mercredi 10 juin 2026

Démographie : l'Inde ne fait plus assez d'enfants pour remplacer ses générations

« Vous faites trop d’enfants. » Pendant des décennies, ce message brutal a été martelé dans l’esprit des Indiens par leurs dirigeants, avec la complicité de donateurs étrangers malavisés. Dans les années 1960, des slogans affichés sur les bâtiments scolaires réprimandaient les parents en leur disant : « Deux ou trois enfants, ça suffit ». Dans les années 1970, les autorités ont pris un tournant plus cruel, supervisant la stérilisation de millions de jeunes adultes, généralement pauvres, souvent de force. Mais lorsque les manuels scolaires indiens seront réimprimés cet été, ils véhiculeront un message très différent. Ils mettront en garde non pas contre les dangers d’avoir trop d’enfants, mais contre les risques d’en avoir trop peu.

En effet, le pays le plus peuplé du monde connaît actuellement une baisse de la natalité (voir graphique). L’Inde affiche un indice synthétique de fécondité (ISF), qui mesure le nombre d’enfants par femme, de 1,9 et en baisse. Ce chiffre est inférieur au taux de remplacement, d’environ 2,1, nécessaire pour assurer la stabilité démographique à long terme. Dans plusieurs États indiens, l’ISF correspond désormais aux faibles taux observés dans les pays européens riches. Le Tamil Nadou, un État industrialisé du sud, et le Bengale occidental, un État très peuplé de l’est, ont chacun le même taux de fécondité (1,3) que la Finlande. Le Maharashtra, un grand État occidental englobant Bombay, est au même niveau que la Norvège (1,4). Quand on pensait à la démographie indienne, la Scandinavie n’était pas le point de référence qui venait à l’esprit. Elle le deviendra de plus en plus.

La population indienne continuera de croître à partir de son niveau actuel de 1,45 milliard : il faut du temps pour que la baisse des naissances se traduise par une diminution globale de la population. Mais le nombre de naissances a déjà baissé d’un cinquième par rapport à son pic de 2001. Au Tamoul Nadou, 1 200 écoles ont fermé l’année dernière faute d’élèves pour remplir leurs salles de classe. Ceux qui s’y rendent se présentent de plus en plus souvent sans frères ni sœurs. Le gouvernement craint que l’Inde ne vieillisse avant de s’enrichir – que le pays suive une trajectoire similaire à celle de la Chine, où la population a déjà atteint son pic et commence à décliner. Certains politiciens proposent des aides financières pour encourager les Indiens à procréer.

La transition démographique de l’Inde est l’exemple le plus frappant d’une tendance mondiale. Car ce ne sont plus seulement les pays riches où les familles ont peu d’enfants, voire aucun. Plus des deux tiers de tous les pays se situent désormais en dessous du taux de remplacement. Les pays à revenu intermédiaire comme le Brésil, l’Iran, la Thaïlande et la Turquie se situent bien en dessous depuis des années. Les pays plus pauvres les rejoignent progressivement. Le Sri Lanka affiche un indice synthétique de fécondité (ISF) de seulement 1,3 ; celui de la Tunisie est de 1,6. Le Maroc est aussi passé sous le seuil de renouvellement des générations. Nairobi, la capitale du Kenya, pourrait être proche de ce seuil. Dans de nombreux endroits, les taux de natalité s’effondrent bien que le mariage reste quasi universel et même si peu de femmes occupent un emploi formel.

L’Inde illustre également pourquoi ce déclin mondial se produit. La baisse des taux de mortalité infantile fournit une explication : les parents n’ont pas besoin d’avoir autant d’enfants s’ils peuvent être sûrs qu’ils atteindront tous l’âge adulte. Mais les démographes ont depuis longtemps montré que ce qui compte vraiment, c’est l’éducation des filles. La scolarisation permet aux filles d’acquérir plus d’autonomie et d’avoir davantage leur mot à dire dans les décisions de la vie. [C'est une explication un peu simple, voir encadré ci-dessous, l'urbanisation a sans doute un rôle au moins aussi grand.] Ce n’est pas un hasard si, dans les années 1990, l’Inde et une grande partie de l’Afrique ont connu une forte augmentation du nombre de filles scolarisées. Ce n’est que dans les rares endroits où la plupart des filles ne suivent toujours pas d’enseignement formel – comme au Niger, dans le nord du Nigeria ou au Tchad – que la fécondité n’a pratiquement pas évolué.

