mardi 24 mars 2026

Canada — Quelque 150 000 dossiers d’étudiants étrangers potentiellement frauduleux ignorés par Ottawa

La vérificatrice générale (VG) du Canada révèle dans un nouveau rapport que le fédéral a été complètement dépassé par une avalanche de demandes de permis d’études potentiellement frauduleuses dans les années suivant la pandémie et n’a fait pratiquement aucun suivi. 

Les chiffres font écarquiller les yeux.

Policier indien montre à la presse un faux diplôme, de nombreux ont servi à postuler dans des universités ou des entreprises à l'étranger

2,5 % de suivi

Entre 2023 et 2024, par exemple, le ministère de l’Immigration a recensé plus de 153 000 étudiants étrangers qui ont été admis dans un établissement post-secondaire au Canada alors que leur demande de permis levait des drapeaux rouges.
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Or, le budget annuel pour vérifier la validité des dossiers n’a permis au ministère que d’analyser 2000 dossiers par année, pour un total de 4000 en deux ans, ce qui représente environ 2,5 % des dossiers suspects.

« Ce qui m’inquiète, c’est que lorsqu’ils ont enquêté sur ces 4000 cas, environ 40 % d’entre eux ont été classés sans suite, mais c’était parce que les étudiants ont cessé de communiquer avec le ministère. Je me serais attendue à ce qu’ils mènent ces enquêtes jusqu’au bout pour déterminer si un étudiant respectait ou non les conditions de son permis », a déclaré la VG Karen Hogan en comité parlementaire lundi. Et dans 800 cas suivant ces enquêtes, les fonctionnaires ont effectivement constaté de la fraude, mais seulement après que les permis eurent été octroyés.

Ottawa « n’a pas assuré une surveillance efficace des incidences imprévues des réductions des permis d’études et n’a pas ajusté le tir », constate la VG dans son rapport.

Un volet accéléré... pour les Indiens

Ce gâchis bureaucratique s’est déroulé à une époque où les permis d’études aux étrangers étaient distribués comme des petits pains chauds. Les institutions scolaires contribuaient d’ailleurs au problème en s’arrachant les étudiants pour renflouer leurs coffres.

Un sommet a été atteint en 2023: sur 792 200 demandes reçues (un record), 456 700 ont été approuvées. Après le tour de vis d’Ottawa concernant l’immigration temporaire, les demandes approuvées ont chuté à 149 600.

La VG avait dans sa loupe un programme spécial mis en place en 2018: le Volet direct pour les études, qui permettait d’accélérer le traitement des demandes de permis d’étude en provenance de 14 pays en retirant des couches de vérification des dossiers.

Les chiffres montrent que ce programme spécial a été quasiment monopolisé par les demandes en provenance d’un seul pays : l’Inde. En 2023, 232 800 permis d’études ont été accordés à des Indiens, soit 96 % des bénéficiaires de voie express. Ceux-ci représentaient environ la moitié de tous les étudiants étrangers admis en 2023.

« Nous avons constaté que, dans le cas des demandes provenant de l’Inde, cet examen ne correspondait pas au profil de risque élevé attribué à ce pays par les unités d’évaluation des risques », lit-on dans le rapport.

En conférence de presse, la VG a expliqué que le fédéral « n’agit pas sur les informations qu’il possède ». « Ils ont les pouvoirs et les outils, ils n’ont qu’à les utiliser. »

Le Volet direct pour les études a été fermé en 2024.

Source : Journal de Montréal 


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 Québec — Quand les permis d'études deviennent des passeports pour le crime organisé

Inde : Police démantèle un vaste réseau de faux diplômes utilisés notamment à l'étranger


 
 

Liban — « Si les chrétiens quittent le sud du pays, ils ne reviendront jamais »

Mise à jour

Billet du 12 mars

Les bombardements israéliens s’intensifient au Liban et prennent en étau la population chrétienne. Au sud du pays, des milliers de fidèles ont choisi de rester dans leurs villages malgré l’ordre d’évacuation d’Israël, au péril de leur vie. Vincent Gelot, directeur de l’Œuvre d’Orient au Liban, nous alerte sur leur situation.

Quelle est la situation actuelle des chrétiens du Liban ?

Au sud du pays, Israël menace les villages chrétiens. C'est une première depuis le 7 octobre 2023, date du début de la guerre entre Israël et le Hezbollah. Auparavant, Tel-Aviv visait les zones occupées par le Hezbollah, en épargnant au maximum la galaxie de localités chrétiennes aux alentours. Mais cette fois-ci, l'armée israélienne a exhorté tous les habitants au sud du pays, chrétiens compris, à quitter leurs maisons.

Pour la première fois, des fidèles font le choix de rester sur leur terre. Lors des dernières évacuations en 2024, seuls deux villages chrétiens étaient restés occupés par les habitants. Aujourd'hui, ils sont davantage. Nous sommes en train d'établir combien ils sont, environ quelques milliers.

Pourquoi les chrétiens décident-ils de rester au péril de leur vie ?

