient dans une chronique publiée dans le Journal de Montréal sur la défaite du Bloc Québécois à Terrebonne lors des élections du 15 avril 2026, une circonscription autrefois vue comme une forteresse nationaliste.  Terrebonne est à vol d'oiseau à environ 25 km du centre-ville de Montréal, 30 km par la route.

Les limites de Terrebonne sont accentuées d'un trait gras, au nord-est de Montréal.

L'auteur explique cette chute par les changements démographiques causés par l'immigration massive, les communautés issues de l'immigration votant majoritairement pour le Parti libéral du Canada. Bock-Côté conclut que les nationalistes doivent stopper l'immigration élevée pour éviter une transformation structurelle défavorable au projet souverainiste au Québec.

L'auteur n'adresse pas la très faible natalité des Québécois y compris des natalistes (faites le tour vous verrez, souvent, ils ont pas ou peu d'enfants). Serait-il temps d'une autocritique des nationalistes sur ce sujet ?

Position du Québec dans les pays occidentaux / OCDE quant à la natalité

Dans les pays de l’OCDE (les pays occidentaux développés), l'Indice synthétique de fécondité (ISF) du Québec 1,33 enfant/femme se situe dans la partie basse du classement, mais pas parmi les tout derniers.  La moyenne OCDE est autour de 1,40-1,51 selon les années récentes (2022-2024), en forte baisse continue depuis des décennies. 

Plusieurs pays sont nettement plus bas : Corée du Sud (0,7), Italie, Espagne, Japon, Pologne, Lituanie (1,1-1,3).  Ce sont des pays constitués (pas une province non autonome) avec un véritable unilinguisme au pays (ce n'est pas le cas du Québec où tout est fait pour pouvoir vivre en anglais).

Le Canada dans son ensemble est autour de 1,25-1,33 selon les dernières données.  

La France reste l’un des plus élevés en Europe (~1,6), tout comme certains pays nordiques ou Israël (de loin le leader).

En résumé : 1,33 est typique des pays occidentaux à faible fécondité (Canada, une bonne partie de l’Europe du Sud et de l’Est), bien en dessous du seuil de remplacement des générations (2,1). C’est un niveau qui entraîne un déclin naturel de la population sans immigration. 

Comparaison avec Israël

Israël est l’exception absolue parmi les pays de l’OCDE : son ISF est d’environ 2,9 enfants par femme (données 2023-2024), le plus élevé du groupe et stable depuis des décennies (jamais descendu sous 2,8). 

C’est plus du double du Québec ou de la moyenne OCDE. Cette fécondité élevée est portée en grande partie par les communautés ultra-orthodoxes (haredim), dont l’ISF dépasse 6 enfants par femme, et par les juifs religieux en général. Les juifs séculiers ont un ISF plus bas (~2,0-2,4), mais toujours supérieur à la moyenne occidentale. 



Minorités nationales, ethniques ou religieuses qui croissent

Les minorités qui « savent que leur avenir est hypothéqué » sans une forte natalité ont une forte natalité:

Haredim (juifs ultra-orthodoxes) en Israël : TFR 6-7 ; ils doublent leur population tous les 18-20 ans grâce à une culture religieuse qui valorise explicitement les familles nombreuses comme devoir de survie du peuple juif. 
  
Amish aux États-Unis : TFR historiquement autour de 6-7 ; communauté fermée qui voit la grande famille comme garantie de perpétuation culturelle face à la modernité.

Certaines communautés musulmanes en Europe ou en Israël (même si en baisse récente) : taux initialement plus élevés que les populations natives, souvent liés à des normes religieuses et à un sentiment de préservation identitaire en contexte minoritaire. 
  
D’autres exemples : sikhs, mormons pratiquants, ou certaines minorités ethniques en Occident qui maintiennent des taux supérieurs à 2,5-3,5 pour des raisons culturelles/religieuses similaires.

Le mécanisme est le même partout : quand un groupe perçoit son identité ou sa survie comme menacée (histoire, environnement hostile, dilution démographique), la fécondité reste élevée ou même augmente chez les plus religieux/pratiquants. 

C’est un phénomène empirique bien documenté en démographie : les minorités « conscientes de l’enjeu » investissent dans la natalité comme stratégie de pérennité. 

À l’inverse, les populations majoritaires sécularisées et sans ce sentiment d’urgence (comme une large partie des Québécois francophones) voient leur ISF chuter sans réagir. Le sujet est presque tabou. C’est exactement le débat soulevé dans la chronique que vous relayiez : une fécondité structurellement basse (1,33) combinée à une immigration massive transforme le rapport de forces démographique, même si les minorités immigrantes finissent souvent par converger vers des taux plus bas à la 2e génération. Israël montre qu’une forte identité collective peut maintenir une fécondité élevée même dans un pays moderne et développé.

Voir aussi

Le taux de natalité chute plus fortement parmi les progressistes que chez les conservateurs

Progressisme — Les femmes enceintes, ça me dérange