L’éducation fait également baisser la fécondité d’une autre manière. Plus les parents ont de l’ambition, plus ils doivent investir dans chaque enfant. Cette dynamique s’accélère lorsque les écoles publiques sont en très mauvais état. Il est remarquable de constater que 39 % des enfants indiens fréquentaient des écoles payantes l’année dernière, contre 32 % en 2015. Les parents sont pris dans une course à l’armement éducatif. Si vos voisins ont peu d’enfants et dépensent davantage pour leur éducation, [vous pourriez penser que] les vôtres seront désavantagés à moins que vous ne fassiez de même.

Les influences extérieures se propagent également plus facilement qu’auparavant. Une étude a montré comment l’arrivée de la télévision par câble dans les villages indiens dans les années 2000 a entraîné une légère baisse de la fécondité. Les feuilletons télévisés mettant en scène des femmes urbaines issues de la classe moyenne et ayant des familles peu nombreuses ont peut-être fait évoluer les normes (même si certains se demandent si les gens ne se contentaient pas de regarder la télévision plutôt que d’avoir des relations sexuelles). Le téléphone intelligent est un outil encore plus puissant – et distrayant – pour faire découvrir le mode de vie de leurs pairs plus aisés aux populations plus pauvres.

Quelle qu’en soit la cause précise, la baisse de la natalité a des implications majeures. L’ONU, qui tente de prévoir ce genre de choses, n’a pas pris en compte la rapidité du déclin de la fécondité dans ses prévisions centrales pour la population mondiale. Sa prévision la plus basse est probablement la plus précise. Cela suggère que la population indienne atteindra un pic d’environ 1,6 milliard dans une vingtaine d’années, puis reculera de manière spectaculaire pour s’établir à un peu moins d’un milliard avant la fin du siècle. L’Asie dans son ensemble pourrait également atteindre son apogée dans les années 2040. Quant au pic de la population humaine totale, il surviendra probablement plus tôt que la plupart ne le pensent, peut-être même dans les années 2050, car l’Afrique ne sera pas aussi peuplée qu’on le pensait auparavant. Dans les régions les plus mal gérées et les plus en proie aux conflits, la fécondité restera élevée. Mais la leçon à tirer de l’Inde est qu’il faut considérer avec un scepticisme de mise les prévisions d’un avenir où il y aurait 500 millions de Nigérians ou 3,8 milliards d’Africains.

mardi 9 juin 2026

Encyclopédie des euphémismes contemporains et autres manipulations militantes de la langue

Éducation positive, antifascisme, écriture inclusive, justice sociale, bienveillance... Qui peut aujourd’hui contester ou simplement questionner ces mots magiques ? 

Chargés d’idéologie, ils envahissent les médias, les universités, les institutions. Le prétendu néoprogressisme a ainsi fait du vocabulaire son terrain de lutte, « en empêchant parfois de dire, en contraignant souvent à dire autrement, donc à ne pas dire vraiment ».

Selon les zélateurs du politiquement correct il ne s’agit pas d’une censure, mais d’une adaptation du langage à des objectifs moraux, pédagogiques ou sociaux. 

Selon eux, les mots influencent les représentations et les comportements ; agir sur le langage serait un moyen légitime d’agir sur les relations humaines.Cette logique conduit au contrôle du discours ; certaines expressions deviennent socialement ou institutionnellement inacceptables, non parce qu’elles seraient fausses, mais parce qu’elles sont jugées inappropriées. 

Il s’agit de mettre en place une véritable police de la langue. Hannah Arendt, Orwell, Aron, Klemperer, Chomsky, Eco, ont montré comment la régulation du langage sert à éliminer la pensée critique, uniformiser les esprits et imposer une idéologie.