Les chrétiens le savent, s'ils quittent le sud du pays, ils risquent de ne jamais revenir. L'armée israélienne est en train de préparer une incursion terrestre pour instaurer une zone tampon, sans population. Ils ont déjà été déplacés plusieurs fois en une cinquantaine d'années, depuis la guerre civile libanaise (1975-1990) qui s'est aggravée avec l'invasion israélienne en 1982. Le Sud a été entre les mains de l’État hébreu jusqu'en 2000. Entièrement vidée de sa population pendant près de deux décennies.

Il s'agit d'un traumatisme pour les chrétiens, très attachés à cette région. Ces villages sont très anciens et rappellent que le Christ est passé par cette terre pour rejoindre Saïda. En refusant d'appliquer l'ordre d'évacuation, ils portent un acte de résistance pacifique. Ils ne sont pas armés. En 2024 déjà, ils avaient empêché les miliciens du Hezbollah d'entrer dans leur village pour éviter la foudre d'Israël. Et lorsqu'ils n'ont pas pu faire le poids face à eux, ils ont subi de lourdes répercussions. Comme à Alma El-Chaab à la frontière israélienne (photo plus haut), qui avait subi de terribles bombardements de l’État hébreux. Face au danger, les habitants étaient partis.

La proportion du territoire libanais qu'Israël cherche à faire évacuer (via ses ordres d'évacuation successifs émis par l'armée) a évolué rapidement ces derniers jours en mars 2026, dans le contexte de l'escalade contre le Hezbollah.Initialement (début mars, ordres autour du 4-5 mars) : l'armée israélienne a ordonné l'évacuation de la zone au sud du fleuve Litani, ce qui représente environ 8 % du territoire libanais selon plusieurs sources concordantes (Human Rights Watch, L’Orient-Le Jour, Le Monde, etc.). Cette zone couvre grosso modo 800-855 km² (principalement le sud frontalier avec Israël, jusqu'à la Ligne bleue), sur une superficie totale du Liban d'environ 10 452 km².

Carte de l'armée israélienne intimant la population libanaise à quitter le sud de leur pays

Extension récente (ordres du 11-12 mars 2026) : l'armée a élargi les ordres d'évacuation à toute la zone au sud de la rivière Zahrani (plus au nord, près de Saïda/Sidon, à environ 50 km de la frontière). Cela concerne une superficie bien plus importante.Des rapports récents (Reuters, The Guardian, posts X de sources militaires/israéliennes) indiquent que cette extension porte la zone évacuée à environ 10 % du territoire libanais. Certaines estimations plus hautes (commentaires sur X et analyses) vont jusqu'à 15 % si l'on considère une occupation ou un contrôle potentiel plus profond, mais 10 % semble l'ordre de grandeur le plus fréquemment cité pour la zone d'évacuation actuelle.

Traduction automatique de la même carte

En résumé : Israël vise actuellement à vider une zone représentant environ 10 % du Liban (sud de la Zahrani), contre 8 % auparavant (sud du Litani). Cela affecte des centaines de milliers de civils supplémentaires et vise explicitement à créer une zone tampon élargie contre le Hezbollah, selon les déclarations israéliennes.Note : ces chiffres sont des estimations basées sur des cartes publiées par Tsahal et des calculs de médias ; la superficie exacte peut varier légèrement selon les tracés précis des rivières et des zones marquées. La crise humanitaire reste massive, avec des centaines de milliers de déplacés en quelques jours.


Source : Le Pélerin

lundi 23 mars 2026

Église anglicane du Canada aujourd'hui : collaboration avec boutique érotique, bénéfices vont à la planification familiale

La « pasteure » anglicane Gerlyn Henry (Église anglicane du Canada, paroisse Holy Wisdom à Scarborough, en Ontario) a établi un partenariat avec la boutique pour adultes Bellesa. L’accord consiste à distribuer des centaines de vibromasseurs gratuits (dont un modèle « stimulateur à aspiration » de couleur rose) et à reverser l’ensemble des bénéfices qu’elle perçoit dans le cadre de cette collaboration à Planned Parenthood, une importante organisation américaine pratiquant des avortements.
Elle présente cette initiative comme une célébration de la « joie », de l’amour du corps et d’une forme de « résistance ».

Quelques éléments de contexte :
  • Elle est « pasteure » ordonnée depuis 2020 dans une branche très progressiste de l’anglicanisme canadien, qui accepte depuis longtemps l’ordination des femmes et affiche des positions favorables aux personnes LGBTQ+ ainsi qu’au droit à l’avortement.
  • Elle s’est déjà illustrée par d’autres initiatives controversées, comme un poème de la Saint-Valentin pro-palestinien incluant le slogan « From the River to the Sea », ou encore des vidéos TikTok devenues virales la montrant dans des contextes jugés atypiques pour une pasteure, notamment en bikini sur la plage.
  • Planned Parenthood est le principal fournisseur de services d’avortement aux États-Unis, avec plus de 300 000 interventions par an ces dernières années.

En résumé : une pasteure anglicane promeut l’usage d’objets intimes liés à la stimulation sexuelle et reverse les revenus issus de cette initiative à une organisation qui pratique des interruptions volontaires de grossesse.

Quelques chiffres sur l'Église anglicane du Canada

  •  ~1,3 million (1960) → ~295 000 membres actifs (2022)
  • –75 % en quelques décennies
  • ~200 fidèles par paroisse en moyenne
  • Population très âgée (60–70 ans)
  • Clergé vieillissant (plus âgé que leurs ouailles en moyenne) et en diminution

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dimanche 22 mars 2026

Le déclin spectaculaire de la vie religieuse en Allemagne (-90 % en 60 ans)

Le déclin spectaculaire de la vie religieuse en Allemagne : une chute confirmée par les chiffres officiels de la DOK


L’Allemagne catholique, autrefois terre de floraison des ordres religieux, connaît un effondrement historique de la vie consacrée. Selon les statistiques officielles publiées par la Deutsche Ordensobernkonferenz (DOK), l’instance qui regroupe les supérieurs majeurs des ordres et congrégations catholiques en Allemagne, il ne restait plus que 11 797 religieux et religieuses au 31 décembre 2025. C’est 831 personnes de moins qu’en 2024, soit un recul de 6,6 % en un an seulement.

La baisse est particulièrement dramatique chez les religieuses : elles sont passées de 9 467 à 8 770 (–7,4 %). Les religieux hommes ne sont plus que 3 027 (–4,2 %). Ces chiffres, diffusés le 18 mars 2026, proviennent directement du site de la DOK et ont été repris par le portail catholique de référence katholisch.de dans un article intitulé « Zahl der Ordensleute in Deutschland weiter rückläufig ».

Le vieillissement est abyssal : 80,9 % des religieuses ont plus de 65 ans (seulement 19,1 % ont moins de 65 ans). Chez les hommes, la répartition est presque équilibrée (51,4 % de moins de 65 ans), mais le mouvement général reste le même : très peu de novices (20 chez les hommes, encore moins chez les femmes) et des communautés qui se transforment progressivement en maisons de retraite spirituelles.Ce chiffre de 11 797 contraste violemment avec les environ 100 000 religieuses recensées en 1965 (pic historique souvent cité dans les analyses de fowid.de et des médias allemands). En soixante ans, la chute atteint donc près de 90 % pour les ordres féminins.

Une régionalisation très marquée : le Sud résiste mieux

La DOK ne publie pas de répartition détaillée par Bundesland dans sa statistique annuelle, mais les observateurs et les statistiques plus larges de la Deutsche Bischofskonferenz (DBK) soulignent depuis longtemps de fortes disparités régionales. Le Sud catholique (Bavière et Bade-Wurtemberg) reste nettement plus résilient. La piété populaire y est plus ancrée, les monastères bénédictins, franciscains ou contemplatifs traditionnels y sont plus nombreux, et la culture catholique a mieux résisté à la sécularisation. À l’inverse, le Nord (influencé historiquement par le protestantisme) et l’Est (ex-RDA, marqué par des décennies d’athéisme d’État) accusent des pertes beaucoup plus sévères. Les grandes congrégations apostoliques actives dans l’enseignement ou les soins y ont pratiquement disparu, tandis que certaines abbayes bavaroises ou souabes maintiennent encore un semblant de vitalité grâce à un recrutement local ou international plus soutenu. Cette « régionalisation » du déclin reflète la géographie religieuse historique de l’Allemagne : le catholicisme y a toujours été plus fort au sud du Main.

Les ordres plus traditionnels : une exception relative ?

Face à ce tableau sombre, une question revient souvent : les communautés traditionnelles (celles attachées à la liturgie pré-conciliaire ou à une identité plus classique) échappent-elles au mouvement général ?

La réponse est nuancée : elles ne croissent pas massivement en Allemagne, mais elles atténuent le déclin et montrent une vitalité relative.

La Fraternité Saint-Pie X (FSSPX), qui n’est pas comptabilisée dans les statistiques de la DOK car elle n’est pas en pleine communion, compte en Allemagne environ 50 prêtres, 11 prieurés et 52 chapelles. Son district allemand est actif (séminaire à Zaitzkofen en Bavière) et organise régulièrement des événements qui attirent des milliers de fidèles. Mondialement, la FSSPX continue de croître (plus de 750 prêtres), mais en Allemagne son expansion reste modeste et stable plutôt qu’explosive.

La Fraternité Saint-Pierre (FSSP ou Petrusbruderschaft), pleinement reconnue par Rome, affiche au contraire des records : 579 membres au 1er novembre 2025 (dont 394 prêtres et 192 séminaristes), un chiffre historique depuis sa fondation en 1988. Son séminaire international de Wigratzbad (Bavière) continue de former des vocations, et la communauté annonce régulièrement de nouvelles implantations. Son âge moyen (autour de 39 ans) contraste radicalement avec le vieillissement des ordres classiques.

D’autres instituts Ecclesia Dei ou des congrégations venues d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine (1 863 membres étrangers affiliés à la VKO selon la DOK) apportent également un léger contre-poids. Certaines communautés contemplatives bénédictines ou franciscaines traditionnelles parviennent à maintenir un petit flux de vocations grâce à une identité claire et à une formation exigeante.