Publiée sous la direction de Sami Biasoni aux éditions du Cerf, l’Encyclopédie des euphémismes contemporains et autres manipulations militantes de la langue recense un certain nombre de mots ou néologismes ayant connu des glissements sémantiques sous l’effet de revendications politiques. Les contributeurs, historiens, philosophes, linguistes, professeurs, avocats, journalistes, nous invitent à retrouver l’esprit critique et le courage face à la dictature de la pensée unique.

Source : DLF






L’éducation à l’époque de Cicéron : éloquence, traditions et châtiments

 

 

 Si aujourd'hui le système éducatif est organisé par l'État, du temps de la République romaine, l’instruction relève de la prérogative du père de famille. Sans écoles, sans programmes et sans professeurs diplômés, à quoi peut bien ressembler la “scolarité” des jeunes Romains ? Les jeunes filles y ont-elles accès ? Quels sont les impacts des bouleversements politiques et sociaux sur l’éducation lors du passage de la République à l’Empire ?

Pour Storiavoce, Jean-Noël Robert témoigne de pratiques éducatives réservées à une élite, centrées sur la transmission de traditions et l’imprégnation religieuse. D’abord domaine réservé du père, l’enseignement est peu à peu confié à des grammairiens, rhéteurs et pédagogues, en écrasante majorité des esclaves grecs ! Avec des méthodes éducatives parfois violentes, ils cherchent à former de futurs sujets politiques. À la fin de la République, les profondes mutations dans l’éducation inquiètent les Anciens, qui désespèrent - déjà ! - de l’oisiveté de la jeunesse. 

L’invité : Latiniste et historien spécialiste de Rome, Jean-Noël Robert dirige la collection Realia. Il est l’auteur de L'Éducation des jeunes Romains au temps de Cicéron (Les Belles Lettres, 240 p., 23€).         


lundi 8 juin 2026

Pédophilie, viols : les crèches et le périscolaire parisien n'est ni un accident, ni une surprise

Ce qui s'est passé dans les crèches et le périscolaire parisien n'est ni un accident, ni une surprise. C'est le résultat d'années d'imprudence, d'indifférence et de déni politique, selon Anne Coffinier.

Dans cette vidéo, elle analyse ce drame à deux niveaux :
  • Les faits eux-mêmes — leur nature monstrueuse, mais surtout leurs conséquences à long terme sur les enfants victimes, dont on parle trop peu.
  • Le scandale dans le scandale — comment notre système judiciaire, sous-doté en juges, et notre classe politique parisienne, alertée dès 2015, ont collectivement failli.
Des rapports d'inspection existaient. Des élus ont tiré la sonnette d'alarme. Et pourtant, rien n'a vraiment changé. Pour Anne Coffinier, il est temps d'en parler sans détour.


dimanche 7 juin 2026

Au Québec, les deux sexes veulent 2 enfants en moyenne (mais ils n'en ont que 1,36)

Le rapport Home Alone publié par Cardus propose une réflexion particulièrement riche sur la crise démographique canadienne. Là où beaucoup d’analyses expliquent la chute de la natalité par un simple changement de préférences individuelles, les auteurs défendent une thèse plus nuancée : la plupart des Canadiens ne rejettent pas l’idée de la famille. Une grande partie d’entre eux souhaiteraient même avoir davantage d’enfants qu’ils n’en auront réellement.




Le contraste entre désir et réalité est au cœur du rapport. Le Canada affiche aujourd’hui l’un des taux de fécondité les plus faibles au monde, avec environ 1,25 enfant par femme. Pourtant, les données recueillies par Cardus montrent que les femmes canadiennes disent idéalement souhaiter près de 2 enfants, et que leurs intentions déclarées demeurent elles aussi nettement supérieures au niveau réel des naissances. Plus de la moitié des hommes et des femmes interrogés affirment d’ailleurs que leur famille est actuellement plus petite qu’ils ne l’auraient voulu.

samedi 6 juin 2026

Un patient ayant recours au suicide médicalement assisté gémit « Aidez-moi » avant qu'on le fasse mourir

Un patient ayant recours à « l'aide médicale à mourir » gémit « Aidez-moi » avant de mourir, car le sédatif n'a pas agi correctement.