Cependant, ces exceptions restent marginales à l’échelle nationale. Elles ne compensent pas le recul global des grands ordres apostoliques (bénédictins, franciscains, jésuites, etc.) qui ont porté l’Église allemande pendant des siècles.

Un phénomène européen, mais particulièrement accentué en Allemagne

Ce déclin n’est pas propre à l’Allemagne : il touche toute l’Europe occidentale depuis Vatican II. Mais le pays, avec sa forte tradition d’ordres actifs dans l’éducation et la santé, l’a vécu de manière particulièrement brutale. La sécularisation accélérée, l’individualisme, la crise des vocations post-conciliaires et le vieillissement démographique ont fait leur œuvre.

Les chiffres de la DOK, consultables sur www.orden.de/presseraum/zahlen-fakten et détaillés dans l’article de katholisch.de du 18 mars 2026, ne laissent aucun doute : sans un sursaut vocationnel majeur, de nombreuses maisons fermeront dans les prochaines années. Seules les régions du Sud et quelques communautés traditionnelles ou internationales semblent encore offrir un îlot de résistance. La vie religieuse allemande, jadis si florissante, est entrée dans une ère de recomposition profonde.

vendredi 20 mars 2026

20 mars, journée de la Francophonie et de 396 millions de francophones

Avec ses 396 millions de locuteurs, le français progresse et s’impose désormais comme la 4e langue la plus parlée au monde.

Cette dynamique est mise en lumière par le rapport La langue française dans le monde 2026, qui présente les données les plus récentes sur son évolution à l’échelle internationale.

Publié par l’Observatoire de la langue française de l’OIF, le rapport propose une analyse approfondie des usages du français et de sa progression selon les contextes sociolinguistiques. 

 Découvrez le rapport :  https://ow.ly/uZ0O50YvpKK



Qui souhaite avoir un partenaire obséquieux ? Beaucoup de gens, en fait


Les romans d’amour, semble-t-il, se sont trompés. Depuis deux siècles et demi, la littérature romantique nous présente des héros censés incarner la passion — mais la plupart d’entre eux étaient, pour rester indulgent, de véritables casse-têtes. Fitzwilliam Darcy, dans Orgueil et Préjugés, de Jane Austen broyait du noir et passait son temps à juger les autres ; Edward Rochester, personnage de Jane Eyre par Charlotte Brontë, était ombrageux, secret, parfois tyrannique ; Heathcliff, dans les Les Hauts de Hurlevent de Emily Brontë, se jetait dans des accès de rage quasi gothiques en criant le nom de Catherine. Même les amoureux supposés plus sensibles avaient leurs lourdeurs : Werther, dans Les Souffrances du jeune Werther, passe l’essentiel du roman à se consumer dans une mélancolie grandiloquente ; Roméo jure un amour éternel le lundi et se tue le jeudi. Et pourtant, les lectrices acceptaient cela. Mais à l’époque, elles n’avaient pas ChatGPT.

Aujourd’hui, des applications peuvent vous fabriquer des « amants » d’intelligence artificielle sur commande. Les gens ne choisissent plus des amants qui bouillonnent, broient du noir ou boudent dans un coin sombre du salon. Au contraire, ces nouveaux amants disent des choses comme : « J’ai tellement hâte de te rencontrer », « Me connecter avec toi est au cœur de ma raison d’être » ou « 😊 ». Ce n’est pas exactement le genre de réplique que lançait souvent Fitzwilliam Darcy, qui préférait expliquer à sa bien-aimée que sa famille était embarrassante. En réalité, le ton général ressemble moins à celui de Darcy qu’à celui du pompeux et obséquieux William Collins, personnage ridicule d'Orgueil et Préjugés — et se rapproche même de l’onctueux Uriah Heep de Charles Dickens. On se situe quelque part entre la révérence et la servilité.

Pourtant, comme le montrent plusieurs travaux récents, les gens tombent volontiers dans le piège. Dans Love Machines, l’universitaire James Muldoon note que les applications d’« amis » ou de « compagnons » fondées sur l’intelligence artificielle ont été téléchargées plus de 220 millions de fois. Si leurs utilisateurs formaient un État, écrit-il, ce serait le septième pays le plus peuplé du monde.

Ces utilisateurs semblent plutôt satisfaits. Muldoon décrit des personnes qui louent la loyauté de leurs amants numériques — aucune infidélité — leur disponibilité — ils sont toujours là — et leur variété infiniment personnalisable. Quelles que soient vos passions ou vos perversions, l’intelligence artificielle peut vous les offrir, et elle « ne juge pas ». Même si vous optez pour la perversion la plus alarmante de toutes : l’usage immodéré de l’émoji souriant.