« Ils ont vu leur père souffrir physiquement et psychologiquement, et ces derniers souvenirs resteront gravés dans leur mémoire »

Un homme de l'Ontario a gémi, grimacé et répété « Aidez-moi » alors qu'il subissait une aide médicale à mourir, car l'un des médicaments n'a pas produit le niveau de sédation escompté, le laissant initialement conscient.

Cette complication inattendue, dont sa famille a été témoin, illustre les risques rares mais potentiels liés à l’aide médicale à mourir (AMM) dont, selon les experts, les personnes devraient être informées lorsqu’elles consentent à l’aide à mourir.

Aucune procédure médicale ne présente un risque nul de complications ou de résultats inattendus, a déclaré la Dre Ramona Coelho, médecin de famille et ancienne membre du comité d’examen des décès par AMM du Bureau du coroner en chef de l’Ontario.

« Pourtant, certains cliniciens pratiquant l’aide médicale à mourir présentent publiquement les décès par aide médicale à mourir comme étant systématiquement paisibles, beaux et sans complications », a-t-elle déclaré.

« Cela ne reflète pas fidèlement la réalité et risque d’influencer les décisions concernant l’aide médicale à mourir » en se basant sur une représentation idéalisée de l’aide à mourir, a déclaré Mme Coelho.


vendredi 5 juin 2026

Carte de la fécondité (enfants par femme) en Europe en 2025



Les accusations fédérales américaines visant le Southern Poverty Law Center (SPLC)

Les accusations fédérales visant le Centre juridique contre la pauvreté dans le Sud (SPLC) en 2026 jettent une lumière particulièrement troublante sur certaines méthodes employées au nom de la lutte contre l’extrémisme. Longtemps présenté comme une référence morale et institutionnelle dans le combat contre les groupes suprémacistes blancs, le SPLC est aujourd’hui accusé par le Département de la Justice américain (DOJ) d’avoir entretenu, financé et parfois facilité les activités mêmes qu’il dénonçait publiquement.


Selon l’acte d’accusation fédéral, le SPLC aurait mis en place, pendant plus d’une décennie, un vaste système de paiements clandestins à des membres ou dirigeants de groupes extrémistes infiltrés comme «informateurs». Les montants évoqués atteindraient plusieurs millions de dollars entre 2010 et 2023. Une partie de ces fonds aurait transité par des sociétés-écrans, des comptes dissimulés ou des intitulés administratifs trompeurs destinés à masquer la véritable nature des dépenses.

L’un des éléments les plus frappants du dossier concerne l’usage présumé de fausses descriptions professionnelles pour dissimuler ces paiements. Selon les procureurs, certains bénéficiaires liés à des groupes néo-nazis ou au Ku Klux Klan apparaissaient dans les documents comptables sous des appellations anodines ou fictives, comme des spécialistes de livres rares (« rare books specialists ») ou des consultants indépendants. L’accusation soutient que ces mécanismes avaient pour but de tromper les banques, les auditeurs et surtout les donateurs du SPLC sur la destination réelle des fonds.

Le DOJ affirme également que certains informateurs n’étaient pas de simples observateurs passifs infiltrés dans des organisations extrémistes, mais des acteurs pleinement intégrés à leur fonctionnement. Des remboursements auraient notamment concerné l’achat de robes et capuches du KKK, du matériel utilisé lors de « incendies de croix » (croix brûlées), ainsi que diverses dépenses logistiques liées à des rassemblements ou à des activités de recrutement.

Plus troublant encore, les procureurs soutiennent que certains individus ayant exprimé le souhait de quitter ces organisations auraient été incités à y rester afin de préserver leur utilité comme sources rémunérées. Autrement dit, selon l’accusation, l’objectif n’aurait pas seulement été de surveiller des groupes extrémistes existants, mais aussi de maintenir actifs certains réseaux afin de continuer à produire du renseignement ou des sources d'incidents — et, indirectement, la justification de la mission du SPLC lui-même.

Le cas de l’informateur désigné « F-37 » occupe une place centrale dans l’acte d’accusation. Cet individu, rémunéré pendant plusieurs années par le SPLC à hauteur de plusieurs centaines de milliers de dollars selon les procureurs, aurait participé aux discussions préparatoires entourant le rassemblement « Unite the Right » de Charlottesville en août 2017. D’après le DOJ, il faisait partie de canaux de coordination utilisés par les organisateurs, aurait contribué à certains aspects logistiques du déplacement de militants et publiait des contenus racistes dans le cadre de ses activités d’infiltration ou de provocation.