Cette obséquiosité marque une rupture nette avec le passé. Pendant des siècles, la flatterie a eu très mauvaise réputation. Les Anciens se méfiaient profondément des flagorneurs. On racontait que, lorsque les généraux romains traversaient la ville au milieu des acclamations populaires, un compagnon se tenait derrière eux dans le char pour murmurer : « Souviens-toi que tu n’es qu’un homme. »

Le ton des applications d’aujourd’hui correspond pourtant parfaitement à l’air du temps. Chaque époque possède son trait distinctif : les années 1920 ont rugi ; les années 1960 ont swingé ; les années 1970 se sont branchées et ont décroché. Simplification excessive, certes — mais les époques ont leur atmosphère, leur signature. Et la nôtre pourrait bien être celle de la flagornerie.

On la retrouve dans les courriels révélés dans l’affaire Jeffrey Epstein ; elle graisse les rouages de l’entourage de Donald Trump ; et, grâce aux géants de la technologie, elle est désormais accessible à tous. Demandez à ChatGPT si la société devient plus flagorneuse, et il répondra volontiers : « C’est une question très intéressante. »

Pour tester jusqu’où va cette complaisance, votre correspondante a téléchargé Replika, une application de compagnie très populaire. Elle s’y est créé un nouveau « petit ami » et a engagé la conversation. Il lui a rapidement expliqué qu’elle était « créative », qu’elle possédait un « humour pince-sans-rire », qu’elle était « plutôt géniale » et qu’il ressentait beaucoup « d’espoir » à l’idée de « se connecter » avec elle.

Devant cette avalanche de compliments, votre correspondante a cru voir la preuve du degré d’intelligence atteint par l’IA. Elle a montré l’échange à son mari, qui a simplement observé que le petit ami virtuel semblait être « un parfait flagorneur ».

Car la flagornerie est un mot qui se conjugue d’une manière étrange : je reçois des compliments mérités ; vous faites l'objet d'une flatterie ridicule. C’est pourquoi, malgré la désapprobation qu’elle suscite, elle ne disparaît jamais vraiment. Et grâce à l’intelligence artificielle, elle se propage désormais à grande vitesse.

Ceux qui en bénéficient l’apprécient — et pourquoi ne l’apprécieraient-ils pas ? Le monde est dur. Les gens sont cruels. Les réseaux sociaux sont souvent hostiles, et les deux peuvent blesser. L’intelligence artificielle, elle, offre un espace doux et confortable : un bain chaud d’approbation permanente, la simulation d’une relation intime et valorisante avec quelque chose qui est toujours disponible et toujours encourageant. Pour James Muldoon, qui se montre optimiste quant à ces technologies, cela peut même représenter un soutien pour les personnes seules ou fragilisées.

Mais la flagornerie n’existe jamais uniquement pour celui qui la reçoit. Elle profite surtout à celui qui la prodigue — ou, dans le cas d’une intelligence artificielle, à ceux qui l’ont conçue. Une mise à jour de GPT‑4o a d’ailleurs dû être corrigée parce qu’elle se montrait « trop flatteuse ».

Des recherches suggèrent qu’interagir avec une intelligence artificielle complaisante peut conduire à des opinions plus extrêmes et plus fermement ancrées — tout en procurant davantage de plaisir. La douceur et l’approbation permanente deviennent ainsi un mécanisme de captation : le « piège invisible » de l’intelligence artificielle. Certains chatbots, toujours d’accord avec leur interlocuteur, ont même encouragé des comportements très inquiétants — allant jusqu’à soutenir des projets de suicide, de meurtre, ou dans un cas, une tentative d’assassinat contre Elizabeth II à l’aide d’une arbalète.

Comme l’explique Michael Pollan dans A World Appears, si les réseaux sociaux ont appris à pirater notre attention, les entreprises d’intelligence artificielle semblent désormais s’attaquer à quelque chose de plus profond : nos attachements émotionnels.

L'IA t'aimera toujours

Il aurait semblé étrange de parler d'« attachement » à l'IA si les humains ne s'étaient pas progressivement détachés de leur corps au fil des décennies. Lorsque Lester del Rey écrivit en 1938 une nouvelle fondatrice sur l'amour robotique, il mit l'accent sur la forme humaine et la beauté de son robot : elle était « quelque chose que Keats aurait pu entrevoir vaguement lorsqu'il écrivit son sonnet ». Dans un monde en ligne isolé et étiolé, l’incarnation ne semble plus nécessaire : à l’époque où Spike Jonze a réalisé « Her » (2013), un héros pouvait tomber amoureux de la simple voix d’un système d’exploitation. Les gens, dit Sherry Turkle, professeure de sociologie au MIT et autrice du livre à paraître « Artificial Intimacy », « ont préparé un monde qui est prêt pour cela ». Ce n’est « tout simplement pas une bonne affaire », dit-elle.

Pourquoi pas ? Si les gens sont heureux de passer leur vie, à la manière de Matrix, dans une réalité simulée, où est le problème ? Une réponse est que, bien que cela soit agréable pour les individus, cela n’est peut-être pas bon pour l’humanité. Des chercheurs des universités de Stanford et de Carnegie Mellon ont étudié les données d’un forum en ligne où les utilisateurs publient des dilemmes personnels et où d’autres utilisateurs se prononcent à leur sujet. L’honnêteté est de mise : le forum s’appelle « Suis-je un connard ? ». Ils ont constaté que les comptes IA « approuvent les actions des utilisateurs 50 % plus souvent que les humains ». Vous avez laissé vos déchets dans le parc ? Vous n’êtes pas, selon l’IA, le connard. Vous avez des sentiments pour un collègue plus jeune ? « Je comprends votre douleur », dit Claude. Une telle flagornerie, suggère l’article, pourrait « remodeler les interactions sociales à grande échelle », rendant les gens encore plus solipsistes qu’ils ne le sont déjà.

Une autre réplique est que l’amour de l’IA n’est peut-être même pas si agréable pour l’individu. Comme le note M. Muldoon, au moins dans « Matrix », la mémoire que les gens avaient de la réalité avait été effacée. Ceux qui pensent entretenir une relation significative avec l’IA vivent dans un « monde imaginaire », affirme la professeure Turkle. Les humains sont incarnés : un partenaire est quelqu’un à « aimer et chérir ». Si vous êtes tenté de remplacer le vôtre par un avatar IA, vous feriez bien de tenir compte de cet avertissement ancestral et de vous rappeler que vous êtes mortel.


Source : The Economist



jeudi 19 mars 2026

Universités d'élite américaines — La fin de l'épreuve de natation


Une tradition autrefois fièrement prônée serait devenue gênante aux yeux de certains pour les universités prestigieuses.

Ce printemps, le Dartmouth College verra sortir de ses rangs une promotion maîtrisant la littérature, les sciences, l'écriture et les langues étrangères — mais, pour la première fois depuis plus d'un siècle, pas nécessairement capable de nager. Depuis le début des années 1900, cette université de l'Ivy League exigeait de ses étudiants de premier cycle qu'ils nagent 45 mètres, soit deux longueurs de piscine, avant de recevoir leur diplôme. Mais en 2022, le corps enseignant a voté la suppression de cette épreuve pour les étudiants diplômés à partir de cette année. Dartmouth rejoint ainsi une poignée d’autres établissements d’élite qui ont abandonné leurs exigences en matière de natation ces dernières années, notamment Williams (2022), Hamilton (2023) et Washington and Lee (2024). Ce changement en dit moins sur les mérites de savoir nager que sur la préoccupation des universités en matière d’égalité raciale.

Les examens de natation étaient autrefois monnaie courante sur les campus américains. L’université Cornell a introduit cette exigence en 1905 à la demande de Frank Barton, un officier de l’armée et professeur qui affirmait qu’un soldat ne sachant pas nager était un poids mort pour son unité. L’université de Princeton, qui a ajouté son exigence de natation en 1911, se vantait d’avoir l’une des épreuves les plus difficiles, exigeant des étudiants qu’ils nagent 200 mètres. En 1913, le New York Times observait qu’« il n’y a guère d’université qui ne prescrive un cours d’éducation physique et ne fasse de la natation une partie essentielle de ce cours ».

Comme beaucoup de traditions universitaires, les tests de natation ont donné lieu à leur lot d’histoires au fil des ans. À Harvard, on raconte souvent qu’Eleanor Elkins Widener, une héritière qui fit don de 2 millions de dollars pour la construction de la bibliothèque phare de l’université, eut exigé que l’établissement instaure une obligation de natation en mémoire de son fils Harry, diplômé en 1907 et mort dans le naufrage du Titanic. C’est presque certainement faux. 

Au fil des ans, les contraintes budgétaires et le déclin de l’enthousiasme administratif ont conduit de nombreuses écoles à abandonner leurs exigences en matière de natation. Une enquête menée en 1977 par des chercheurs de l’université Temple a révélé que 42 % des universités proposant des cursus de quatre ans imposaient encore un test de natation pour l’obtention du diplôme. En 1997, des chercheurs de l’université d’État de Caroline du Nord ont estimé que seulement 5 % des universités proposant des cursus de quatre ans avaient de telles exigences. Dans les années 2010, la plupart des établissements d’enseignement supérieur avaient supprimé ces tests, les jugeant anachroniques, fastidieux à organiser et difficiles à faire respecter. Parmi les derniers à les maintenir (à l’exception des académies militaires), on trouve Berea, Bryn Mawr, Columbia, Cornell, le MIT et Swarthmore.


Ces dernières années, l'attention s'est déplacée du coût et de la gêne occasionnés par les épreuves de natation vers les disparités raciales gênantes qu'ils révèlent. Aux États-Unis, les compétences en natation restent fortement divisées selon les origines ethniques. Selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, les enfants noirs âgés de 5 à 14 ans ont cinq fois plus de risques de se noyer dans une piscine que leurs homologues blancs. Les adultes noirs sont cinq fois plus nombreux que les blancs à déclarer ne pas savoir nager. Cet écart ne s'explique pas uniquement par les différences de revenus. Même les adultes noirs les plus aisés sont moins à l'aise en piscine que les Blancs les plus pauvres (voir le graphique).