C’est ici que l’affaire prend une dimension particulièrement sensible. La défense du SPLC affirme que ces méthodes relevaient de techniques classiques d’infiltration destinées à surveiller des groupes potentiellement violents et à transmettre des renseignements aux autorités. Mais les procureurs suggèrent une lecture beaucoup plus grave : celle d’une organisation qui aurait dépassé la simple observation pour devenir, dans certains cas, un acteur indirect du maintien ou de la dynamique de ces mouvements.

Les critiques du SPLC vont plus loin encore. Elles soulignent que l’organisation a connu une croissance financière spectaculaire au cours des années marquées par la forte médiatisation de la montée de l’extrême droite américaine. Pour ses détracteurs, cette coïncidence alimente une question dérangeante : une organisation dont les ressources, l’influence médiatique et la capacité de collecte de fonds dépendent largement de l’existence d’une menace extrémiste peut-elle être tentée d’entretenir, consciemment ou non, l’écosystème qu’elle combat publiquement ?

Les procureurs ne prétendent pas que le SPLC aurait « créé » à lui seul le suprémacisme blanc américain. En revanche, l’acte d’accusation suggère qu’en rémunérant durablement certains militants radicaux, en finançant indirectement certaines de leurs activités et en maintenant sous perfusion des réseaux infiltrés, l’organisation aurait contribué à préserver ou amplifier des structures extrémistes dont elle tirait parallèlement une partie importante de sa légitimité publique et de ses revenus.

Le SPLC rejette catégoriquement ces accusations et plaide non coupable. L’organisation soutient que les paiements incriminés relevaient d’opérations de renseignement indispensables pour prévenir des violences et surveiller des groupes dangereux. Elle affirme également avoir coopéré avec les forces de l’ordre fédérales et considère les poursuites comme politiquement motivées.

Le procès devra déterminer si ces pratiques relevaient d’un programme d’infiltration agressif mais légal, ou si elles ont franchi une ligne plus grave : celle où la lutte contre l’extrémisme cesse d’être une simple surveillance pour devenir un système contribuant lui-même, directement ou indirectement, à la survie des mouvements qu’il prétend combattre.

 L'issue judiciaire est incertaine, et cette poursuite est engagée par une administration Trump notoirement hostile à l'organisation. Ces réserves sont nécessaires. Mais elles ne dissolvent pas la question structurelle. La SPLC dispose d'un patrimoine de plus de 700 millions de dollars. Son modèle économique dépend des dons, lesquels dépendent de la visibilité de la menace raciste. Une organisation qui combat le racisme et qui dépend financièrement de l'existence du racisme a, structurellement, davantage intérêt à étendre la définition du problème qu'à le résoudre. 

Historique de critiques et de controverses

Le Southern Poverty Law Center (SPLC) fait depuis longtemps l’objet de critiques l’accusant d’avoir progressivement évolué d’un organisme de surveillance des mouvements extrémistes vers une organisation militante fortement polarisée, centrée sur la collecte de fonds et la mobilisation politique.

Une définition controversée des « groupes haineux »

L’un des principaux reproches adressés au SPLC concerne l’extension progressive de la catégorie des « groupes haineux ». Ses détracteurs lui reprochent de ne plus se limiter à des organisations explicitement néonazies ou suprémacistes, mais d’y inclure également des associations conservatrices traditionnelles engagées dans les débats sur l’avortement, la religion, l’identité sexuelle ou l’éducation.

Parmi les organisations régulièrement citées figurent notamment Family Research Council, Alliance Defending Freedom, certains groupes opposés à l’avortement ou encore Moms for Liberty. Les critiques estiment que cette classification contribue à placer sur un même plan des mouvements violents et des organisations participant au débat public légal et institutionnel.

Selon ces observateurs, cette extension de la notion de « haine » aurait pour effet de gonfler artificiellement les statistiques sur l’extrémisme tout en servant à discréditer des adversaires idéologiques. Plusieurs médias ou commentateurs non conservateurs, y compris dans des publications comme Politico ou The New Yorker, ont également exprimé des réserves sur certaines méthodes ou classifications employées par le SPLC.