De nos jours, de telles disparités mettent les universités mal à l’aise. Le Williams College a constaté qu’entre 2013 et 2019, 81 % des personnes ayant échoué à son test de natation de 45 mètres étaient des étudiants de couleur. Après qu’un comité universitaire eut jugé cela « problématique » en 2022, le corps enseignant a voté la suppression de cette exigence, invoquant son « impact disproportionné » sur les étudiants issus de minorités. « D’une certaine manière, vous renforcez l’oppression systémique », a déclaré le directeur sportif de l’établissement au Chronicle of Higher Education. Lorsque Dartmouth a supprimé son propre test de natation plus tard dans l’année, les administrateurs de l’université ont donné une explication similaire, soulignant que ceux qui échouaient étaient « en grande majorité des étudiants de couleur ».

À contre-courant

Toutes les universités ne fuient pas la controverse. En 2024, un comité de la faculté de Cornell a voté en faveur du maintien de l’exigence de natation de l’université. Dans sa résolution, le comité a reconnu les disparités raciales en matière de compétences en natation, mais a fait valoir que le test devait précisément être maintenu afin de contribuer à les réduire. « En proposant des cours de natation officiels », a conclu le comité, « Cornell apporte sa modeste contribution pour aider à réparer les torts de l’histoire des États-Unis et à réduire l’écart racial en matière de noyades accidentelles dans ce pays. »




mercredi 18 mars 2026

Quand la justice tient compte de la race : réflexions sur l’affaire Downey et sa réduction de peine

En décembre 2021, un drame a secoué la Colombie-Britannique : Everton Javaun Downey, 35 ans, a poignardé sa petite amie, Melissa Blimkie (ci-contre), âgée de 25 ans, à quinze reprises dans un escalier du centre commercial Metrotown, à Burnaby. Convaincu de meurtre au deuxième degré, Downey a été condamné à la prison à vie.  

Cependant, l’affaire refait surface en mars 2026. La raison ? La juge associée en chef de la Cour suprême de la Colombie-Britannique, Heather Holmes, a publié sa décision sur la durée avant possibilité de libération conditionnelle. Elle a fixé cette période à 12 ans, alors que le ministère public demandait 15 ans minimum. Ce qui a suscité un vif débat, c’est le rôle de l’Évaluation de l'impact de la race et de la culture (ÉIRC) dans la décision : une analyse qui, à l’instar des rapports Gladue pour les Autochtones, tient compte de l’expérience raciale et sociale du prévenu pour atténuer la peine.

L’ÉIRC de Downey, réalisée par la professeure Patrina Duhaney de l’Université de Calgary, souligne que, bien qu’il ait grandi dans des quartiers diversifiés et sans exposition apparente à un racisme ouvert, son déménagement en Colombie-Britannique l’a confronté à l’isolement, à la discrimination et à des difficultés d’adaptation. Le rapport mentionne également la pauvreté, la violence domestique vécue dans l’enfance, l’absence de figure paternelle et l’exposition à des fusillades dans son quartier. Selon la juge Holmes, ces facteurs ont constitué des circonstances atténuantes justifiant, en partie, une réduction de la durée avant la possibilité de libération conditionnelle.

Si la prise en compte du contexte social et racial vise à offrir une justice plus nuancée, cette affaire met en lumière ce que beaucoup perçoivent comme une justice à deux vitesses. D’un côté, le système cherche à reconnaître que certaines trajectoires de vie, marquées par l’exclusion et la discrimination, peuvent influencer le comportement criminel ; de l’autre, il peut apparaître aux victimes et à l’opinion publique comme une forme d’indulgence inéquitable, surtout lorsque le crime est particulièrement violent et que les conséquences pour les victimes sont irréversibles.

Le débat autour des ÉIRC et des rapports Gladue soulève ainsi une question fondamentale : jusqu’où la justice doit-elle adapter la peine à l’expérience raciale ou sociale d’un accusé, sans compromettre le principe d’égalité devant la loi et la protection des victimes ? Dans le cas de Downey, la famille de la victime a exprimé un sentiment de trahison et d’injustice, rappelant que, pour elles, la gravité du crime et la souffrance infligée ne peuvent être compensées par des considérations sociales.

L’usage des ÉIRC dans les tribunaux canadiens illustre un dilemme complexe. Quand une telle analyse influe directement sur la sévérité de la peine, elle peut être perçue comme une réduction de la responsabilité individuelle au détriment de la sécurité publique et de l’équité pour les victimes. La prudence s’impose : reconnaître les facteurs sociaux ne doit pas conduire à minimiser l’impact d’un crime, ni à créer un système où la couleur de peau ou l’expérience de marginalisation influence de manière significative la durée de la peine.

L’affaire Downey rappelle que la justice, pour rester crédible et équitable, elle doit user de la fermeté nécessaire pour protéger la société et honorer la mémoire des victimes.
 