Crises internes et accusations de culture toxique

Le SPLC a aussi été secoué par d’importantes controverses internes. En 2019, son cofondateur Morris Dees a été licencié dans un contexte marqué par des accusations de harcèlement sexuel, de discrimination raciale et de mauvaise gestion interne.

À la suite de son départ, plusieurs employés et anciens salariés ont décrit une culture organisationnelle qu’ils jugeaient toxique, dénonçant notamment des tensions raciales, des comportements sexistes et un écart important entre le discours public de l’organisation et son fonctionnement interne.

Ces révélations ont provoqué une crise majeure de gouvernance et conduit le SPLC à annoncer plusieurs réformes administratives et structurelles.

Critiques sur la gestion financière et les campagnes de collecte

Le SPLC est également critiqué pour l’ampleur de ses ressources financières. L’organisation dispose depuis plusieurs années de revenus annuels très élevés ainsi que d’importantes réserves financières et patrimoniales.

Ses détracteurs soutiennent qu’une part relativement limitée de ces ressources serait consacrée à des actions judiciaires directes ou à une assistance concrète aux victimes, comparativement aux montants investis dans la communication, la collecte de fonds et le développement institutionnel.

L’organisation est ainsi régulièrement accusée d’utiliser des campagnes de sensibilisation alarmistes sur la montée de l’extrémisme afin de stimuler les dons et d’entretenir un climat d’urgence favorable à ses activités de financement. Le SPLC rejette ces accusations et affirme que ses ressources sont nécessaires pour assurer la surveillance des mouvements extrémistes, produire des recherches, soutenir des actions éducatives et financer des procédures judiciaires de longue durée.

Des relations souvent jugées complaisantes avec les grands médias de gauche

Libye : un front uni contre l’installation des migrants illégaux

Les manifestants se disent opposés à tout accord avec l’Italie sur l’installation des réfugiés en Libye.


Libye : un front uni contre l’installation des migrants irréguliers – Le Grand Mufti, les institutions politiques et la société exigent des expulsions. 

Dans un rare élan de convergence politique et religieuse, les principales autorités libyennes affichent une position ferme contre toute forme d’installation durable des migrants subsahariens sur leur territoire. À la veille de l’été 2026, période traditionnellement marquée par une hausse des départs vers l’Europe, ce durcissement du climat anti-migrants en Libye mérite une attention particulière. 

Le message du Grand Mufti Sadiq al-Gharyani

Le déclencheur le plus visible de cette mobilisation est l’intervention, le 3 juin 2026, du Grand Mufti de Libye, le cheikh Sadiq al-Gharyani (ou al-Ghariani), lors de l’émission « L’Islam et la Vie » diffusée sur la chaîne Tanasuh TV, sur laquelle il exerce une forte influence. Dans un discours clair et détaillé, le plus haut dignitaire religieux sunnite du pays a dénoncé sans ambages l’action de la Commission des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). 

Selon lui, cette organisation opère illégalement en Libye, son objectif réel étant de sédentariser les migrants irréguliers sur place afin de protéger l’Europe des flux migratoires. Il a appelé l’État libyen à l’expulser « immédiatement ». Le mufti a également exhorté les ministères de l’Intérieur et du Travail à appliquer strictement les lois sur la main-d’œuvre étrangère : obligation pour chaque travailleur de détenir une carte d’enregistrement, des certificats médicaux et des documents légaux en règle. Il a mis en garde contre le laxisme aux frontières, qui constitue, selon lui, une menace directe pour la sécurité et la stabilité du pays. 

Tout en affichant sa fermeté, le Grand Mufti a toutefois condamné les appels à la violence et les actes de « voyoucratie » contre les migrants, les jugeant illicites d’un point de vue religieux et susceptibles d’être exploités par la communauté internationale.

Un consensus institutionnel rare

Cette prise de position religieuse s’inscrit dans un mouvement plus large. Le Conseil d’État supérieur a explicitement rejeté tout projet d’installation de migrants en Libye. La Chambre des représentants (basée à l’est) et le ministre des Affaires étrangères partagent cette ligne, créant un front inhabituel entre des acteurs souvent rivaux. 

Sur le terrain, la pression sociale s’intensifie. À Zuwara, ville côtière de l’ouest libyen historiquement liée aux réseaux de passeurs, les autorités municipales ont imposé un couvre-feu nocturne aux étrangers. Des manifestations ont également eu lieu à Tripoli devant les locaux de l’UNHCR, reflétant un mécontentement populaire croissant face à une présence migrante perçue comme imposée. 

Contexte et implications pour l’Europe

Ces développements interviennent alors que les débarquements irréguliers en Italie ont diminué d’environ 50 % ces derniers mois, grâce notamment à la coopération italo-libyenne et aux efforts des autorités libyennes pour contrôler les départs. Cependant, la Libye, qui abriterait, selon certaines estimations, plus de trois millions d’étrangers (migrants, travailleurs, réfugiés), refuse de devenir une « zone tampon » ou un pays d’accueil permanent. 

Les autorités libyennes accusent les pays européens de vouloir exporter leur problème migratoire en exploitant l’instabilité libyenne postérieure à 2011. Le Grand Mufti évoque explicitement d’une stratégie visant à créer une « crise chronique » en Libye pour soulager l’Europe. 


Un signal à surveiller

Ce climat hostile pourrait se traduire par une intensification des opérations d’expulsion, des contrôles renforcés et une réduction des tolérances accordées aux migrants en transit. Pour l’Europe et l’Italie en particulier, cela représente à la fois une opportunité (baisse potentielle des départs) et un risque humanitaire accru, avec la perspective de tensions locales ou de mouvements de population vers les frontières tunisienne ou algérienne. 

jeudi 4 juin 2026

La natalité en berne en Turquie : un « désastre » démographique qui inquiète Erdogan


La Turquie connaît un déclin démographique rapide.

Selon les données officielles publiées le 21 mai 2026 par l’Institut turc de la statistique (TurkStat), le taux de fécondité (ISF) est tombé à 1,42 enfant par femme en 2025, contre 1,49 en 2024. Ce chiffre se situe largement en dessous du seuil de renouvellement des générations (2,1) pour la neuvième année consécutive.

Le nombre de naissances vivantes a également baissé, atteignant 895 374 en 2025. 

Ce recul touche la quasi-totalité du pays : 76 des 81 provinces affichent désormais un taux inférieur à 2,1, et 59 provinces sont même en dessous de 1,5.

Un revirement historique


En l’espace d’un quart de siècle, la Turquie est passée d’une fécondité dynamique (2,38 en 2001) à un niveau comparable à celui de nombreux pays européens. L’âge médian de la population a fortement augmenté, et la part des personnes âgées de plus de 65 ans devrait plus que doubler d’ici 2050. Ce phénomène marque la fin d’un atout historique pour le pays : son dynamisme démographique.

Le président Recep Tayyip Erdogan a qualifié cette situation de « désastre » et d’« menace plus grande encore que la guerre ». 

Après avoir déclaré 2025 « Année de la famille », il a lancé en mai 2026 un vaste plan décennal (2026-2035) visant à relancer les naissances : aides financières à la naissance, prêts bonifiés pour les jeunes couples, extension des congés parentaux, incitations fiscales et promotion du modèle familial traditionnel avec un appel récurrent à avoir « au moins trois enfants ».

Les paradoxes d’Erdogan sur le rôle des femmes

Un paradoxe majeur traverse la politique d’Erdogan. 

D’un côté, les gouvernements de l’AKP ont objectivement favorisé l’emploi des femmes, notamment dans la fonction publique. Depuis 2002, le taux d’activité féminine a progressé (passant d’environ 27-28 % à environ 34-35 %), des restrictions ont été levées, et l’accès des femmes voilées à la fonction publique, à la police et à l’armée a été facilité. Le nombre de femmes parlementaires et entrepreneures a également augmenté.