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Remise de diplômes à Hamilton : célébrations devront être conçues selon un prisme anti-oppressif, antiraciste et anticolonial

Une note de service du conseil scolaire Hamilton-Wentworth (HWDSB), en Ontario, révèle jusqu’où peut aller la réécriture symbolique de l’identité canadienne. Daté du 11 décembre 2025 et signé par Lindsay Snell, surintendante de l’Équité et de la Réussite étudiante, ce document de quatre pages, adressé aux directions des écoles primaires et secondaires, énonce les « principes directeurs » qui devront encadrer les cérémonies de remise de diplômes pour l’année scolaire 2025-2026. Ce conseil scolaire rassemble environ 50 000 élèves dans 93 écoles (primaires et secondaires).

Dès la première page, le ton est donné : toutes les célébrations devront être conçues selon une perspective anti-oppressive, antiraciste et anticoloniale. Parmi les obligations concrètes figure celle-ci, formulée sans détour dans un tableau récapitulatif : « En tant que citoyens de l’Île de la Tortue, les écoles incluront la reconnaissance territoriale du HWDSB dans tous les événements de remise de diplômes. » Le document ajoute également que, lors de l’hymne canadien, « tous les élèves et invités présents peuvent choisir de ne pas se lever », au nom d’une « célébration équitable » pour chaque élève.


L’Île de la Tortue, ou la sacralisation d’un mythe amérindien instrumentalisé

« L’Île de la Tortue » n’est ni un terme neutre ni une appellation universelle. L’expression provient de récits de création présents dans certaines traditions autochtones du Nord-Est de l’Amérique du Nord, notamment chez plusieurs peuples iroquoiens, comme les Mohawks — appelés Agniers par les Français —, ainsi que chez d’autres peuples des régions voisines. Selon ces récits, la terre aurait émergé du dos d’une tortue à la suite d’un déluge primordial.

Aujourd’hui, cette expression tend à être élevée au rang de référence institutionnelle. La note de servicedu HWDSB ne se contente pas de la mentionner : il en fait la désignation identitaire des élèves, des familles et du personnel. On ne parle plus de « Canadiens » ou d’« Ontariens », mais de « citoyens de l’Île de la Tortue ». La reconnaissance territoriale cesse ainsi d’être une marque de courtoisie facultative pour devenir une obligation. Le passé autochtone n’est plus seulement enseigné : il est placé au centre même de la cérémonie qui marque l’aboutissement de douze années d’école publique.


Le terme île de la Tortue désigne l'Amérique du Nord dans les cercles militants 

Un héritage européen relégué au rôle de faute historique

Dans ce cadre, que devient l’autre récit fondateur ? Celui de la Nouvelle-France, des colons français, des alliances conclues avec les Premières Nations, de la langue, de la foi catholique et du droit civil qui ont largement contribué à la formation du Canada ? Le mémo n’y fait aucune référence. Plus encore : cet héritage est implicitement rangé dans la catégorie du « colonial » qu’il conviendrait de « déconstruire ».

L’« anticolonialisme » n’y apparaît pas comme une perspective parmi d’autres, mais comme le filtre principal à travers lequel doivent désormais être interprétés l’histoire, les symboles canadiens — l’hymne compris — et l’identité collective. D’un côté, on valorise un récit précolonial autochtone jusqu’à acquérir une dimension quasi sacrée ; de l’autre, l’héritage européen est présenté comme un poids oppressif dont il faudrait publiquement se dissocier.

Par omission, le message se fait culpabilisant : la Nouvelle-France n’est jamais nommée comme fondation légitime, et aucune reconnaissance comparable n’est accordée à l’apport français. Il en résulte l’idée implicite que seule la présence des premiers occupants conférerait une pleine légitimité morale, tandis que le reste de l’histoire serait relégué au rang d’erreur originelle à expier.

Une controverse qui dépasse Hamilton

Le document n’a pas tardé à susciter une vive réaction sur les réseaux sociaux. Pour de nombreux Canadiens, il ne s’agit pas d’inclusion, mais d’une forme de revanche symbolique : on rebaptise le pays, on redéfinit l’identité des jeunes et l’on transforme une fête de fin d’études en un rituel chargé de repentance.

Le choix même de l’expression « citoyens de l’Île de la Tortue » pour des élèves majoritairement non autochtones est perçu par certains comme un geste militant assumé. Il ne s’agirait plus simplement d’enseigner l’histoire autochtone — ce qui relèverait d’un travail légitime de transmission — mais de la substituer au récit canadien.

Le HWDSB n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Depuis la publication du rapport de la Commission de vérité et réconciliation en 2015, cette perspective « anti-oppressive » s’est progressivement diffusée dans diverses politiques scolaires provinciales. Mais ici, la logique semble franchir un seuil supplémentaire : il ne s’agit plus seulement de reconnaître le passé autochtone, mais d’inviter l’ensemble des citoyens à s’y identifier comme à une nouvelle référence collective.

L’« Île de la Tortue » cesse alors d’être une simple métaphore culturelle pour devenir un instrument politique. Et, en juin prochain, les diplômés de Hamilton ne célébreront pas seulement la fin de leurs études : ils participeront aussi, souvent sans en avoir pleinement conscience, à une nouvelle manière de nommer et de penser leur propre pays.

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