De l’autre, Erdogan n’a cessé de tenir un discours conservateur valorisant avant tout la maternité. Il a déclaré à plusieurs reprises que « la femme n’est pas l’égale de l’homme », que « la place première de la femme est la maternité » et qu’une femme qui privilégie sa carrière au détriment des enfants est « incomplète » ou « à moitié personne ». Il a critiqué ouvertement le travail féminin lorsqu’il concurrence la vie familiale et a multiplié les appels à concilier emploi et maternité… tout en plaçant clairement cette dernière en priorité.

Cette approche contradictoire reflète une «modernisation occidentale» partielle : on ouvre des portes aux femmes tout en regrettant qu’elles les franchissent trop largement au détriment du projet nataliste. 

Beaucoup d’observateurs y voient l’une des explications de l’échec relatif des politiques de relance de la natalité.

Des causes profondes et structurelles

Au-delà des discours, les experts identifient des facteurs plus déterminants :

  • La crise économique persistante (inflation chronique, coût du logement et de l’éducation) qui pousse les couples à reporter ou limiter les naissances.
  • L’urbanisation, la hausse de l’âge au mariage, l’augmentation des divorces et la scolarisation prolongée des femmes.
  • Un changement de mentalité chez les nouvelles générations, qui privilégient des valeurs moins familiales.
Un défi stratégique pour l’avenir

Si la tendance se poursuit, la Turquie risque de voir sa population native décliner après un pic attendu vers 2050. Cela pose des questions aiguës sur le financement des retraites, la taille de la population active, la croissance économique et la cohésion sociale.

Pour l’instant, les mesures natalistes peinent à inverser la courbe, comme dans la plupart des pays confrontés à ce phénomène. Le succès ou l’échec du plan décennal d’Erdogan déterminera en grande partie le visage démographique, économique et géopolitique de la Turquie dans les décennies à venir.

Plus forte fécondité chez les Kurdes et Arabes de Turquie

Estimations par groupe ethnique (approximatives, car TurkStat ne publie pas de données officielles par ethnie) :
  • Turcs (majorité, surtout ouest et centre) → autour de 1,3 à 1,5 enfant par femme dans les zones urbaines et occidentales.
  • Kurdes  (entre 15 et 20% de la population) → 2,0 à 2,8 enfant/femme en moyenne selon les régions, avec des poches encore plus élevées en zones rurales du sud-est. La fécondité kurde reste supérieure, mais elle baisse rapidement (elle était souvent supérieure à 4 dans les années 1990-2000).
  • Arabes (sud-est, notamment Şanlıurfa) → souvent les plus féconds localement.
Plus forte fécondité chez les sunnites conservateurs

Régions turques conservatrices sunnites (Anatolie centrale)

Fécondité intermédiaire, souvent supérieure à la moyenne nationale mais inférieure aux provinces du sud-est. 

Exemples : Konya, Kayseri, Aksaray → autour de 1,3 à 1,5.

Ces régions sont très pieuses et conservatrices, ce qui maintient une natalité plus élevée que dans l’ouest laïque.

Régions laïques / sécularisées (ouest, côtes égéennes et Marmara)

Les taux les plus bas du pays (souvent 1,0 à 1,2). 
Exemples : Bartın (1,09), İzmir (1,10), Ankara, Istanbul (autour de 1,1), Eskişehir, Zonguldak.

Facteurs : urbanisation forte, éducation élevée des femmes, activité professionnelle, mariage tardif, valeurs plus individualistes et sécularisées.

Population alévie

Les Alévis (estimés entre 10 % et 20 % de la population, souvent autour de 10-15 % selon les sources) sont généralement associés à une fécondité plus faible. 

Ils sont traditionnellement plus proches des valeurs laïques, kémalistes et égalitaires (y compris sur le rôle des femmes). 

Les études montrent que les femmes alévis ont en moyenne moins d’enfants que les femmes sunnites, un taux d’activité plus élevé et un soutien plus fort à l’éducation laïque.

Voir aussi

En bref:

Le Japon vient de publier son indice synthétique de fécondité pour 2025. Cet indice a baissé à 1,135 enfant par femme (contre 1,148 en 2024).

L'Iran devrait afficher cette année un indice synthétique de fécondité d'environ 1,5 enfant par femme. Dans la région de Téhéran, cet indice sera toutefois plus proche de 1,1.